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.. Les évaporés

Couverture du livre Les évaporés

Auteur : Thomas B. Reverdy

Date de saisie : 25/03/2014

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Flammarion, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 19.00 €

ISBN : 978-2-08-130705-6

GENCOD : 9782081307056

Sorti le : 21/08/2013

Au Japon, les disparitions n'engendrent que le silence, la vie continue, aucune recherche n'est lancée («Il faut que vous sachiez d'abord qu'ici, au Japon, un adulte a légalement le droit de disparaître ? Dans le fond c'est une sorte de déménagement, mais sans laisser d'adresse.»). Les évaporés (ou johatsus) ne laissent pas de trace («Qu'on ne retrouve pas les évaporés du Japon.») et s ?éloignent simplement. Richard B. un Américain poète suit pourtant Yukiko, la femme qu'il aime encore et qui avait fui des années plus tôt le Japon, afin d'enquêter et de comprendre pourquoi Kaze, son père, s'est évaporé. Cette enquête le mène à la rencontre des Yakuzas modernes et dans les quartiers pauvres de l'île, au coeur des camps de réfugiés ; après le tsunami et Fukushima («Tout est blanc, même le bruit.»), le Japon et son économie sauront trouver et employer ces évaporés ? Évidemment la fuite est au coeur de ce roman troublant et sensible : Pourquoi partir ou fuir ? Fuir, n'est-ce pas continuer de lutter pour vivre ? Peut-on imposer ce départ aux siens ? Que vont-ils ressentir ? Doivent-ils chercher les disparus ou accepter ? Peut-on oublier le passé ? Quid du contrôle de nos vies ? Notre vie est-elle vraiment notre vie ? A partir de quatre voix, de quatre itinéraires, de quatre visions, Thomas B. Reverdy nous offre un portrait instructif du Japon et de ses mystères, mais aussi un polar et un roman d'amour, et enfin un hommage à Richard Brautigan.


Richard B. détective américain, n'aime pas voyager. Il va pourtant devoir traverser l'océan Pacifique afin de mener une enquête. La belle Yukiko, "ses cheveux longs et japonais sont d'un noir qui n'existe que dans ses cheveux", lui demande de retrouver sont père disparu quelques nuits auparavant. N'écoutant que son coeur, Richard se rend au Japon et découvre un monde incroyable où de minuscules couloirs d'hôtel ou des terrasses mènent à des bars privés, où les gens parlent et se taisent et ce qui doit être dit ne l'est jamais, où les gens peuvent s'évaporer, une nuit, laissant femme, enfants, entreprises, et ne jamais revenir. "Monsieur Kaze", le père de Yukiko est l'un d'eux. Un johatsu : "Ce que nous appelons ici johatsu remonte à l'époque Edo. Les criminels ou les gens qui avaient une dette d'honneur allaient se purifier aux sources du mont Fuji. Il y a là des sources chaudes et des établissements de bains, ce sont des villes d'hôtels. Ils prenaient une auberge, ils entraient dans les bains de vapeur et ils disparaissaient. C'est pour cela qu'on les appelle les évaporés." Lors de son périple il rencontre un jeune homme, Akainu, évaporé malgré lui après le tsunami, errant, fuyant une réalité qu'il ne peut admettre, la mort de ses parents.
Ces quatre personnages fuient, s'évaporent, cherchent un ailleurs meilleur, changement de lieu pour mieux changer de vie. Mais la fuite est-elle la réponse à toute quête ? A vous de le savoir en plongeant dans ce roman hybride, roman policier, d'amour, quête existentielle, indéfinissable comme un johatsu s'éloignant dans la nuit japonaise.


Au Japon, lorsque quelqu'un disparait, il est qualifié d' «évaporé», la famille déshonorée n'en parle pas, la police ne le recherche pas.

Un privé américain, poète et paumé est embauché par la belle japonaise dont il est toujours amoureux pour retrouver son père : un roman noir dans la pure tradition.

Mais c'est aussi un reportage sur le Japon d'aujourd'hui, celui de la crise économique, du tsunami, de Fukushima et sur le Japon ancestral avec ses codes moraux et sociaux et ses puissants yakuzas.

C'est surtout un vagabondage tendre, drôle et poétique dans l'apocalypse où l'on comprend que l'art de l'esquive représente un mode d'existence tout autant qu'un style d'écriture...


