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.. Kinderzimmer

Couverture du livre Kinderzimmer

Auteur : Valentine Goby

Date de saisie : 21/03/2014

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782330022600

GENCOD : 9782330022600

Sorti le : 21/08/2013

Le ventre d'une future mère plongée dans l'horreur concentrationnaire ne grossit pas. Du tout. Il faut que Mila perde les eaux («les os»), pour que ses compatriotes du Block finissent par croire à sa grossesse.
À la naissance de James, Mila découvre le monde parallèle de la «Kinderzimmer», la chambre des enfants. Oubliez les layettes et les ours en peluche : les bébés nés en camp ont maximum trois mois d'espérance de vie.
Un roman qui se lit en apnée.


Le roman commence par une rencontre. Une rencontre entre une classe et une ancienne déportée.
Pour la énième foi, Suzanne vient raconter son expérience du camp de concentration de Ravensbrück. Ce récit, elle l'a souvent déroulé, il coule presque tout seul. Mais pas cette fois. Une question, une seule vient interrompre ce flot familier et tout remettre en cause. "L'ignorance, ce serait l'endroit où se tenir ensemble, la fille et elle ; le lieu commun, à soixante ans de distance."(page 12) Et c'est Mila qui reprend le récit : "Mila, qui n'avait pas de mémoire. Mila, pur présent."(page 13) On entre dans le récit avec l'incertitude. Le seul savoir, c'est que tout vaux mieux qu'être morte. Même la déportation, même le wagon à bestiaux, même la soif, la faim, le froid, la douleur. Que tout est bon pour rester en vie, même si c'est juste jusqu'à la prochaine tétée.
Valentine Goby nous parle de ça, de l'élan vital qui perdure, envers et contre tout. De cet incompréhensible volonté de vivre, même quand l'espoir se tarit, même quand les autres abandonnent. Mila reste. Oh certes, pas sans aide. Mais ces béquilles semblent si fragiles qu'elles ne peuvent rien expliquer : une camarade de misère, un enfant qui semble condamné et surtout, des chiens qui n'ont pas attaqué. La volonté de Mila s'y enracine, jusqu'à la fin.


Le ventre d'une future mère plongée dans l'horreur concentrationnaire ne grossit pas. Du tout. Il faut que Mila perde les eaux («les os»), pour que ses compatriotes du Block finissent par croire à sa grossesse.
À la naissance de James, Mila découvre le monde parallèle de la «Kinderzimmer», la chambre des enfants. Oubliez les layettes et les ours en peluche : les bébés nés en camp ont maximum trois mois d'espérance de vie.
Un roman qui se lit en apnée.


Le sujet, la maternité dans un camp de concentration en 1944, est dur, le ton est dur, les mots sont durs. Mais dès les premières pages, on est happé par l'histoire de Mila, qui arrive à 22 ans, enceinte, au camp de Ravensbrück. On est happé par ces femmes, déportées politiques, qui vont tout mettre en oeuvre pour que Mila ait son bébé. Malgré la crasse, les insultes, les coups, les poux, le froid, la chaleur, la faim, la puanteur, les humiliations, elles restent entières, se tiennent debout, sauvent les derniers bouts d'humanité qu'il leur reste. Elles poursuivent leurs minuscules actes de résistance, énormes pour elles, même au sein de l'ennemi.

"Mais pouquoi tu fais ça pour moi ?"
"Parce que tu le ferais aussi..." Et parce que, sans doute, quand tout nous a été enlevé, reste l'humanité qu'on porte en chacun de nous, l'amitié de deux femmes, l'amour d'une mère pour son bébé.
A lire ! ! ! !


