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.. Le sermon sur la chute de Rome

Couverture du livre Le sermon sur la chute de Rome

Auteur : Jérôme Ferrari

Date de saisie : 14/11/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Domaine Francais

Prix : 19.00 €

ISBN : 9782330012595

GENCOD : 9782330012595

Sorti le : 19/08/2012

"Le monde est comme un homme : il naît, il grandit et il meurt" Saint-Augustin. Tel est le sujet illustré par une histoire et des personnages riches et pittoresques. Une bonne occasion de découvrir Jérôme Ferrari.


Deux jeunes gens, Matthieu et Libero, étudiants en philosophie et amis depuis l'enfance, reprennent un bar en faillite dans un petit village corse. Malgré leur inexpérience, l'affaire marche bien, très bien même. En parallèle à cette histoire, Jérôme Ferrari nous raconte des épisodes de la vie de Marcel, le grand-père de Matthieu, une vie ratée, bercée par les illusions du rêve colonial.
Très vite, on se doute qu'un drame se prépare à l'issue du livre.
Le dernier roman de Ferrari est un livre aux multiples lectures : on peut se contenter de lire l'histoire de ces deux jeunes gens au premier degré et on peut aussi la relier à la pensée de Saint-Augustin, fil conducteur omniprésent dans tout le récit, que l'on peut voir comme une démonstration de ce que le philosophe a exposé dans ses sermons sur la chute de Rome...
Et surtout, l'écriture de Jérôme Ferrari est toujours aussi magnifique, maîtrisée et entraînante, via une histoire qui nous tient en haleine jusqu'à son issue fatale.
"Meilleur roman de la rentrée" pour certains, il en va ainsi des enthousiasmes journalistiques, et tant mieux si cela tombe sur cet auteur dont le talent le mérite.
Alors si vous avez aimé ce sermon, lisez vite Un dieu un animal, sorti en poche depuis peu, et Où j'ai laissé mon âme, que nous avions adorés à la librairie !


Mathieu et Libero prennent la gérance d'un bar, menacé de faillite, en Corse, qu'ils souhaitent transformer en "meilleur des mondes possibles".
Dans son cinquième roman, Jérôme Ferrari s'interroge sur la pureté des âmes, les échecs et les désillusions des membres de la famille et leurs ambitions. La chute s'annonce lentement.
C'était déjà dans l'air du temps au moment de la Chute de Rome... auquel le titre fait l'allusion, via Saint-Augustin en 410 après J.C.
On en apprécie l'écriture et, parfois même, la longueur des phrases qui toutefois sont magnifiquement écrites.
L'écriture évolue au cours du livre, elle n'est pas uniforme.
Difficile à classer même si le style en fait un roman agréable : à découvrir...


Saint Augustin aura donc sa place dans la rentrée littéraire grâce au très beau roman de Jérôme Ferrari qui a choisi le fameux sermon que prononça ce Père de l'Église après la prise de Rome par les Wisigoths comme fil conducteur de son récit.

Pas de bataille dans ce livre qui se déroule en Corse et nous invite à réfléchir sur la fin des civilisations de façon microcosmique en regardant le parcours de deux amis décidés à rentabiliser le plus improbable des bars avec, en arrière-fond, le destin d'un Corse à travers ce XXe siècle qui a vu basculer un monde dans la modernité avec une violence qui explose encore aujourd'hui sporadiquement. La famille constitue dans cette île le refuge, le centre du monde, le lieu où l'on se cache ou se perd. Chaque personnage en fait l'expérience, qu'il s'agisse d'une famille réelle ou réinventée, et l'on est souvent la victime de liens tissés par les générations précédentes.

Grandeur et décadence d'une communauté, c'est bien là le projet de Jérôme Ferrari qui observe impitoyablement la montée et le déclin d'un groupe d'hommes, suivant un cycle qui peut nous faire penser à ces civilisations que nous savons mortelles, désormais.


«Le démiurge n'est pas le Dieu créateur. Il ne sait même pas qu'il construit un monde, il fait une oeuvre d'homme, pierre après pierre, et bientôt sa création lui échappe et le dépasse et s'il ne la détruit pas, c'est elle qui le détruit.» et l'échelle de ce monde varie selon ses auteurs. Un petit village corse se meurt gentiment lorsque deux de ses enfants, étudiants en philosophie, décide de reprendre le débit de boisson qui va à vau-l'eau depuis quelques années. Ils sont unis par une amitié indéfectible, portent ce projet et s'y consacrent sans retenue aucune. A la surprise de tous, le commerce prend son essor et beaucoup du village et d'ailleurs viennent y prendre part et apportent leur pierre à l'édifice maintenant soutenu par une équipe entretenant ce rêve collectif. Jérôme Ferrari dresse ainsi le portrait de ce microcosme en le recadrant naturellement dans une perspective beaucoup plus large puisque mythologique ! L'écriture est précise, le roman ample, les personnages puissants, la tragédie saisissante, à découvrir «sur-le-champ» !


