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Les relations entre banquiers et clients, parfois violentes, souvent méfiantes, sont fondées sur des contradictions profondes venant de deux définitions de ce qu'est la banque : une institution sociale assurant un service public ou un espace marchand poursuivant des buts uniquement monétaires.
Les banques françaises ont entamé dans les années 60 un tournant commercial qui a transformé leurs modes de recrutement, leur management et les services proposés aux clients. Dans les années 60 et 70, le client bancaire «type» était un salarié disposant d'un revenu permanent, qui lui permettait de projeter épargne et crédits. Alors que la situation de l'emploi a changé, que les carrières sont moins sûres, et que l'insertion professionnelle des jeunes générations s'est compliquée, les banques continuent à exiger une stabilité professionnelle, mais aussi personnelle et familiale. Cela les mène soit à rejeter une partie de leurs clients, soit à trouver des moyens de faire «comme si» les clients ressemblaient aux salariés stables nécessaires au commerce d'argent tel qu'elles l'ont organisé.
Les clients eux-mêmes font en sorte de ressembler au modèle exigé. Au travers d'entretiens avec des emprunteurs de crédit immobilier, L'Épreuve de l'argent donne à voir ces efforts de mise en conformité de soi avec l'image du «bon client bancaire».
Ce livre de «sociologie du quotidien» permet à chaque lecteur, tout particulièrement en période de crise financière, de se retrouver et de s'interroger sur son propre rapport à la banque et à l'argent.
Jeanne Lazarus est sociologue, chargée de recherches au CNRS (CSO, Sciences Po). Ses travaux sont consacrés à la sociologie de l'argent et de la banque, avec un intérêt particulier pour la question de la gestion des budgets dans la société financiarisée. Elle a publié en 2007 Sociologie de l'argent (avec Damien de Blic, éditions La Découverte) et a codirigé un numéro de la revue Sociétés contemporaines intitulé «Vivre et faire vivre à crédit» (2009).
La revue de presse Julie Clarini - Le Monde du 2 février 2012
Son ouvrage nous dessille les yeux sur le rôle central de la banque dans nos vies, un rôle crucial et néanmoins peu souligné, sans doute parce qu'il est relativement récent. A bien y regarder, plus qu'à l'église, à la mairie ou à la maternité, les grands moments de nos existences se jouent dans les espaces vitrés des agences bancaires...
Ainsi, ce que Jeanne Lazarus met en lumière, c'est que ces rencontres avec la banque peuvent se transformer en véritables "épreuves" et ouvrir de grandes failles chez les individus. On tient sans doute là l'une des différences fondamentales entre l'argent et la "monnaie" des économistes.