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.. En finir avec Eddy Bellegueule

Couverture du livre En finir avec Eddy Bellegueule

Auteur : Edouard Louis

Date de saisie : 25/02/2014

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre rouge

Prix : 17.00 €

ISBN : 9782021117707

GENCOD : 9782021117707

Sorti le : 02/01/2014

Quelle malédiction que de naître dans une famille de prolos du Nord de la France ! On quitte vite l'école pour l'usine et pour se marier parce que la fille est enceinte. On boit dru, on cause dru, on cogne dru - sur les copains, sa femme, ses enfants -, on maudit les bourgeois, les arabes, les pédés, on s'use prématurément et s'ensuit le chômage avec 700 € d'allocations pour 7 bouches à nourrir.
Et bien, il y a pire malédiction : naître «pédé» justement, dans ce milieu qui met au pinacle la virilité au point que même «les filles ont des couilles au cul», que toute marque de tendresse, tout signe de sensibilité est banni.
Voilà ce qui est arrivé au héros de ce livre, Eddy Bellegueule, qui dès la petite enfance fait des manières et préfère au foot les poupées de sa soeur. La honte de la famille ! Et un lot quotidien d'humiliations et de souffrances pour l'enfant puis l'adolescent qui tente sans succès de ressembler aux copains. Jusqu'à son évasion : une bourse pour continuer ses études comme pensionnaire dans la grande ville.
Eddy Bellegueule, c'est l'auteur lui-même qui pour en finir avec son passé se nomme maintenant Édouard Louis, étudiant de 21 ans à l'Ecole Nationale Supérieure, jeune prodige qui a déjà publié un livre sur Bourdieu l'an passé aux PUF.
On est sidéré par ce témoignage, par sa puissance et sa maturité. Il mêle émotion et intelligence, souvenirs et mise en perspective sociologique, sans ressentiment ni auto-compassion.

Le coup de poing de cette rentrée littéraire !


Eddy Bellegueule, c'est Édouard Louis avant. Un enfant né au mauvais endroit, dans la mauvaise famille, parce trop différent. Cette différence, il la porte dès son plus jeune âge. Garçon fluet, aux gestes efféminés, il est rejeté par ses parents, ses camarades d'école. Il suscite le dégoût et la haine de ses proches, ne comprenant pas lui même pourquoi. Il subit humiliations permanentes, coups et crachats. Il tentera devenir "un dur", pour être conforme à ce qu'on attend de lui. En vain. Il finira par accepter son homosexualité, mais à quel prix... Eddy a fui son milieu d'origine pour devenir lui-même. Une fuite vitale.
A l'image de la démarche de Pierre Rosanvallon "Raconter la vie", on découvre avec ce roman un monde dont on ne parle pas. Ici, c'est la misère sociale, économique et culturelle, la violence et le racisme, un monde fermé sur lui même, un monde dans lequel on quitte l'école pour entrer à l'usine, et dans lequel la moindre ambition est tuée dans l'oeuf.
Exemple :
"L'envie qu'avait Sabrina de faire des études de médecine provoquait à la fois l'hilarité et le mépris. "La Sabrina qui se la raconte, qui joue la madame à vouloir être mieux que les autres !"
"En finir avec Eddy Bellegueule" est un roman/récit poignant. Un texte d'une maturité incroyable (l'auteur a 21 ans), un texte parfois cru, violent, à l'image des événements vécus. C'est une histoire qui interroge, tant on se demande comment Édouard Louis a pu s'affranchir de son enfance pour devenir ce qu'il est (il est aujourd'hui normalien). Le tout est parfaitement orchestré, d'une écriture minutieuse et incisive. Eddy est mort, vive Édouard, un romancier à suivre !


Eddy Bellegueule c'est Édouard Louis en plus jeune, dans un village du Nord de la France, un enfant de pauvres à l'horizon d'usine. Ce garçon qui, très vite, prendra conscience de sa différence sans la comprendre, n'est il pas un peu efféminé celui là ? Celui qui, à l'école, se fera tabasser, subira l'humiliation quotidienne et tentera vainement de se fondre dans le corpus villageois atavique, souvent raciste, dopé à l'alcool, la cogne, la télé et la haine du bourgeois.
Un premier roman stupéfiant, miroir d'un passé familial, le regard sur un parcours douloureux qui ne s'apaisera qu'au moment de la fuite, le départ vers le lycée.
Vraiment bouleversant.