  • Le courrier des auteurs : 14/11/2012

«Le choix des mots» par Jean Pruvost, grand amoureux des mots...

Cher Jérôme Ferrari,
Votre nom le rappelle, de l'italien ferraro, qui travaille le fer, vous avez une plume d'acier qui fait mouche. Celle d'un philosophe, comme Montesquieu si éclairant sur la chute de l'Empire romain. Vous, c'est le Sermon sur la chute de Rome. «Élevée à la corse, elle ignorait le mensonge», lit-on chez Balzac en 1830. Votre plume est corse, le mensonge n'y a pas sa place et c'est votre «milieu naturel de fiction».
Cette plume, elle a été trempée dans une cour d'école corse, là où, en somme, commence le roman, là où l'«obturateur» de l'appareil photographique se déclenche sur une mère et ses enfants, à la fin de la Première Guerre mondiale. Peut-être, dites-vous, «pouvons-nous même reconnaître» à un signe «presque imperceptible», «le déclenchement d'un obturateur», qu'«un monde vient de disparaître». On est en été, en 1918. Né en 1919, Marcel est intrigué par cette photographie de sa mère, de sa famille. Marcel, c'est le grand-père narrateur, «traducteur», comme vous, du temps, questionneur de l'intervalle entre un monde qui s'achève, et un nouveau, attendu. La joie n'existe pas pour lui, elle palpite rappelez-vous néanmoins dans les «leçons du maître», dans «les cartes de géo», dans la «majesté de l'histoire». Le professeur de philosophie que vous êtes n'oublie pas le nid.
Le mot claque, clique : l'«obturateur». En 1560, c'est seulement un muscle sous-pubien. En 1790, un mécanisme puis, en 1858, le dispositif d'un appareil photographique obturant l'objectif : si on le déplace, il permet à la lumière d'impressionner une surface sensible, pendant une durée choisie. En somme, une «porte» entre deux «mondes». À l'écrivain-photographe-traducteur d'interroger sur l'«intervalle», mot-clé de votre roman, entre l'ancien et le nouveau monde. «Espace entre deux pieux (le latin vallus : pieu) d'une palissade», c'est l'étymologie de l'intervalle. Combien de pas y aura-t-il dans l'intervalle de la clôture pour la petite Jeanne-Marie, soeur de Marcel, qui pose «pieds nus» sur la photo ?
Fin d'un monde, vers le bas : la «chute», l'«abîme» du grec abussos, sans fond, «l'abîme du regard des bêtes» comme celui «creusé dans des visages de cire». Il faut aussi se souvenir des «yeux suppliants vers la Lune», du roman précédent, en Algérie, Où j'ai laissé mon âme. Ici, en Corse, c'est le «soleil mort», sous lequel on mange des beignets rassis. Le ciel, insistez-vous, ne s'ouvrira pas sur l'Archange de l'Apocalypse.
Et puis il y a le bar, cadre d'abord très joyeux du petit-fils de Marcel et de son ami, tout deux ex-étudiants en philosophie, tout cela pétille, avant le pistolet. Et la femme-espoir, Hayet, qui part discrètement, la nuit, qui franchit la «porte», un mot fort et récurrent. Et, pour vous Jérôme Ferrari, à l'arrivée, beaucoup de monde, pour vous reconnaître. Avec des obturateurs cliquant, joyeusement, par centaines.

Jean Pruvost


Jérôme Ferrari, au micro de Jean Morzadec


  • Les présentations des éditeurs : 27/08/2012

Le point de vue des éditeurs

Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l'impulsion de ses nouveaux gérants. À la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent pour, fidèles aux enseignements de Leibniz, transformer un modeste débit de boissons en "meilleur des mondes possibles". Mais c'est bientôt l'enfer en personne qui s'invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes ou conviant à d'irréversibles profanations des êtres assujettis à des rêves indigents de bonheur, et victimes, à leur insu, de la tragique propension de l'âme humaine à se corrompre.

