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Auteur : Hector Berlioz
Préface : Alban Ramaut
Date de saisie : 13/02/2012
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Palazzetto Bru Zane, Venise, Italie | Symétrie, Lyon, France
Prix : 14.80 € / 97.08 F
ISBN : 9782914373715
GENCOD : 9782914373715
Sorti le : 17/08/2010
On a imprimé, et on imprime encore de temps en temps à mon sujet des notices biographiques si pleines d'inexactitudes et d'erreurs, que l'idée m'est enfin venue d'écrire moi-même ce qui, dans ma vie laborieuse et agitée, me paraît susceptible de quelque intérêt pour les amis de l'art.
Le public s'inquiète peu, je n'en saurais douter, de ce que je puis avoir fait, senti ou pensé. Mais un petit nombre d'artistes et d'amateurs de musique s'étant montrés pourtant curieux de le savoir, encore vaut-il mieux leur dire le vrai que de leur laisser croire le faux. Je n'ai pas la moindre velléité non plus de me présenter devant Dieu mon livre à ta main en me déclarant le meilleur des hommes, ni d'écrire des confessions. Je ne dirai que ce qu'il me plaira de dire ; et si le lecteur me refuse son absolution, il faudra qu'il soit d'une sévérité peu orthodoxe, car je n'avouerai que les péchés véniels.
Hector Berlioz
Londres, 21 mars 1848
Alban Ramaut est professeur de musicologie à l'université Jean-Monnet de Saint-Étienne et spécialiste de la question du romantisme musical français.
Hector Berlioz, compositeur,écrivain et critique est né à La-Côte-Saint-André (Isère) en 1803 et mort à Paris en 1869. Auteur, entre autres, de la Symphonie fantastique, de Benvenuto Cellini, d'Harold en Italie et des Troyens, il est le représentant le plus marquant du romantisme français en musique.
Avec le soutien de
MUSÉE HECTOR-BERLIOZ
Isère
Extrait de l'introduction
De certaines bonnes raisons d'écrire des Mémoires
C'est depuis Londres, en mars 1848, qu'Hector Berlioz décide d'entreprendre la rédaction de ses Mémoires. Il n'a alors pas encore quarante-cinq ans. Il lui reste vingt et un ans à vivre ; mais outre qu'il l'ignore, et quand bien même sa santé vient de le tourmenter, rien ne lui permet de penser que ses jours sont comptés.
Pourquoi éprouve-t-il le besoin de se retourner sur sa vie afin d'en donner un récit pour la postérité ? Intuition d'une rupture ou perte de confiance ? Nostalgie de la terre natale dans l'exil londonien, besoin de gagner sa vie ?
Toutes ces raisons embrouillées contribuent à marquer une lassitude ; elles déterminent aussi un sursaut de conscience à affirmer une oeuvre et une personne face à l'imminence d'une disparition.
L'échec de la création de La Damnation de Faust à l'Opéra-Comique en décembre 1846 lui a peut-être fourni le premier indice de ce risque. Moins parce que l'entreprise l'a ruiné, que parce que le public cultivé de Paris s'est, montré indifférent. La chute des Burgraves de Hugo avait mis en évidence, dès 1843, les signes d'un même déclin.
La mise en oeuvre des Mémoires entérine ainsi un basculement historique qui cristallise les notions déjà anciennes de nostalgie et d'incompréhension. Le temps de la fabrication d'une image héroïque et poétique du romantisme de 1830 se matérialise dans le choix du genre littéraire. Car la conscience d'une période stylistique achevée intime au compositeur l'ordre de s'en faire le chroniqueur, mais aussi l'emblème.
Mais, d'autres raisons moins abstraites doivent être également évoquées. Retenons-en trois principales.
Tout d'abord, la réclame autour des Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand qui meurt le 4 juillet 1848 et dont le texte paraît en feuilletons dès le mois d'octobre. L'enchanteur avait résolu de ne rendre public qu'après sa mort cet ouvrage auquel il travaillait depuis la chute de la Restauration. Il en donnait cependant la lecture dans le salon de Mme Récamier, entretenant ainsi une forme d'attente d'un testament littéraire de première importance et construisant sa légende. Berlioz n'y assista jamais, mais cette mise en scène alors très connue ne pouvait que frapper son imagination. Lecteur passionné de longue date par les romans de Chateaubriand, il avait en outre, entre 1828 et 1830, songé à composer un opéra à partir d'Atala. Dans ses Mémoires, il cite au chapitre VII la lettre que Chateaubriand lui avait adressée le 31 décembre 1824 en réponse à sa demande d'aide au financement de l'exécution de sa Messe solennelle.
L'année 1848 correspond aussi, dès février, à d'importants mouvements révolutionnaires : «La République passe en ce moment son rouleau de bronze sur toute l'Europe.» Initié à Paris, ce «tremblement de trônes» qui agite l'Europe met fin au règne de Louis-Philippe. Or, c'est précisément aux lendemains des journées de Juillet 1830, lors de l'avènement de celui qui se proclamait «le roi de tous les français», que Berlioz s'était lui -même imposé en obtenant enfin le premier grand prix de Rome, et en faisant créer au Conservatoire - le 5 décembre - sa Symphonie fantastique. La révolution de 1848 met donc fin à ce cycle accueilli comme la promesse d'une ère nouvelle.
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