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José León Suárez, une province au nord de Buenos Aires. Dans la nuit du 14 mars 2004, Diego Duarte monte fouiller en haut de la décharge derrière chez lui : il sait que c'est interdit à cette heure-là, mais il veut trouver quelques marchandises à revendre pour acheter des baskets à son frère. Il meurt enseveli par la cargaison d'une benne à ordures, déversée sur ordre d'un policier.
Comme tant d'autres, le meurtre de Diego reste impuni. Mais l'énergie de ses proches et la colère de toute une population de cartoneros condamnée à la misère et à l'injustice ont fait de cette histoire un détonateur : les dirigeants s'inquiètent, les lois bougent, l'accès au juteux marché des ordures s'assouplit...
L'auteure nous parle d'un arrière-monde, ces zones aux portes des mégalopoles de Bombay, São Paulo, Soweto, Manille ou Nairobi où s'entasse toujours plus nombreuse une foule de déclassés, de migrants et d'errants. L'envers de nos villes. Partie sur les traces d'un crime, elle nous ouvre en même temps les portes d'un nouvel ordre économique qui se construit à notre insu autour du recyclage des ordures : c'est une enquête journalistique, un brûlot politique, et un hommage passionné à ces créateurs de vie.
Alicia Dujovne Ortiz est née en Argentine et vit en France depuis de nombreuses années. Elle a notamment publié Maradona c'est moi (La Découverte, 1992), Eva Perón (Grasset, 1997), Dora Maar (Grasset, 2003), et récemment L'Étoile rouge et le poète (Anne-Marie Métailié, 2009) et Le Monologue de Teresa (Grasset, 2011).
La revue de presse Mathieu Lindon - Libération du 9 février 2012
Quand certains considèrent une montagne de déchets comme un eldorado et que d'autres sont prêts à défendre ce trésor en tuant, on pourrait se croire dans un roman de science-fiction. Mais Chronique des ordures, sous-titré Qui a tué Diego Duarte (c'est inversé dans la version originale), est une enquête de journalisme littéraire, d'autant plus glaçante. Dans la nuit du 14 mars 2004, l'adolescent Diego Duarte meurt enseveli au sein d'une montagne d'ordures au nord de Buenos Aires. Que faisait-il là ? Il cherchait fortune. Comment a-t-il été (sans doute) assassiné ? Par une benne à ordures déchargée sur lui. Mais comment la victime et son bourreau en sont-ils arrivés là ?...
Des policiers protègent cette fortune de déchets, et ce sont eux qui conseillent à sa soeur de ne pas insister après que Diego Duarte est devenu un «disparu», suivant le mot qui avait cours sous la dictature, parce que, comme dit l'un, ils sont «les maîtres de vos vies». Et la soeur de dire à Alicia Dujovne Ortiz : «C'est alors que j'ai compris ça : si on va fouiller, ils nous rouent de coups, mais pour nous rouer de coups, leur boulot, il faut qu'on soit là, si bien que nous aussi, on est les maîtres de leurs vies.»