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Beauté

Couverture du livre Beauté

Auteur : Juan Ramon Jiménez

Traducteur : Bernard Sesé

Date de saisie : 02/06/2005

Genre : Poésie

Editeur : Corti, Paris, France

Collection : Ibériques

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-7143-0895-5

GENCOD : 9782714308955

  • Les présentations des éditeurs : 14/05/2006

Juan Ramón Jiménez malgré son Nobel n'occupe toujours pas en France la place qu'il mériterait.
Belleza est le septième recueil publié par Corti, cinq ayant été traduits par Bernard Sesé qui est aussi le traducteur de Jean de la Croix, Zorrilla, Fray Luis de León notamment.

«Le poète est l'homme qui a en lui un dieu immanent, et comme le médium de cette immanence.» Juan Ramón Jiménez (1881-1958) définit ainsi, dans son ampleur et ses limites, le domaine, ou le territoire, où s'épanouit son invention créatrice.

Belleza (en verso), (1923) appartient à l'époque du «spiritualisme symboliste», comme l'appelait aussi Jiménez.

Le bien, le beau, le vrai : cette triade informe la poétique de Juan Ramón Jiménez. «Pour moi, disait-il, la poésie est mon incorporation à la vérité par la beauté, ou à la vérité dans la beauté, et en dernier lieu de mon dieu possible par la succession de la beauté. Il est clair que cette vocation suppose un effort total de tout l'être».

La beauté, dans sa valeur ontologique, est promesse de l'avènement du sujet à lui -même, dans l'éternité de l'instant :

Qu'il est beau de vivre ainsi toujours debout,
- beauté ! -,
pour le repos éternel d'un instant !

Chez ce poète à la sensibilité exacerbée, la beauté n'est jamais un concept abstrait. Il la reconnaît aussi bien dans les choses, les êtres ou la nature, que dans les créations de l'art.



  • La revue de presse Philippe Lançon - Libération du 2 juin 2005

En France, on ne connaît pas le poète espagnol Juan Ramón Jiménez. C'est comme si Verlaine était ignoré en Espagne. D'ailleurs, il l'est peut-être. Vivants ou morts, les poètes circulent mal. Aux frontières, les douaniers sont sourds à leur musique, née du silence et de la sensibilité. Mais les éditions Corti continuent de faire passer Jiménez chez nous à dos de mulet. Elles ont déjà publié, entre autres, Fleuves qui s'en vont, Eternités, et surtout Espace, trois de ses grands livres. Elles publient aujourd'hui un huitième ouvrage du poète. Beauté est imprimé à Madrid en 1923, en même temps qu'un autre recueil intitulé Poésie. C'est une anthologie effectuée par l'auteur. Il a 42 ans. Il a déjà beaucoup écrit. Il ne publiera plus d'autres livres de poèmes avant 1946. Juan Ramón Jiménez ne devrait pas être lu parce qu'il obtint le prix Nobel de littérature en 1956, deux ans avant sa mort ; mais, d'abord, parce qu'au début du siècle passé, il marqua la poésie de langue espagnole. Elle était devenue bavarde, superficielle : du stuc et de la crème fouettée, comme si le pays en déclin n'avait plus même de quoi nourrir son propre imaginaire. Avec quelques autres poètes (souvent latino-américains), Juan Ramón Jiménez la simplifia et la concentra : ce fut le «modernisme». Il fit entrer dans ses mots le nerf à nu de la sensation et son éternité : «L'odeur d'une fleur nous rend maîtres,/ pour un instant, du destin.» Ou encore : «Ma peine, avec ta compassion,/ me semble un acacia/jaune, sous la lune.» En espagnol, acacia est féminin. La discrète avalanche des a change toute la musique de ce poème, «Automne nocturne». Comme chez Verlaine, la sensation passe dans la moindre syllabe. Il ne se croyait ni infini, ni immortel. Mais il pensait que quelque chose en lui et autour de lui l'était ­ ou pouvait l'être : ce qu'il nomma la «réalité invisible», ou, ici, la «beauté», et que des philosophes appelleraient: l'être. Et il chercha, jour après jour, poème après poème, à travers un nuage, un paysage, un peuplier, un soleil couchant, un air de musique ; il chercha comme seul un déprimé chronique peut le faire : «Les choses donnent le jour. Moi/ je les aime, et elles, avec moi,/ en un arc-en-ciel de grâce/ me donnent des enfants,/ me donnent des enfants.»...

Il quitta l'Espagne en 1936 pour une mission culturelle à New York, mandaté par la République. La guerre civile et le franquisme lui interdirent le retour. Il s'installa à Cuba, puis en Floride, enfin à Puerto Rico, où il mourut sans avoir revu son pays : «La solitude était éternelle/ Et le silence sans fin./ Je me suis arrêté comme un arbre/ Et j'ai entendu les arbres parler.»


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