Evelyne Levallois recommande ce livre au micro d'Augustin Trapenard, dans Le Carnet du libraire, sur France Culture, en partenariat avec Lechoixdeslibraires.com


Longtemps après. Longtemps après, Suzanne Langlois parcourt les établissements scolaires pour raconter, témoigner. La question presque anodine d'une jeune élève la bouscule. Mi-avril 1944, elle partit pour Ravensbrück dont elle ignorait tout, comme cette jeune fille aujourd'hui. Kinderzimmer témoigne du départ de Mila, ni emblème de la résistance ni prisonnière politique, avec d'autres femmes depuis Romainville. Elles savent qu'elles ne seront pas fusillées comme les hommes mais déportées vers Ravensbrück. Mila ignorait également qu'elle ne partait pas seule, elle était enceinte. Rencontre d'un soir avec un résistant blessé, elle qui codait des messages au coeur de partitions. Quatre cents femmes débarquent au milieu des hurlements des Allemands et des chiens dans ce camp où plus de quarante mille femmes vivent. Le camp a sa propre langue et Mila doit vite apprendre. Rapidement, la vie du camp vient à elle, mais c'est une autre vie, «Une guerre dans la guerre», d'autres gestes, d'autres regards : «Le camp est une régression vers le rien, le néant, tout est à réapprendre, tout est à oublier». Le camp n'est pas hors du temps et de l'espace, le camp est dans le monde, dans la vie malgré l'omniprésence de la mort et la puissante horreur du quotidien. Les corps, leurs formes, leurs états, sont révélateurs, chacune voit son propre corps dans le corps de l'autre, de sa voisine, de la prochaine morte, de la prochaine condamnée ? Chaque geste est primordial, une lutte pour la vie, pour continuer d'y croire («... ne pas mourir avant la mort.»), sans nécessairement en prendre conscience : «N'empêche, rien ne change, vous êtes debout.». Comme partout, l'entraide et la solidarité demeurent salvatrices, une petite attention («De vraies humaines vivent encore ici.»), et la vie repart, mais jusqu'à quand ? Mila découvrira que son cas n'est pas isolé et qu'au sein du camp, une Kinderzimmer accueille les enfants nés à Ravensbrück, la vie et la mort côte à c ôte. Mila découvre son corps et s'interroge sur cette naissance. Elle et ses amies s'accrochent à ce petit bout de chair qui a déjà tant lutté dans le ventre de Mila et qui continue aussitôt l'accouchement de lutter pour sa vie. Mila et les autres mères se soutiennent, combattent pour ne pas perdre, ne pas abandonner, jamais. Mais la guerre fut longue, très longue. Un livre éprouvant, grave et émouvant, qui en maîtrisant parfaitement le lien entre fiction et histoire, grave dans le marbre «l'instant présent» vécu par des personnages simples qui ont aussi écrit l'Histoire.


Ravensbrück, camp de concentration pour femmes. D'une écriture courte et saccadée, Valentine Goby donne la parole à Mila, jeune déportée politique enceinte. A travers son regard apparaissent d'autres portraits de femmes mues par un seul désir : conserver l'envie de vivre envers et contre tout.
Beau roman qui a su évoquer l'horreur des camps sans tomber dans le pathos.


Dans le camp de concentration de Ravensbrück, elles sont plus de 40 000 prisonnières. Mila arrive par un convoi de «quatre cents femmes moins les mortes». Elle connaît le froid, la faim, la quarantaine, les SS, les conditions de vies atroces, la mort omniprésente, le travail harassant. Sauf que voilà, Mila est enceinte. Elle ne peut pas être la seule, entre toutes ? Alors elle découvre l'anomalie suprême : Ravensbrück a une Kinderzimmer, une chambre d'enfants. Un roman virtuose et lumineux sur la vie, et le prix à payer pour la maintenir.


  • Le courrier des auteurs : 09/08/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Une écrivain

