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Auteur : Sayed Kashua
Traducteur : Jean-Luc Allouche
Date de saisie : 21/05/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 9782879297828
GENCOD : 9782879297828
Sorti le : 09/02/2012
1) Qui êtes-vous ? !
Ancien journaliste (rédacteur en chef à «Libération», correspondant de ce journal à Jérusalem de 2002 à 2005). Je traduis de l'hébreu en français depuis 2005. A ce jour, plus d'une dizaine de traductions. Auteur d'ouvrages.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le dédoublement de l'identité. Ou, selon les circonstances, un Arabe peut être un Juif, et vice-versa. Les aléas, les troubles de l'identité dans un pays en guerre avec ses voisins, et en guerre avec lui-même. Comme ses citoyens. Chaque personnage n'est pas ce qu'il croit ou veut être...
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Ma vieille photo, remplacée par une nouvelle photo de Yonatan, n'éveillerait aucun soupçon. Après tout, chaque fonctionnaire sait que, dans ce pays, personne n'a envie d'être arabe.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La Sonate pour violon et piano nº 9 de Beethoven, dite "Sonate à Kreutzer" (qui joue un rôle important) dans ce livre, agrémentée de Inta Omri ("Tu es ma vie") de la chanteuse mythique égyptienne, Oum Kalthoum.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'humour acide et lucide de Sayed Kashua.
Un avocat, installé dans un quartier juif de Jérusalem, tombe sur un billet d'amour adressé par sa femme à un certain Yonatan. Saisi d'une jalousie dévorante, il n'a de cesse de le retrouver. Un jeune Arabe est engagé pour s'occuper d'un tétraplégique. Il s'empare peu à peu de l'identité de celui-ci.
Sayed Kashua raconte la course éperdue de ces deux hommes en quête de leur vérité, et dont les destins vont se croiser.
Sayed Kashua est chroniqueur au quotidien Haaretz. Ses romans sont traduits en France - Les Arabes dansent aussi (Belfond, 2003), Et il y eut un matin (L'Olivier, 2006 ; Points, 2008) - et dans de nombreux pays. Il est aussi l'auteur d'une série télévisée, Travail d'Arabe, qui connaît un immense succès en Israël.
«Terriblement drôle (il pratique à merveille l'humour du désespoir), extrêmement touchant, il est à l'image de son origine : double. Sayed Kashua appartient en effet à cette minorité - Arabe et Israélien, deux mots apparemment antinomiques - écartelée entre sa loyauté à l'État d'Israël et sa fidélité au peuple palestinien. C'est de tout cela, de ce déchirement, que parle Sayed Kashua dans ses livres.»
Emilie Grangeray, Le Monde
Construit comme une intrigue policière très adroite, où les rebondissements multiples et imprévisibles viennent à chaque chapitre mettre à bas les déductions antérieures du lecteur, La Deuxième Personne s'offre aussi à lire comme une belle réflexion sur la masculinité et le couple, étroitement enchâssée dans la réalité politique et sociale israélienne d'aujourd'hui.
L'écrivain Sayed Kashua, chroniqueur au quotidien Haaretz, appartient à la minorité des Arabes israéliens, souvent écartelée entre deux appartenances, l'une à l'État d'Israël et l'autre au peuple palestinien. Ce dernier roman traite justement du quotidien d'un avocat arabe, citoyen d'Israël, qui vit à Jérusalem-Est (où circulent les bus mis au rebut par des compagnies israéliennes) mais travaille à l'ouest dans le secteur occidental...
La Deuxième Personne est un récit haletant, bourré d'informations sur la complexité vécue dans ce pays traversé par des milliers de contradictions.
Entre ces personnages aux identités déchirées se met en place une danse étrange, inspirée par la Sonate à Kreutzer, de Tolstoï (1889), critique féroce du mariage moderne. Un tableau extrêmement vivant et intime d'une société divisée où l'ironie ne peut qu'aider à vivre.
Couverture Barbie
À peine eut-il ouvert les yeux que l'avocat comprit que sa fatigue ne le lâcherait pas de toute la journée. Il ne savait plus s'il les avait entendus à la radio ou lus dans le journal, mais lui revenaient en mémoire les propos d'un spécialiste décrivant le sommeil comme une succession de phases et insistant sur l'importance du réveil en fin de phase. Parfois, expliquait le spécialiste, la fatigue n'était pas due au manque de sommeil mais à un réveil précoce. L'avocat ne connaissait pas la durée de ces cycles, ni leur début ni leur fin, mais il avait compris que, ce matin-là, comme presque chaque matin, il avait ouvert les yeux au beau milieu d'une phase. Avait-il jamais joui de cette sensation merveilleuse que ressent sans aucun doute l'individu se réveillant naturellement au moment opportun ? Pas à sa connaissance. Il imaginait ces phases du sommeil comme des vagues, surfait sur leur crête et, juste avant que l'écume ne s'écrase sur le rivage, tombait à l'eau avec un plat puis s'éveillait dans une panique inexplicable.
L'avocat n'avait jamais eu besoin d'un réveille-matin. Il se réveillait toujours à l'heure ou, plus exactement, avant l'heure. Certes, les jours où des audiences importantes commençaient tôt, il prenait soin de régler l'alarme de son téléphone portable, mais il se réveillait avant la sonnerie et avait le temps de la désactiver.
Les aiguilles marquaient presque six heures et demie ; les bruits matinaux de son épouse et de ses enfants parvenaient jusqu'à son lit. Pour être précis : jusqu'au lit de sa fille aînée. L'enfant avait déjà six ans et suivait le cours préparatoire. Or, depuis sa naissance, l'avocat avait pris l'habitude de dormir dans la chambre de l'enfant qui, bébé, se réveillait plusieurs fois pendant la nuit, obligeant son épouse à se lever pour l'allaiter, lui changer ses couches ou, quand elle pleurait, la calmer afin qu'elle se rendorme. A cette époque, il avait opté pour un matelas à même le sol, parce que sa fille n'avait pas de lit mais un berceau placé dans leur chambre à coucher.
Son épouse n'avait pas protesté. Elle savait qu'il avait besoin de longues heures de sommeil pour être en pleine forme. Car, contrairement à elle qui, grâce à une année de congé maternité, se trouvait entièrement disponible pour les tâches du ménage et les soins de l'enfant, lui était assujetti au labeur exigeant d'un avocat en début de carrière et en concurrence avec les jeunes avocats les plus prometteurs de Jérusalem.
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