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Auteur : Sylvie Allouche
Date de saisie : 26/02/2012
Genre : Jeunesse à partir de 13 ans
Editeur : Mango-Jeunesse, Paris, France
Collection : Chambres noires
Prix : 7.50 € / 49.20 F
ISBN : 978-2-7404-2835-1
GENCOD : 9782740428351
Sorti le : 09/03/2012
1) Qui êtes-vous ? !
J'écris, je photographie. L'encre et la lumière sont mes matériaux. L'une «empreinte» le papier, l'autre la pellicule. Sous la plume naissent des histoires, inventées, rêvées. Une quarantaine d'ouvrages parus à ce jour. Beaucoup de livres pour la jeunesse, pour ne rien perdre de l'enfance...
La photo ne m'éloigne pas de l'écriture, l'objectif prolonge mon regard, ma pensée. De la même façon, je m'approprie le réel pour entrer dans l'imaginaire. Des centaines d'images témoignent de mes envies, de mes étonnements, de la beauté ; reflets de voyages, souvenirs imprimés, figés, pour ne jamais oublier l'instant fragile.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La banlieue. Une cité comme tant d'autres. Des jeunes qui errent, cherchent un horizon, un sens à leurs déambulations et qui peuvent, à tout moment, basculer du mauvais côté, celui de la peur.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Aziz regardant les tours, les blocs, les bâtiments de sa cité, la mal nommée Cité des Fleurs : «C'est les fleurs du malaise tout ça, mec, j'te jure.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Gloria, de Patty Smith.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir que j'ai eu à écrire pour eux.
Un homme à moitié nu est retrouvé dans le coffre d'une Jaguar garée au fond d'un terrain vague. Sur sa peau, on a gravé les initiales : L.R. Comment et pourquoi Ben et Bruno, les frangins sans histoire de la Cité des Fleurs, ont-ils pu tremper dans cette sale affaire ? Sont-ils coupables ou seulement témoins ? Sur fond de vols et de trafics en tout genre, une enquête policière haletante où l'auteur manie indices, suspects, mobiles et coupables de manière magistrale !
Sylvie Allouche a fait son entrée dans l'édition jeunesse en adaptant une célèbre série TV qui racontait l'histoire de l'humanité. Plusieurs encyclopédies jeunesse plus tard, une fameuse souris (mondialement connue), un jeune éléphant (aux trop grandes oreilles) et des bestioles (soit plus de 1 000 pattes !) sont passées, avec brio, des salles obscures au livre de chevet grâce à son stylo malicieux. Après avoir croisé la route de Boule et Bill, Sylvie Allouche s'attaque à l'écriture de romans policiers pour la jeunesse. Elle est aussi photographe.
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1
QUARTIER RÉSIDENTIEL
2 heures du matin.
- Grouille-toi, Ben !
- Ça va, flippe pas.
- C'est pas un bon plan. Allez on s'casse.
- J'te dis qu'elle est là. Faut juste que je fasse péter cette serrure.
- T'es sûr de toi ?
- Certain. Ça fait deux semaines que je planque, je la vois sortir tous les matins et rentrer sagement tous les soirs. Une vraie beauté.
- Je me pèle, active un peu.
- Crois-moi, quand tu la verras, tu ne regretteras pas d'être venu frérot.
La pluie fine s'insinue dans les vêtements de Bruno.
Les gouttes d'eau se mêlent à la sueur. À la peur.
- Ho putain !
- Quoi ?
- C'est pas vrai...
- Parle !
- Elle est morte.
- Comment ça morte ? !
- Crevée, j'te dis ! Griffée, désossée, un vrai carnage...
Les respirations sont saccadées. Ben est pétrifié.
Bruno le rejoint, détourne aussitôt le regard et tire son frère par la manche du blouson.
- Ben. Ramène-toi. Y a un voisin qui vient d'allumer en face.
- J'arrive pas à y croire...
- Quelqu'un est passé avant nous, c'est tout.
Regarde, la porte du fond est fracturée... Allez, viens !
Bruno démarre le scooter. Il lance un casque à Ben.
Un chien aboie au loin.
- Je la tenais, je la tenais... Merde !
2
CITÉ DES FLEURS
Midi.
- À table les garçons !
Sur la table de la cuisine, trois assiettes sont disposées.
Un plat fumant de purée trône au milieu avec trois saucisses formant une fleur. Ben et Bruno s'assoient en faisant racler les pieds de leur chaise.
- Quoi de prévu aujourd'hui ?
- Bof, pas grand-chose, répond Bruno.
Les garçons sont contrariés mais mettent tout en oeuvre pour ne rien laisser paraître. Et face à une mère attentive, il faut redoubler de vigilance.
- Les profs sont toujours en grève au lycée ? demande Suzanne en servant ses fils.
- Ouais. Ils veulent moins d'élèves par classe et plus de personnel. Ça se défend.
- Sauf qu'ils n'auront jamais rien. C'est comme ça.
Tous les ans c'est la même chose. Ils font grève, ils manifestent pour que dalle, ajoute Ben.