«Ici, lorsque quelqu'un disparaît, on dit simplement qu'il s'est évaporé.»

Cette phrase pour la moins énigmatique, on la découvre sur le bandeau de couverture du prochain roman de Thomas B. Reverdy que les éditions Flammarion publient à la fin du mois d'août. Les Évaporés -c'est son titre- raconte l'histoire d'une disparition, mais il nous parle aussi du Japon après Fukushima, et puis d'un chagrin d'amour.

Après s'être fait licencier pour des raisons bien obscures, Kaze a décidé de disparaître. Il part de chez lui, une nuit, emportant simplement quelques cartons pour s'installer dans un tout petit appartement à l'autre bout de la ville. Il quitte sa femme sans lui fournir la moindre explication, et change de nom. Au Japon, la pratique est courante; la police n'ouvre jamais d'enquête car aucun crime n'a été commis. La famille quant à elle ne part pas à la recherche du disparu car elle se sent déshonorée.

C'est sans doute parce qu'elle a passé près de dix ans aux États-Unis, et aussi parce qu'elle se considère un peu comme une «évaporée» que Yukiko part à la recherche de son père. Elle revient au Japon après des années d'absence en compagnie d'un certain Richard B., détective privé, pêcheur de truites à ses heures perdues et aussi ancien petit ami de Yukiko. Ensemble, ils vont mener l'enquête, se frotter au milieu des yakuzas, et s'immerger dans un Japon ravagé par Fukushima.

A l'origine de ce roman, un séjour au Japon dont Reverdy s'est totalement imprégné. Comme son sous-titre l'indique, Les Évaporés est un «Roman japonais». La poésie de ce texte le rapproche en effet des livres de Murakami - la construction même du livre, le croisement des différents personnages et le fait d'avancer «à tâtons» dans l'histoire en sont les preuves. Les Évaporés se lit en fait presque comme un roman étranger. Presque, parce que Reverdy nous fait découvrir le Japon, nous initie aux subtilités des coutumes et à la complexité de la langue avec l'innocence d'un français néophyte. Et s'il fait honneur à la langue japonaise, le roman rend aussi un bel hommage à la littérature -le personnage de Richard B, qu'on assimile assez rapidement à Brautigan, en est l'exemple le plus évident.

Vous l'aurez compris, ce roman de Reverdy nous plonge dans un univers particulièrement riche, et sa lecture tient de l'émerveillement. Les Évaporés est une des plus belles surprises de la rentrée littéraire.


Le Japon, peu de temps après l'accident de Fukushima. Kaze, japonais d'une cinquantaine d'années, comptable d'une grande société, décide de disparaître. Il quitte son domicile en pleine nuit. Lorsque sa fille Yukiko, qui vit aux États-Unis, apprend la nouvelle elle décide de retourner au Japon où elle n'a pas mis les pieds depuis 10 ans et appelle, pour l'aider à retrouver son père, son ex-petit ami, Richard B., détective privé et poète. Commence alors une plongée dans le Japon des traditions et des ambiguïtés et dans celui de la dévastation.
Un roman très beau sur le mystère qu'est le Japon pour nous, étrangers.


  • Le courrier des auteurs : 21/09/2013

1) Qui êtes-vous ? !
Un auteur français qui revient du Japon où il parlait anglais.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Les "évaporés", c'est ainsi qu'on appelle au Japon des gens qui décident de disparaître volontairement des écrans-radars de l'administration. C'est une sorte de suicide social. On suit le parcours de l'un d'eux dans le Japon de l'après-Fukushima. On suit aussi sa fille qui le recherche, aidée de son ex-petit ami, un détective et poète californien qui ne comprend pas grand-chose mais qui espère la reconquérir. Un gamin des rues aussi, que le tsunami a jeté sur la route. Des yakusas. Plein de Japonais.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"La vie est complètement hors de contrôle, se dit-il."