2) Quel est le thème central de ce livre ?
J'ai longuement réfléchi avant d'entreprendre le roman de cette histoire folle, de cette anomalie dans les ténèbres qu'a été la Kinderzimmer, la chambre des nourrissons qui a existé en 1944 au camp de Ravensbrück. Comme beaucoup d'écrivains depuis la Deuxième guerre mondiale, je me pose la question du droit du romancier à s'emparer de l'Histoire, particulièrement aigüe quand il s'agit de la déportation. «Kinderzimmer», s'ouvre et s'achève avec Mila, une jeune résistante, enceinte lorsqu'elle pénètre dans le camp, lieu qui n'a pas encore de nom. Tant d'histoires ne tiendront bientôt plus qu'à notre volonté de ne pas oublier. J'ai voulu montrer le contraste saisissant entre l'effroi objectif de la situation de ces femmes, et la lumière vibrante de leur regard sur ce même lieu, qui n'était pas un lieu hors du monde, qui était une vie, un lieu de la vie ordinaire. Cette conviction n'a pas sauvé beaucoup d'enfants, mais elle a sauvé des femmes, en leur laissant, comme le souligne Robert Antelme, la dignité inhérente à l'espèce humaine.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Quand elle retournera dans cette classe au lycée, Mila dira exactement cela : il faut des historiens pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l'expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l'instant présent".

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La Canzon, de Manuel de Falla

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
C'est une telle anomalie, a priori, dans l'imagier des camps, cette Kinderzimmer, que même les prisonnières ne se la figurent pas. Elles ne se figurent rien, d'ailleurs. Ni la Kinderzimmer, ni le camp, ni la géographie qu'elles traversent, elles ignorent tout, la mesure du temps est l'instant, la mesure de l'espace le lieu où elles se tiennent, elles vivent dans l'ultra-présent, n'imaginent rien - plus tard, quand elles évoqueront les camps, elles auront oublié cette virginité du premier jour et la lente, laborieuse conquête du savoir. La découverte des images du camp. La découverte de la langue du camp. L'association progressive des sons et des images, qui fait sens provisoirement. A leur manière, face au camp, elles sont des nourrissons elles-mêmes. Ces femmes n'étaient pas toutes des héroïnes, des militantes chevronnées, aguerries par la politique et la Résistance. Leur héroïsme, je le vois dans l'accomplissement des gestes minuscules du quotidien dans le camp, et dans ce soin donné aux plus fragiles, les nourrissons, pour qu'ils fassent eux aussi leur travail d'humain, qui est de ne pas mourir avant la mort. Mila, mon personnage fictif, est l'une de ces femmes. Kinderzimmer est un roman grave, mais un roman de la lumière.


  • Les présentations des éditeurs : 06/08/2013

Le point de vue des éditeurs

"Je vais te faire embaucher au Betrieb. La couture, c'est mieux pour toi. Le rythme est soutenu mais tu es assise. D'accord ?
- Je ne sais pas.
- Si tu dis oui c'est notre enfant. Le tien et le mien. Et je te laisserai pas.
Mila se retourne :
- Pourquoi tu fais ça ? Qu'est-ce que tu veux ?
- La même chose que toi. Une raison de vivre."

En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.
Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l'Histoire n'a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l'ignorance dans nos trajectoires individuelles.

Valentine Goby est née en 1974. Ce livre majeur est son huitième roman. Depuis 2002 elle compose simultanément une oeuvre importante pour la jeunesse.



  • La revue de presse Xavier Houssin - Le Monde du 24 octobre 2013

Le livre en est déjà à sa huitième réimpression. Il s'agit d'un texte terrible, douloureux, atroce de justesse et de vérité qui raconte comment, à Ravensbrück, en 1944, certaines femmes déportées étaient parvenues à mener leur grossesse à terme. Et comment des nouveau-nés avaient pu survivre, là-bas, quelques heures, quelques jours, quelques mois au huis clos d'une baraque qui leur était étrangement réservée. Comment enfin, parmi eux, malgré les conditions effrayantes auxquelles ils étaient soumis, il s'était trouvé des rescapés. Kinderzimmer n'est un roman que par sa forme, sa construction, la fiction permettant la mise à distance nécessaire à son écriture. Il se révèle ainsi un outil d'expression au service de la connaissance, de la transmission. Mis en oeuvre au fil d'une longue série de conversations, d'entretiens avec d'anciennes déportées. Avec aussi certains de ces " enfants vieillis " dont la vie a commencé à Ravensbrück...
Un texte d'un grand courage et d'une parfaite vérité. Apre jusqu'à la nausée. Et douloureux sans cesse. Mais où luit, malgré tout, un étonnant espoir. L'histoire de Mila, cette si jeune résistante plongée dans l'enfer de Ravensbrück et qui ne sait plus rien. Sauf qu'elle est enceinte et qu'elle doit en garder jusqu'au bout le secret.