- Ouais, mais si personne ne se bouge jamais, on n'avance pas...
On sonne à la porte. Ben va ouvrir.
- M'man ! Y reste du pain ? C'est pour Mourad.
La boulange est fermée.
Suzanne cherche dans la panière et en ressort un bon morceau.
- Entre Mourad !
- C'est gentil Mme Verrand, mais ils attendent le pain. Alors ? chuchote-t-il à l'oreille de Ben avant de s'en aller.
- Rien.
- Quoi, rien ?
- Je t'expliquerai.
- Le Régent va être super vénère.
- Je sais, je sais. Allez, salut.
Bruno regarde son frère du coin de l'oeil. Ben le rassure d'un hochement de tête qui signifie : rien d'important.
Ils finissent le repas en parlant de choses et d'autres sur un ton léger.
- Laisse m'man, on va débarrasser et faire la vaisselle.
- Merci, Bruno, ça m'arrange, je ne suis pas en avance.
- Tu vas chez qui aujourd'hui ?
- D'abord chez les Firmin, puis chez Mme Baringer. Elle a une tonne de repassage. Et elle me paye au kilo, alors...
- T'en as pas marre de faire ça ?
Suzanne hausse les épaules. Ben regrette aussitôt sa question idiote. Il sait que sa mère aurait préféré faire autre chose que le ménage et le repassage chez les autres. Il sait qu'elle aurait voulu être institutrice. Elle l'a toujours dit que c'était son rêve le plus cher : travailler avec des enfants.
- Allez, j'y vais. Je serai là vers 17 heures.
Elle les embrasse tous les deux tendrement, enfile son manteau, prend son sac et sort.
- T'es vraiment un naze ! s'énerve Bruno.
- Ça va, c'est sorti tout seul, ça m'a échappé.
- Échappé, échappé... Comment ça peut t'échapper qu'elle se crève pour nous ? Tu crois que ça lui plaît de nettoyer la merde des autres ! Et toi, la gueule enfarinée, tu lui sors «t'en as pas marre de faire ça»...
- C'est bon !
Bruno va s'enfermer dans sa chambre. Bientôt un rap tonitruant envahit l'appartement.
Le voisin tape au mur.
Ben sort en claquant la porte.
Dehors, il retrouve Mourad qui camoufle aussitôt quelque chose dans sa poche et s'affaire à démonter pour la millième fois le moteur de son vieux scooter.
- J'te promets que si un jour j'ai de la thune, mais beaucoup de thune, je t'en achète un tout neuf.
- Ouais, comme dit mon père, ça c'est quand les bourricots auront des ailes.
- Peut-être, peut-être pas...
- Tu m'énerves quand tu fais ton mystérieux comme ça. T'as un plan ou quoi ?
- Je cogite.
- Pff ! Alors, t'as rien ramené au Régent ?
- Non. On s'est fait doubler sur ce coup.
Un rock métallique sort de la poche du blouson de
Ben. Il prend son portable et fait une grimace en voyant le nom s'afficher.
- Oui... OK... à 19 heures...
Il le referme d'un claquement sec. Regarde le ciel blanc.
3
CHEZ Mme BARINGER
Mme Baringer revient de la cuisine avec un plateau sur lequel sont posées deux tasses de café et une assiette avec quelques biscuits.
- Vous avez les mains toutes rouges, ma pauvre.
Avec ce froid, c'est pas étonnant...
- Ce sont plutôt les produits d'entretien qui m'abîment la peau. J'ai parfois l'impression de m'être parfumée à l'eau de Javel.
- Mais non, mais non...
Mme Baringer était professeur de littérature. Voilà cinq ans qu'elle a pris sa retraite. Elle vit seule dans une coquette maison. Divorcée, elle a une fille qui est partie s'installer aux États-Unis. Suzanne venait faire quelques heures de ménage chez elle toutes les semaines. Mais très rapidement, Mme Baringer s'est prise d'affection pour elle. Quand Suzanne lui a dit qu'elle voulait devenir institutrice, elle en a été émue et a décidé de l'aider à préparer le concours.
Au diable le repassage ! Cette femme élève deux enfants toute seule, fait des ménages pour payer son loyer et nourrir ses garçons, sans jamais se plaindre.
Elle est intelligente et il faut l'aider. Voilà ce que se dit Mme Baringer.
- Et vous n'avez jamais pensé à vous... enfin... je veux dire... C'est dur d'élever deux garçons toute seule.
Vous êtes jolie Suzanne. Ne laissez pas passer trop de temps.
Suzanne est assise à la grande table en bois massif qui trône au milieu du salon. Elle lève le nez du livre qu'elle étudiait. Elle regarde Mme Baringer sans aucune expression sur le visage.
- Après la mort de mon mari, j'ai dû arrêter mes études. Nous nous sommes connus très jeunes, vous savez. François venait d'intégrer une société informatique en tant qu'ingénieur. Il avait un bel avenir devant lui...