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
"Dog Song", de The Black Heart Procession, sur l'album In The Fishtank 11. C'est une très belle chanson sur un homme qui n'arrive pas à partir de chez lui, parce qu'il y a un chien devant sa porte, en train de dormir, et à chaque fois qu'il essaye de partir de chez lui le chien se met à aboyer et le suit. Pourtant il n'a pas besoin d'un chien.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Des lectures. Des souvenirs et des émotions de lectures.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
J'écris sur des carnets Leuchturm, où les pages sont numérotées. J'écris sur les pages de droite, et je prends des notes ou je retravaille sur les pages de gauche.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
En écrivant. En essayant de me surprendre moi-même. En cherchant à comprendre mes personnages.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
En lisant des poètes, parce qu'il y a quelque chose dans la poésie qui vous invite à la continuer, à l'imiter, à la réinventer.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Le grand "choc", ce fut Antonin Artaud. Son poème radiodiffusé "Pour en finir avec le jugement de Dieu", lu par lui-même, Maria Casarès et Roger Blin. Même mon chat avait peur, il partait se cacher sous un meuble.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Ils nous servent à rester humain, avec nos émotions, nos angoisses, et notre amour de la beauté qui nous dépasse.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
"Mon" libraire connaît mes goûts, on parle de livres ensemble. C'est un sujet à la fois public et assez intime, ce qui fait de lui une sorte d'ami.


  • Les présentations des éditeurs : 01/10/2013

Ici, lorsque quelqu'un disparaît, on dit simplement qu'il s'est évaporé, personne ne le recherche, ni la police parce qu'il n'y a pas de crime, ni la famille parce qu'elle est déshonorée. Partir sans donner d'explication, c'est précisément ce que Kaze a fait cette nuit-là. Comment peut-on s'évaporer si facilement ? Et pour quelles raisons ? C'est ce qu'aimerait comprendre Richard B. en accompagnant Yukiko au Japon pour retrouver son père, Kaze. Pour cette femme qu'il aime encore, il mènera l'enquête dans un Japon parallèle, celui du quartier des travailleurs pauvres de San'ya à Tokyo et des camps de réfugiés autour de Sendai. Mais, au fait : pourquoi rechercher celui qui a voulu disparaître ?

Les évaporés se lit à la fois comme un roman policier, une quête existentielle et un roman d'amour. D'une façon sensible et poétique, il nous parle du Japon contemporain, de Fukushima et des yakuzas, mais aussi du mystère que l'on est les uns pour les autres, du chagrin amoureux et de notre désir, parfois, de prendre la fuite.

Thomas B. Reverdy est l'auteur de quatre romans aux éditions du Seuil : La Montée des eaux (2003), Le Ciel pour mémoire (2005), Les Derniers Feux (2008) et L'Envers du monde (2010).



  • La revue de presse Muriel Steinmetz - L'Humanité du 19 septembre 2013

«Ici, au Japon, lorsque quelqu'un disparaît on dit simplement qu'il a fait une fugue, ou qu'il s'est évaporé », rapporte Thomas B. Reverdy dans son dernier roman. Le terme japonais qui signifie « évaporé », c'est « johatsu ». Dans ces cas-là, la police nippone n'ouvre pas d'enquête. D'ailleurs, personne ne parle jamais des johatsu, ça porte malheur. Il paraît qu'à la suite du tsunami, beaucoup de Japonais ont disparu volontairement, profitant de ces temps troublés pour refaire leur vie...
Remarquablement construit, le roman de Thomas B. Reverdy tient à la fois de la fiction, de l'essai et du thriller et s'offre, de surcroît, le luxe d'incliner vers la poésie. Au nombre des vertus de cet écrivain, il faut encore compter la concision du style, l'aisance avec laquelle il agence les rencontres de ses personnages, sa finesse dans l'étude de leur psychologie, ainsi que le tableau extrêmement minutieux qu'il brosse de la civilisation japonaise.


  • La revue de presse Florence Bouchy - Le Monde du 12 eptembre 2013

De son séjour à la Villa Kujoyama - cousine " kyotoïte " de la Villa Médicis de Rome - en 2012, Thomas B. Reverdy a rapporté une " histoire japonaise ". Ou, plutôt, une exploration romanesque du Japon d'aujourd'hui, de ses espaces dévastés par la catastrophe de Fukushima, du rôle qu'y jouent les organisations criminelles (dont les membres sont les fameux yakuzas), et du code d'honneur, si surprenant pour un Occidental, qui régit les relations sociales et familiales. Un récit dont le dénouement ne ressemble en rien, selon son héros lui-même, à celui qu'aurait un " roman français ", encore moins un " roman américain ". Jusqu'au bout, le texte flottera très agréablement dans cet entre-deux de la familiarité nouvelle avec un territoire généreusement offert au regard du narrateur et de ses personnages, et de l'irréductible opacité d'une civilisation qui, comme le remarque Thomas B. Reverdy en postface, lui " demeure encore, à bien des égards, étrangère ".