  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 28 août 2013

Voilà quelques années que Valentine Goby élargit patiemment sa cour de fidèles, et ce huitième roman consacre son écriture musicale, en cercles concentriques, ondoyant autour de personnages victimes d'un monde qui les dépasse. Le thème de la maternité, omniprésent, palpite encore et toujours dans cette histoire de naissance en terre hostile...
Valentine Goby a écrit un grand roman sur l'innocence, une magistrale histoire d'éveil, décryptant dans leurs moindres détails les perceptions de son héroïne, parachutée dans un univers inconnu, inquiétant, incompréhensible.


  • Les courts extraits de livres : 06/08/2013

Extrait du prologue

Elle dit mi-avril 1944, nous partons pour l'Allemagne.

On y est. Ce qui a précédé, la Résistance, l'arrestation, Fresnes, n'est au fond qu'un prélude. Le silence dans la classe naît du mot Allemagne, qui annonce le récit capital. Longtemps elle a été reconnaissante de ce silence, de cet effacement devant son histoire à elle, quand il fallait exhumer les images et les faits tus vingt ans ; de ce silence et de cette immobilité, car pas un chuchotement, pas un geste dans les rangs de ces garçons et filles de dix-huit ans, comme s'ils savaient que leurs voix, leurs corps si neufs pouvaient empêcher la mémoire. Au début, elle a requis tout l'espace. Depuis Suzanne Langlois a parlé cinquante fois, cent fois, les phrases se forment sans effort, sans douleur, et presque, sans pensée.

Elle dit le convoi arrive quatre jours plus tard.

Les mots viennent dans l'ordre familier, sûrs, elle a confiance. Elle voit un papillon derrière la vitre dans les branches de platane ; elle voit couler la poussière dans la lumière oblique rasant les chevelures ; elle voit battre le coin d'un planisphère mal scotché. Elle parle. Phrase après phrase elle va vers l'histoire folle, la mise au monde de l'enfant au camp de concentration, vers cette chambre des nourrissons du camp dont son fils est revenu vivant, les histoires comme la sienne on les compte sur les doigts de la main. C'est aussi pourquoi elle est invitée dans ce lycée, l'épreuve singulière dans la tragédie collective, et quand elle prononcera le mot Kinderzimmer, tout à l'heure, un silence plus dense encore tiendra la classe comme un ciment. Pour l'instant, elle est juste descendue du train, c'est l'Allemagne, et c'est la nuit.

Elle dit nous marchons jusqu'au camp de Ravensbrück.

Une fille lève la main. À ce moment du récit ce n'est pas habituel. Une main levée comme un signal, une peau très pâle, et dans le sourcil droit, un minuscule anneau rouge. La main levée déroute Suzanne Langlois, le récit bute contre la main, une main sur sa bouche, et se fragmente.
La fille demande si Suzanne Langlois avait entendu parler de Ravensbrück en France, avant le départ. Suzanne Langlois dit j'ai su qu'il y avait des camps, c'est tout.
Et dans le train pour l'Allemagne, elle connaissait la destination ?
- Non.
- Alors quand vous avez compris que vous alliez à Ravensbrück ?
Suzanne Langlois hésite, et puis : je ne sais pas. De toute façon elle n'aurait pu comprendre qu'elle allait à Ravensbrück, quand bien même elle aurait su ce nom il n'aurait évoqué qu'un assemblage de sons gutturaux et sourds, ça n'aurait eu aucun sens avant d'y être, avant de le vivre.
- Alors, vous ne saviez pas où vous étiez ? Suzanne Langlois sourit, hésite, puis : non.


  • L’amour des livres, avec Bonnelecture.fr : 06/08/2013

Quelle place tiennent les livres dans votre vie ?
Les livres donnent une amplitude extraordinaire à la vie, ils ouvrent des fenêtres dans le réel où le regard se déploie sans limites.


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