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.. Nouvelles anarchistes : La création littéraire dans la presse militante (1890-1946)

Couverture du livre Nouvelles anarchistes  : La création littéraire dans la presse militante (1890-1946)

Auteur : Collectif

Préface : Vittorio Frigerio

Date de saisie : 12/02/2012

Genre : Presse Audiovisuel

Editeur : ELLUG, Grenoble, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 9782843102165

GENCOD : 9782843102165

Sorti le : 12/01/2012

  • Les présentations des éditeurs : 13/02/2012

Écrivains improvisés promis à un oubli immédiat, jeunes débutants à l'avenir brillant ou plumes rôdées ayant déjà fait leurs preuves dans les revues qui comptent, prêtées un moment à la cause de la révolution sociale ; polygraphes frénétiques, paisibles philosophes entichés de fiction et marginaux colériques avec des comptes à régler ; idéalistes purs confiants dans la bonté fondamentale de la nature humaine et propagandistes désabusés persuadés qu'il n'est guère besoin d'espérer pour entreprendre. Ils se retrouvent tous sur les pages des myriades de feuilles militantes produites par le mouvement anarchiste à cheval entre le dix-neuvième et le vingtième siècle, et ils contribuent à former un ensemble bigarré où tous les styles et tous les genres sont appelés à hâter la venue prochaine du "grand soir" de la révolution sociale. Symbolisme, naturalisme, réalisme neutre et distant, ou alors misérabilisme populaire et appel sentimental aux pulsions profondes de coeur humain : la littérature sous tous ses aspects se prête à la mise en forme du message libertaire à travers une floraison de textes, des plus naïfs aux plus élaborés, épicés de mélancolie, d'indignation, de rage parfois, mais aussi souvent imbus de sarcasme vengeur ou d'un humour rafraîchissant.

Vittorio Frigerio est professeur au Département de français à l'Université Dalhousie en Nouvelle-Ecosse.


  • Les courts extraits de livres : 13/02/2012

Extrait de l'introduction

Lorsqu'on parle des rapports entre les milieux littéraires et le mouvement anarchiste en France, à cheval entre la fin du XIXe siècle - l'âge de la marmite à retournement et des peurs millénaristes - et le début du XXe, avec les nuages de guerre qui s'amassent à l'horizon, tout un éventail de noms vient immédiatement à l'esprit. Nombreux étaient en effet les intellectuels, les romanciers, les poètes, les jeunes littérateurs de bonne espérance qui côtoyaient les militants libertaires, et multiples également les revues où les expérimentations stylistiques les plus audacieuses disputaient la place à la dénonciation enflammée des turpitudes de tout pouvoir. Émile Verhaeren, Camille Mauclair, Adolphe Retté, Stuart Merrill, Félix Fénéon, Laurent Tailhade, Pierre Quillard, Octave Mirbeau et à leur suite bien d'autres d'écrivains moins connus, plus ou moins symbolistes, maintenant presque unanimement oubliés, analysaient au scalpel les défaillances de la culture contemporaine et paraissaient tout disposés à traduire en termes politiques les élans révolutionnaires qui animaient leurs réflexions esthétiques.
Se dire anarchiste dans les années 1880 pouvait paraître au moins aussi chic que se prétendre phtisique dans les années 1830, à l'apogée de la révolution romantique. Un jeune Flaubert habillé d'une veste noire étriquée inspirée de l'Antony de Dumas choquait le bourgeois - en intention du moins, et toute proportion littéraire gardée - autant qu'un jeune Laurent Tailhade minimisant avec nonchalance l'importance des quelques «vagues humanités» ayant eu le malheur de sauter en l'air lors d'un attentat à la bombe. Pour un Victor Kibalchich, pas encore devenu Victor Serge, mettant la main à la pâte dans l'action clandestine, il y avait des dizaines de révolutionnaires sur papier convaincus que le son de leurs vers finirait par avoir le même effet sur les murs de la société pourrie que les trompettes du Seigneur sur ceux de Jéricho. Pure vantardise ou honnête conviction ? Souvent les deux, et parfois sans doute en même temps, la liberté de se contredire figurant en bonne place parmi les revendications diverses que l'on poursuivait en philosophant sur les pages des revues. Paul Adam, qui en avait vaguement tâté et avait même signé un éloge de Ravachol, assurait que «L'anarchisme est un genre, une mode, un ton [...] comme l'anglomanie», et dépeignait ses libertaires devant une bibliothèque qui contient «les chefs-d'oeuvre de la littérature décadente, les travaux de Karl Marx, la collection des économistes, les Pères de l'Église et une édition rarissime de l'Apocalypse de saint Jean». Il pouvait mettre à tort dans le même sac, et il n'était pas le seul, les idéologues communistes et les libertaires, mais il avait bien saisi le rapport évident entre la vision décadente, avec ses affectations imprégnées de mysticisme esthétisant débarrassé de toute foi, et une anarchie à la taille des écrivains. Dans l'esprit public, ainsi que dans les salles des commissariats, l'équivalence entre anarchiste et littérateur semblait aller de soi. Qu'on nous pardonne le mauvais jeu de mots, mais comme dans le cas de Tailhade, elle crevait tout de même les yeux. Même Huysmans, travaillant pourtant au ministère de l'Intérieur où entre autres activités il fichait les libertaires, pouvait passer aux yeux de certains comme «l'anarchiste de l'académie Goncourt». Même Mallarmé, pour avoir dit (à raison d'ailleurs) de Félix Fénéon, lors du fameux procès des trente, qu'il était un «esprit très fin et curieux de tout ce qui est nouveau», doublé d'«un des critiques les plus subtils et les plus aigus que nous ayons», a été comparé sans hésitation aux propagandistes par le fait. Le travail était facile pour Ernest Reynaud, poète symboliste lui-même mais surtout inspecteur de la police parisienne, si l'envie le prenait d'identifier les dangereux extrémistes qui troublaient la sécurité des honnêtes citoyens. Il n'avait qu'à aller les chercher dans les colonnes des publications qu'il fréquentait lui-même, ces feuilles comme «L'Action d'art», «L'Ermitage», «Les Écrits pour l'art», «L'Idée libre», «La Revue Blanche», «L'Art social», «La Société Nouvelle», «L'Art et la Vie», sans oublier des monuments comme «La Plume», «Le Mercure de France» ou «Les entretiens politiques et littéraires» de Vielé-Griffin et Gustave Kahn, toutes citées pour le plus grand effroi des lecteurs bourgeois dans le célèbre Péril anarchiste de Félix Dubois comme des feuilles hautement dangereuses.


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