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Auteur : Collectif
Date de saisie : 10/02/2012
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Erès, Toulouse, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 9782749215228
GENCOD : 9782749215228
Sorti le : 16/02/2012
La libération de Rafah Nached, bien que sous caution et sous conditions, nous a réjouis. C'est une psychanalyste et une amie, et nous souhaitons maintenant que toute poursuite contre elle soit abandonnée, qu'elle puisse retrouver la liberté de se déplacer à l'étranger et que nous puissions de nouveau aller la rencontrer à Damas et poursuivre avec elle et nos collègues syriens notre travail psychanalytique en commun. «Mettre la psychanalyse au chef de la politique» disait Lacan dans «Lituraterre». Nous n'y sommes certes pas, et même dans la psychanalyse, il est loin d'être vérifié et vérifiable que la politique, dans sa dimension de gouvernance du transfert en tout cas, ne soit pas utilisée comme fausse garantie de l'expérience freudienne. La politique cependant, en tant qu'elle relève du discours du maître, n'est pas à écarter avec dédain, et elle doit au contraire être abordée avec sérieux et respect. Comment ? Une république d'Analystes de l'École, censés être parfaitement analysés, ne serait la solution que sous la condition d'un malthusianisme absolu qui interdirait toute nouvelle naissance, ou d'un eugénisme délirant qui prétendrait avoir repéré les gènes de la destitution subjective. Parions plutôt pour que, dans la cité, la psychanalyse persévère à être un symptôme ami, mais jamais complaisant.
Ont participé à ce numéro :
Thérèse CHARRIER - Lorena ESCUREDO - Nicolas GUÉRIN - Arthur MARY - Sophie MENDELSOHN - Takako OKADA - Jacques PODLEJSKI - Masaaki SATO - Véronique SIDOIT -
Cru ôté
Thérèse CHARRIER
«Tout ange est effrayant.»
Rainer Maria RILKE
Un mot fut dit par l'analyste puis oublié. Quelques années plus tard, il ressurgit chez l'analysante et plus rien ne fut pareil. Il y eut un avant et un après. L'interprétation - entendue a mini nui comme un dire de l'analyste - et le temps sont indissociables.
Pour appréhender cette question du temps et de l'interprétation, je vais me situer côté analysante et reprendre un morceau de mon écrit de passe. Lors d'une séance, j'évoquai avec colère le sans fin de l'analyse. L'analyste, en acquiesçant à cela, redoubla ma colère. Dans le fil des associations, je disais ne pas aimer le mot «gentille», signifiant me représentant pour une patiente dans un de ses rêves. L'analyste releva le point de fausseté et de vrai de ce mot pour moi et posa alors la question de ma cruauté. Pas celle de ma méchanceté, l'opposé de «gentille», mais de ma cruauté, qui n'a pas d'antonyme, souligne Derrida. ce qui vint tout de suite fut resitué d'emblée dans le transfert : «c'est vrai que je suis venue avec un couteau aujourd'hui.» couteau qui, lorsque j'en avais un dans la main en présence de l'autre de l'amour, faisait émerger la pensée fugace : «je pourrai lui planter dans le dos.» ce mot cruauté, pris dans le transfert fait de résistance et de détachement, et dans le symptôme de refus de ce qui vient de l'autre, n'eut que l'effet de me faire sourire. Signant que cela ne me concernait pas. Un sourire de non-dupe du réel dépouillant le signifiant de son pouvoir affectant.
Quelques années plus tard, je me suis présentée à la passe ; malgré la douleur persistante réactivée par cette décision. Une semaine avant de rencontrer les passeurs, lors d'une scène avec mon partenaire de douleur, dans une colère décidée je lui renvoyai l'insupportable de sa position. L'insupportable de ses alibis. Apaisement, culpabilité et colère se sont succédé jusqu'à ce flash : «C'est mon point de cruauté.» L'acceptation intime de ce mot eut pour effet de cesser d'en vouloir à l'autre de la douleur et de consentir à moins d'amour.
Le «flash» invite à faire référence au couple sidération et lumière avec lequel Freud - s'appuyant sur les écrits de Heymans - saisit le fondement du mot d'esprit correspondant à deux temps logiques :
- le temps de la sidération où le mot venu «famillionnaire» provoque de la stupeur ;
- le temps de la lumière où la stupéfaction trouve sa résolution. Lors d'une première illumination, le sujet saisit que le mot signifie quelque chose ; le sujet se désidère. Lors d'une seconde illumination, le sujet consent et assume le signifiant sidérant quand il s'aperçoit que la responsabilité de toute l'affaire revient à un mot dénué de sens et qui a délivré son sens.
Ce deuxième temps, par rétroaction sur le premier, donne au mot cruauté statut de signifiant sidérant. Hors sens. Le mot cruauté venu de l'analyste eut un effet sidérant, de l'ordre de l'unheimlich. Bien que reconnu, puisque articulé immédiatement au mot couteau et à la pensée fugace qu'il suscitait, il fut refusé. La sidération est une dénégation - reconnaissance donc - du signifiant sidérant. La dénégation conjugue deux mouvements, d'introjection et d'expulsion.
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