Elle s'arrête. Malgré toutes ces années, son chagrin est là, toujours présent. Mme Baringer pose sa main sur la sienne.
- Je suis désolée, je n'aurais pas dû remuer tout ça...
- Non, non, au contraire, ça me fait du bien d'en parler. Je n'en parle jamais à personne.
D'un mouvement de tête, Mme Baringer l'invite à poursuivre.
- Il n'y avait que la littérature et la philo qui m'intéressaient.
Je dévorais les grands auteurs. Je pouvais passer des heures à réfléchir sur une phrase de Goethe ou de Nietzsche. À essayer d'en découvrir le sens caché.
Et puis il y a eu... enfin, vous savez... Plus question alors de rêvasser. Je devais m'occuper de mes deux garçons. C'était la priorité absolue.
- Bien sûr, bien sûr, je comprends.
- Maintenant, ils sont grands et je peux me permettre de les laisser seuls. J'ai confiance en eux. J'ai envie de m'occuper un peu de moi. Vous ne pouvez pas imaginer comme ce concours est important à mes yeux.
Je veux transmettre un tout petit peu de mon savoir aux enfants, donner enfin un sens à ma vie et montrer à mes fils que leur mère peut faire autre chose que laver et repasser...
- Ils le savent déjà Suzanne. Et ce concours, vous allez le réussir. Pour vous. Allez, au travail. Revoyons les exercices de la semaine dernière.
Mme Baringer approche sa chaise de celle de Suzanne, ajuste ses lunettes sur le bout de son nez et vérifie chaque page.
Suzanne sourit.
- Je ne pourrais jamais vous remercier assez Mme Baringer...
- Bon, bon, on travaille ou on papote ? Et puis, j'aimerais que vous m'appeliez Amélie, dorénavant.
Le «madame» ne me rajeunit pas.
4
CENTRE-VILLE, BUREAU DU RÉGENT
Dans le vaste hall au sol blanc immaculé, cerné de vitres teintées, Ben et Bruno attendent l'ascenseur. Ils ne se parlent pas. Ils sont mal à l'aise.
Septième étage. Moquette rouge. Ambiance feutrée.
Des photographies de stars hollywoodiennes ornent les murs du long couloir.
Une jeune femme très blonde, aux cheveux remontés en un chignon impeccable, les attend pour les mener jusqu'au bureau du Régent. Ils connaissent le chemin par coeur, pour avoir accompagné plusieurs fois Assan et Ivan - les maîtres de la cité, les yeux et les oreilles du Régent. Et c'est toujours le même rituel, que Ben accentue en faisant mine d'allumer une cigarette. Au cliquetis du briquet, comme toujours, la jeune femme se retourne, lance un regard de feu. Ben range son paquet de cigarettes. Les garçons répriment un fou rire. Ça marche à tous les coups.
- Merci Sonia.
Le Régent doit son surnom à l'air poupin qu'il affiche et à des cheveux blancs frisés, frôlant le ridicule.
Mais personne ne se moque du Régent... Trop dangereux.
- Ne vous asseyez pas. Je vais être bref. Vous avez merdé.
- On a...
- Silence ! Je ne veux aucune explication. C'est à vous que j'ai confié ce travail. Mais je vois que vous ne valez pas mieux que tous ces petits branleurs des cités !
- On va se rattraper, monsieur.
- Assan et Ivan m'ont rétorqué la même chose.
À l'heure qu'il est, ils croupissent en taule ces abrutis.
- C'est pas...
- Je vous laisse huit jours. Après, faites une prière.
- Huit jours ! Mais attendez...
- Sonia !
La jeune femme apparaît aussitôt.
- Raccompagnez ces jeunes gens, je vous prie.
Même rituel au retour. Sonia passe devant, emprunte le long couloir où règne un silence absolu. Elle appelle l'ascenseur et attend avec eux, muette. Les portes s'ouvrent sans bruit. Les garçons entrent dans la cabine. La jeune femme ne bouge pas, sans doute a-t-elle reçu la consigne de vérifier qu'ils ne traînent pas dans les couloirs. Au moment où les portes vont se refermer, Ben passe un bras. Les portes s'ouvrent à nouveau.
- Eh, Sonia !
Elle se retourne, étonnée de tant de familiarité. Ben coince une cigarette entre ses lèvres. Sonia fait un pas en avant. Ben allume sa cigarette et souffle une grande fumée blanchâtre qui se répand dans le couloir. Sonia forme un grand «O» avec sa bouche, mais aucun son n'en sort. Tandis que les portes se referment, avec force moulinets de bras la jeune femme tente désespérément de dissoudre le nuage.
On entend la voix étouffée de Ben qui crie :
«Planquez-vous, Sonia, c'est radioactif !»
Dehors, une pluie fine et glacée commence à tomber.
Ben et Bruno enfourchent leur scooter.
Ben crie à l'oreille casquée de son frère :
- Arrête-toi là !
Bruno ralentit.
- On rentre pas ?
- Si, après, là j'ai envie d'un Coca et puis faut qu'on parle.
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