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.. Refonder l'entreprise

Couverture du livre Refonder l'entreprise

Auteur : Armand Hatchuel | Blanche Segrestin

Date de saisie : 18/02/2012

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : La République des idées

Prix : 11.50 € / 75.44 F

ISBN : 978-2-02-106428-5

GENCOD : 9782021064285

Sorti le : 02/02/2012

  • Les présentations des éditeurs : 18/02/2012

Ne nous trompons pas de crise. Les tourbillons financiers en dissimulent une beaucoup plus profonde : la crise de l'entreprise. Née à la fin du XIXe siècle, celle-ci incarnait l'inventivité technique, un collectif de travail, un espace de négociations sociales. Cette logique de progrès s'est brisée dans les années 1980 : le profit des actionnaires est alors devenu la raison d'être de l'entreprise. Cette doctrine a déstabilisé la mission des dirigeants, atrophié les régies de gestion, sacrifié l'intérêt des salariés en cédant le contrôle aux actionnaires.
Ce livre propose une nouvelle conception de l'entreprise. En s'appuyant sur des recherches récentes, il vise à reconstituer une communauté d'innovation et à jeter les bases d'un «contrat d'entreprise» orienté vers une pluralité de buts : la création de richesses, le progrès social, la préservation de l'environnement. Il est urgent de réinventer l'entreprise, pour qu'elle redevienne ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être : une dynamique de solidarité et de création collective.

Blanche Segrestin est professeur à Mines ParisTech. Elle a notamment publié Innovation et Coopération interentreprises. Comment gérer les partenariats d'exploration ? (CNRS Éditions, 2006) et coordonné le numéro spécial «Quelles normes pour l'entreprise ?» [Entreprises et Histoire, n° 57, 2009).

Armand Hatchuel est professeur à Mines ParisTech, directeur adjoint du Centre de gestion scientifique et membre de l'Académie des Technologies. Il a récemment publié, en collaboration, Les Processus d'innovation (Hermès, 2006), Les Nouvelles Fondations des sciences de gestion (Vuibert, 2008) et L'Activité marchande sans le marché (Presses de l'École des Mines, 2010).



  • La revue de presse Vincent Giret - Libération du 9 février 2012

Voici un livre d'économie qui allume enfin une petite lumière dans le brouillard de la crise. A l'opposé d'une littérature trop souvent défaitiste ou vindicative. Il n'est pas anodin que ses deux auteurs soient des spécialistes de l'innovation. Observer les conditions dans lesquelles naît et se diffuse le progrès technique, c'est voir le monde autrement. Publiés dans l'excellente collection de Pierre Rosanvallon, «la République des idées», Blanche Segrestin et Armand Hatchuel dénoncent d'abord un effet d'optique. Pour expliquer la crise, les meilleurs esprits se focalisent souvent sur les banques et leurs dérives, certes spectaculaires, mais c'est faire fausse route ou ne pas voir l'essentiel : la menace d'une décomposition, voire d'une disparition de l'entreprise...
Les auteurs en appellent à sauver l'entreprise, loin de toute restauration du «managérialisme». Ils définissent quelques grands principes d'une «refondation» sans laquelle il n'y aurait pas de salut. Ils défendent l'affirmation de nouvelles «normes» face à la «société anonyme». Segrestin et Hatchuel soulignent l'actuel succès des Scop et refusent de croire que «l'entreprise démocratique» soit un oxymore.


  • Les courts extraits de livres : 18/02/2012

Extrait de l'introduction

La crise de l'entreprise

Ce livre voudrait proposer une nouvelle conception de l'entreprise, mieux adaptée au XXIe siècle. L'urgence autorise une telle tentative, même si elle peut paraître ambitieuse. Car nul ne conteste la gravité de la crise économique et la nécessité d'envisager des évolutions hier encore impensables : la brutalité des événements, leur caractère surprenant, voire irrationnel, démontrent l'insuffisance et l'obsolescence des cadres de pensée avec lesquels on a appréhendé jusqu'à présent la dynamique économique et sociale.
Les explications convenues retrouvent dans toute crise les mêmes déséquilibres entre offre et demande, dépenses et recettes, produits et marchés, épargne et consommation. Elles se révèlent bien peu efficaces pour trouver une issue. Certes, la crise de 2008 présente un déséquilibre massif du crédit hypothécaire, avec l'éclatement de la bulle immobilière ; mais si l'on s'interroge sur l'origine de ces déséquilibres, la cause habituellement invoquée est la dérégulation bancaire des années 1980, notamment parce qu'elle a permis la fusion entre banques de dépôt et banques d'affaires, ainsi que la revente de prêts à très hauts risques (titrisation). En général, l'explication s'arrête là et, comme après la crise de 1929, la solution s'impose mécaniquement : il faudrait re-réguler les banques !
Mais si l'absence de régulation peut expliquer dérives et dysfonctionnements, comment aurait-elle pu conduire à cette banqueroute collective ? L'hypothèse est difficile à tenir. D'autant que les banques des années 2000 et 2010 ne ressemblent plus à celles des années 1920. Contrairement à leurs consoeurs de 1929, les banques d'aujourd'hui disposent d'une longue expérience des crises ; elles sont devenues des organisations mondiales et se sont entourées des meilleurs experts. Elles disposent des instruments d'information, de communication et de gestion du risque les plus sophistiqués. Quoi de plus banal pour elles qu'une bulle immobilière, qu'une créance douteuse ou qu'un client peu solvable ? Quel dirigeant bancaire n'a pas appris que le métier de la banque repose sur une appréhension fine et rigoureuse des risques et des engagements ?
C'est là que se trouve la véritable énigme. Non pas au niveau des grands flux financiers, mais au niveau des responsables qui doivent conduire l'action, l'organiser, l'évaluer. Comment les banques les mieux établies et les plus performantes ont-elles pu être aveuglées au point d'adopter des comportements si risqués qu'ils en devenaient suicidaires ? Qu'est-ce qui les a poussées aussi compulsivement vers le précipice ?


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