Entrant, par-delà les siècles, en résonance avec le sermon par lequel saint Augustin tenta, à Hippone, de consoler ses fidèles de la fragilité des royaumes terrestres, Jérôme Ferrari jette, au fil d'une écriture somptueuse d'exigence, une lumière impitoyable sur la malédiction qui condamne les hommes à voir s'effondrer les mondes qu'ils édifient et à accomplir, ici-bas, leur part d'échec en refondant sans trêve, sur le sang ou les larmes, leurs impossibles mythologies.

Né à Paris en 1968, Jérôme Ferrari a enseigné en Algérie puis en Corse. Depuis septembre 2012, il est en poste dans les Émirats arabes unis.
Chez Actes Sud, il est l'auteur de quatre romans : Dans le secret (2007; Babel n° 1022), Balco Atlantico (2008), Un dieu un animal (2009, prix Landerneau ; Babel n° 1113) et Où j'ai laissé mon âme (2010, prix du roman France Télévisions, prix Initiales, prix Larbaud, grand prix Poncetton de la SGDL).



  • La revue de presse Yves Simon - Paris-Match, octobre 2012

Comment ne pas retrouver de sombres coïncidences avec le volcan décadent sur lequel nous sommes en train de danser ? Alors que nous parlons de droits acquis, une civilisation - la nôtre - est en train de mourir sous nos yeux, espérant qu'elle survive et renaisse, alors que tous les ingrédients de sa mort sont programmés. Fin de la beauté, fin d'une majesté, fin d'une époque, fin des savoirs et des civilités où tout allait de soi alors que tout allait survenir d'ailleurs, d'ailleurs de soi. Les autres, cet enfer...
Jérôme Ferrari écrit en virtuose cette apocalypse corse, cette fin d'un monde occidental où chacun s'est cru éternellement l'empereur des destins. Pour ces raisons, «Le sermon sur la chute de Rome» est ce qu'il y a de plus abouti, de plus beau, de plus universel en cette rentrée littéraire. Il décrit la finitude et l'impermanence des choses pour laisser à saint Augustin le devoir d'en expliquer la chute inexorable.


  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 1er novembre 2012

Sur le parcours qui mène au prix Goncourt, Jérôme Ferrari a franchi l'avant-dernière étape : il est, depuis mardi, un des quatre écrivains à figurer sur l'ultime sélection...
C'est à partir de la Corse qu'ont lieu les voyages littéraires de Jérôme Ferrari. Un simple décentrement, qui évite le passage par Paris, et ouvre grand sur le monde.


  • La revue de presse Muriel Steinmetz - L'Humanité du 25 octobre 2012

Finaliste du grand prix du roman de l'Académie française, Jérôme Ferrari est encore dans la course pour le Goncourt, le Femina et l'Interallié pour son dernier roman, le Sermon de la chute de Rome. Cette tragédie qui se déroule dans un bar corse tire son titre des homélies prononcées par saint Augustin en 410 à Hippone en guise de consolation pour ses fidèles après que les Wisigoths ont détruit l'Empire romain qu'on croyait invincible. Saint Augustin aurait dit, entre autres  : « Tu es étonné parce que le monde touche à sa fin  ? Étonne-toi plutôt de le voir parvenu à un âge si avancé. Le monde est comme un homme  : il naît, il grandit et il meurt. »...
L'écriture de Jérôme Ferrari est avare de dialogues mais riche en accents polyphoniques grâce auxquels on croit entendre s'exprimer tous les personnages. Le ton est souvent sarcastique avec des inflexions quasi voltairiennes. On sent tout du long la volonté de ne pas être dupe face aux constructions humaines bâties sur l'amnésie de la contingence. Le pessimisme du professeur de philosophie ne fait-il pas écho à celui de saint Augustin  ?


  • La revue de presse Philippe Delaroche - Lire, septembre 2012

Deux étudiants originaires de Corse prennent la gérance d'un bar qu'ils souhaitent transformer en "meilleur des mondes possibles". Dans son cinquième roman, Jérôme Ferrari s'interroge sur la pureté des âmes, les échecs et les désillusions...
C'est moins la décrépitude du petit commerce que celle des âmes que, en épilogue à la chute de l'empire français et au fil des drames et frustrations de trois générations, peint Jérôme Ferrari. Sur fond de ce désenchantement dont souffre le jeune Libero. Diplôme en poche, il se découvre en "homme qui vient juste de faire fortune, après des efforts inouïs, dans une monnaie qui n'a plus cours". Chute de l'empire de la culture ! Mais, ainsi que s'interroge insensiblement Jérôme Ferrari, est-on seulement capable de sacrifier savoir, bien et confort plutôt que perdre la charité et, avec elle, la pureté de son âme, comme il arrive à celui qui ne vénère d'autre dieu que sa vanité ?