  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 21 août 2013

C'est un roman au charme mystérieux, où les images quasi documentaires butent sur l'indicible des destins humains, un roman entre chien et loup, rêve et réalité, où la poésie malgré tout finit par l'emporter. Un rien mélancolique, sensible au plus haut point, Thomas Reverdy excelle dans ce portrait du Japon contemporain, crépusculaire, tourmenté, celui de la crise sans fin, des catastrophes naturelles et nucléaires, de l'emprise des yakusas sur l'économie, de la corruption des élites. De courts chapitres, comme autant de miniatures, ouvrent dans la fiction des brèches d'une force remarquable.


  • Les courts extraits de livres : 01/10/2013

Évaporation de l'homme

Il est assis à son bureau, face au mur, la tête dans les mains, penché sur les feuilles de papier à lettres couvertes de son écriture fine, au feutre noir. Il ne les voit plus cependant. Il a fermé les yeux qu'il avait flous, sans savoir si c'étaient des larmes ou la fatigue.
On n'a jamais vu un samouraï écrire une lettre d'adieu à sa femme avant de se suicider.
Mais il n'y a plus de samouraï, et ce n'est pas un suicide, pas tout à fait.
Ce qu'il s'apprête à faire n'a rien de chevaleresque.
Il se lève, traverse la pièce minuscule, fait coulisser la cloison qui donne sur le vestibule et ouvre la porte, reste là. Tout le froid de la nuit lui saute au visage et le gifle. Nulle lumière dans le voisinage. Les bois craquent, semblent répondre aux croassements d'un corbeau insomniaque qui sortent d'on ne sait où, plus loin dans la forêt de bambous et d'eucalyptus, où furètent les tanuki et les chats errants. Là-bas. Le monde lui semble si vague, soudain. Il met ses chaussures et son long manteau de laine qu'il serre sur ses côtes, s'enveloppant sans le boutonner, allume une cigarette. C'est ainsi qu'il avait commencé sa lettre pour sa femme : «Je ne mettrai plus les chaussons.» Il n'avait trouvé que ça, n'avait pas su comment lui dire autrement qu'il ne rentrerait pas.
Il regarde sa montre : il y a peut-être le temps d'une autre cigarette. Bien sûr, il y a tout le temps. Il sourit. Il sourit mais il constate aussitôt que ça ne lui est d'aucun réconfort. Ni la cigarette, ni la pensée, ni le sourire. On ne voit pas la lune, juste sa lumière qui pâlit les nuages et les toits d'ardoise, le sable du chemin qui part dans la forêt et la route, luisante encore des averses du soir.
C'est un temps et une heure à ne pas mettre le nez dehors.
Le Japon dort.
Kazehiro va partir.
Il changera de nom pour son diminutif, il s'appellera Kaze. C'est ainsi qu'elle l'appelait.
Dans la lettre qu'il a laissée sur sa table de bureau, papiers épars sans enveloppe, il lui demande de ne pas être triste, de faire comme s'il était mort.
Il lui parle d'elle et c'est peut-être la première lettre d'amour qu'il lui écrit. C'est long, trente-cinq ans. La petite est loin maintenant. Ils ont été heureux.
Il est l'heure. Il ferme son manteau, fouille ses poches. Dépose sur la console en bois de l'entrée : ses clés, son téléphone et son portefeuille, dont il extrait une liasse de gros billets qu'il était allé retirer à la banque exprès et qu'il fourre dans la poche de son pantalon. Un voyage, avait-il prétexté devant l'employé, comme pour s'excuser de vider presque entièrement son compte. Il peut y avoir des imprévus. Il consulte de nouveau sa montre, entend un bruit de moteur qui se rapproche. Ferme la porte en sortant.
La camionnette s'est garée, feux éteints, à quelques mètres de la maison. Le type qui en descend est un peu courtaud, épais, il porte un blouson de cuir et un pantalon trop large élimé aux genoux. Ils se dévisagent.
«Vous êtes seul ?


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