  • La revue de presse Astrid de Larminat - Le Figaro du 30 août 2012

Ce roman très corse est aussi universel que la tragédie grecque. Les paysages, abrupts, originels, paradisiaques, invitent à un questionnement radical. L'auteur écrit une langue torturée, mais emportée par la grâce. Il cherche une réponse à ses questions métaphysiques dans «les grondements du fleuve dont on entendait couler les flots invisibles tout au fond du précipice encaissé qui déchirait la montagne comme une plaie profonde, un sillon tracé par le doigt de Dieu tout au début du monde». Mais le paysage et son créateur restent muets. Jérôme Ferrari encadre sa méditation sur le sens de l'histoire par des références, malheureusement trop hâtives, aux Sermons sur la chute de Romede saint Augustin. Certes, le rapprochement entre le Ve siècle qui vit l'effondrement d'une civilisation et le nôtre se justifie. On sent que l'auteur cherche dans le fameux pessimisme augustinien sur la nature humaine un écho au sien.


  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 22 août 2012

Ceci n'est pas un péplum. Mais le récit chaotique et revigorant de la vie des membres d'une famille traversant le XXe siècle comme sur un radeau de survie. C'est un roman qui se désagrège à chaque page, et qui pourtant offre un grand sentiment de sécurité. Un livre meuble, fuyant, insaisissable, sur lequel on peut néanmoins prendre appui, pour avancer en confiance...
Très vite, l'auteur nous happe par son écriture si profonde, proche des émotions, et pourtant pleine de recul...
Comme dans ses romans précédents, aux titres déjà énigmatiques et forts (Un dieu un animal, Où j'ai laissé mon âme), Jérôme Ferrari saisit cet instant où tout bascule, où la bulle du rêve et de l'ambition éclate pour laisser place au vide abyssal. Mais pour lui, le vide est un espace qu'il y a toujours moyen d'occuper, une terre vierge qu'il faut cultiver pour la faire renaître.


  • La revue de presse Baptiste Liger - L'Express, août 2012

Le dernier roman de Jérôme Ferrari pourrait être un traité de philosophie de comptoir. Au sens strict. C'est en effet dans le bar d'un village corse que l'auteur d'Où j'ai laissé mon âme (prix France Télévisions 2010) situe l'action de son très beau Sermon sur la chute de Rome, qui doit son titre aux mots prononcés par saint Augustin, en 410, dans la cathédrale d'Hippone...
Porté par une langue virtuose et lyrique, Le Sermon sur la chute de Rome dépasse sa trame régionaliste pour atteindre des accents mythologiques. Où Jérôme Ferrari nous interroge sur la fin d'un monde, les conditions de l'échec et la tentation du mal.


  • La revue de presse Grégoire Leménager - Le Nouvel Observateur du 23 août 2012

Ce roman flamboyant pourrait n'être qu'une belle dissertation un peu théâtrale. Il pourrait signer l'intrusion de la tragédie grecque dans la brève de comptoir, comme aurait presque dit Malraux. Ce ne serait déjà pas si mal. Mais le livre de Ferrari est beaucoup plus que cela, grâce à son intelligence têtue, à son amour de la Corse qui éclate partout, à tous ses personnages qui titubent au bord d'un ravin sans le voir. Et puis, quelqu'un qui sait raconter comment on châtre les jeunes verrats ne peut être qu'un véritable écrivain.


  • La revue de presse Raphaëlle Leyris - Le Monde du 23 août 2012

Avec " Le Sermon sur la chute de Rome ", l'écrivain fait d'un bar corse la scène d'un superbe roman sur les espérances déçues. Noir et caustique...
La phrase extraordinairement travaillée et sinueuse de Jérôme Ferrari s'emploie à explorer les voies que chacun se choisit - plus admirable encore dans Le Sermon qu'elle ne l'était dans ses romans précédents. L'auteur la maîtrise à plein, aussi habile pour l'étirer dans toute sa puissance et sa gravité que pour la gonfler d'ironie, et jouer du contraste entre son déploiement solennel et une pointe finale parfois drolatique sur laquelle elle vient s'éteindre. Il la parsème d'incises qui peuvent embrasser plusieurs temporalités à la fois et semblent servir à rappeler la finitude de tous destins, à la manière des mouches sur les vanités de l'âge baroque...
Convaincu que la fin est dans le début, Jérôme Ferrari construit ainsi un ambitieux cycle romanesque qui ne dit pas son nom, dont Le Sermon sur la chute de Rome constitue l'acmé. Il apporte la preuve que, non content d'être un auteur extrêmement original, il est un écrivain à la tête de son propre monde. Un monde minuscule et passionnant, hanté par des personnages dont la dimension tragique n'exclut pas le grotesque. Un monde voué à la destruction ? Forcément. Que cela ne vous empêche surtout pas de l'habiter pleinement.


  • Les courts extraits de livres : 27/08/2012

Comme témoignage des origines - comme témoignage de la fin, il y aurait donc cette photo, prise pendant l'été 1918, que Marcel Antonetti s'est obstiné à regarder en vain toute sa vie pour y déchiffrer l'énigme de l'absence. On y voit ses cinq frères et soeurs poser avec sa mère. Autour d'eux, tout est d'un blanc laiteux, on ne distingue ni sol ni murs, et ils semblent flotter comme des spectres dans la brume étrange qui va bientôt les engloutir et les effacer. Elle est assise en robe de deuil, immobile et sans âge, un foulard sombre sur la tête, les mains posées à plat sur les genoux, et elle fixe si intensément un point situé bien au-delà de l'objectif qu'on la dirait indifférente à tout ce qui l'entoure - le photographe et ses instruments, la lumière de l'été et ses propres enfants, son fils Jean-Baptiste, coiffé d'un béret à pompon, qui se blottit craintivement contre elle, serré dans un costume marin trop étroit, ses trois filles aînées, alignées derrière elle, toutes raides et endimanchées, les bras figés le long du corps et, seule au premier plan, la plus jeune, Jeanne-Marie, pieds nus et en haillons, qui dissimule son petit visage blême et boudeur derrière les longues mèches désordonnées de ses cheveux noirs. Et à chaque fois qu'il croise le regard de sa mère, Marcel a l'irrépressible certitude qu'il lui est destiné et qu'elle cherchait déjà, jusque dans les limbes, les yeux du fils encore à naître, et qu'elle ne connaît pas. Car sur cette photo, prise pendant une journée caniculaire de l'été 1918, dans la cour de l'école où un photographe ambulant a tendu un drap blanc entre deux tréteaux, Marcel contemple d'abord le spectacle de sa propre absence. Tous ceux qui vont bientôt l'entourer de leurs soins, peut-être de leur amour, sont là mais, en vérité, aucun d'eux ne pense à lui et il ne manque à personne. Ils ont sorti les habits de fête qu'ils ne mettent jamais d'un placard truffé de naphtaline et il leur a fallu consoler Jeanne-Marie, qui n'a que quatre ans et ne possède encore ni robe neuve ni chaussures, avant de monter tous ensemble vers l'école, sans doute heureux que quelque chose se passe enfin qui les arrache un instant à la monotonie et à la solitude de leurs années de guerre. La cour de l'école est pleine de monde. Toute la journée, dans la canicule de l'été 1918, le photographe a fait le portrait de femmes et d'enfants, d'infirmes, de vieillards et de prêtres, qui défilaient devant son objectif pour y chercher eux aussi un répit et la mère de Marcel, et ses frère et soeurs, ont patiemment attendu leur tour en séchant de temps en temps les larmes de Jeanne-Marie qui avait honte de sa robe trouée et de ses pieds nus. Au moment de prendre la photo, elle a refusé de poser avec les autres et il a fallu tolérer qu'elle reste debout toute seule, au premier rang, à l'abri de ses cheveux ébouriffés. Ils sont réunis et Marcel n'est pas là. Et pourtant, par le sortilège d'une incompréhensible symétrie, maintenant qu'il les a portés en terre l'un après l'autre, ils n'existent plus que grâce à lui et à l'obstination de son regard fidèle, lui auquel ils ne pensaient même pas en retenant leur respiration au moment où le photographe déclenchait l'obturateur de son appareil, lui qui est maintenant leur unique et fragile rempart contre le néant, et c'est pour cela qu'il sort encore cette photo du tiroir où il la conserve soigneusement, bien qu'il la déteste comme il l'a, au fond, toujours détestée, parce que s'il néglige un jour de le faire, il ne restera plus rien d'eux, la photo redeviendra un agencement inerte de taches noires et grises et Jeanne-Marie cessera pour toujours d'être une petite fille de quatre ans.


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