Voici le récit d'une enfance difficile. Un livre dur voire brutal qui raconte tout à la perfection : le nord, milieu populaire, la pauvreté. Notre personnage n'est pas un "dur", il aurait bien aimé faire de la danse, du théâtre, il est attiré par les garçons... Et ça, c'est pas possible. Ni à la maison, ni à l'école : pas dans son milieu. C'est donc aussi le récit de cet apprentissage. C'est dur, c'est captivant, c'est direct mais c'est tout de même écrit : c'est fort.


Pour son premier roman Édouard Louis nous livre le récit (sûrement autobiographique) d'une enfance passée dans une famille pauvre de la campagne picarde. Pas facile d'être d'un différent dans ces milieux là...
Eddy va grandir sous les coups et les moqueries dans la honte et le mépris de plus en plus fort envers sa famille qui lui rend bien.
Dans une écriture directe et parfois très crue, il nous décrit sans pathos la violence de la rupture avec son milieu.
Un très beau premier roman lucide et lumineux !


  • Les présentations des éditeurs : 19/04/2014

«Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà loin, je n'appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j'ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici.»
En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Très vite j'ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

Édouard Louis a 21 ans. Il a déjà publié Pierre Bourdieu : l'insoumission en héritage (PUF, 2013). En finir avec Eddy Bellegueule est son premier roman.



  • La revue de presse - Annabelle Laurent - 20 Minutes du 21 janvier 2014

La fuite, je me la suis appropriée», explique le jeune auteur, joint par 20 Minutes, en insistant : son livre n'est pas une revanche. Les portraits de sa mère, fataliste face à son mari violent, de sa grand-mère, sont emplis de tendresse. Ce qu'il a voulu raconter, avec une force sociologique indéniable même s'il s'en est interdit le vocabulaire, c'est «la violence, la guerre permanente, l'insurrection de tous contre tous qui fait la société». «Avec mon regard d'enfant, j'aurais jugé mes parents. La littérature permet de comprendre, poursuit Edouard Louis. Ce livre, ce sont presque des excuses. Il déresponsabilise les individus de leurs actes.»


  • La revue de presse Alexandre Fillon - Lire, février 2014

Une enfance dans le Nord, au sein d'une famille pauvre, et le tort de ne pas être comme tout le monde. Un récit d'apprentissage dur et poignant...
Eddy connaît l'humiliation, les injures et la douleur. Autour de lui, rien de rassurant. L'un de ses cousins est handicapé, un autre est retrouvé mort dans sa cellule de prison à même pas trente ans, sans oublier cet oncle qui fait un coma éthylique...
Le ton d'Edouard Louis a été comparé à celui de Jules Vallès ou d'Annie Ernaux. Le débutant note chaque chose avec la même précision, la même absence de jugement. Totalement glaçant, En finir avec Eddy Bellegueule est une entrée littéraire saisissante dont le souvenir met longtemps à s'estomper.


  • La revue de presse Gilles Martin-Chauffier - Paris-Match, février 2014

Dans un village picard, et une famille digne de Zola, un ado se découvre homo...
Il essaye bien de draguer une ou deux filles mais autant demander à un chat d'aboyer. Il préfère passer son chemin. En revanche, il n'oublie rien et, aujourd'hui, quand il remonte le long des glaciers de son enfance, il règle son compte à un passé où la souffrance collait à lui comme un chewing-gum à ses semelles. Et son livre est superbe  : un peu comme les mémoires d'un saumon royal élevé par un banc de sardines.


  • La revue de presse François Busnel - L'Express, janvier 2014

Le rejet d'un jeune homo par ceux de son village...
Edouard Louis superpose deux niveaux de langage : celui du jeune homme résilient qu'il est devenu (bac option théâtre en poche, il est aujourd'hui élève à Normale Sup, loin du milieu social dont il est issu) et la langue des siens, en italiques. Cette alternance donne au livre sa force...
Les lois de la reproduction sociale sont-elles inébranlables ? C'est la question que pose Edouard Louis, qui se méfie de l'arrogance des transfuges : il ne juge pas, il dit. C'est en cela qu'il est écrivain.


  • La revue de presse Françoise Dargent - Le Figaro du 23 janvier 2014

Dans ce roman, Édouard Louis, jeune normalien de vingt et un ans, règle ses comptes avec son passé d'enfant rejeté et maltraité. Il ne porte pas de jugements, l'énoncé des faits suffit, annoncé de manière informative au début de chaque chapitre : «Portrait de ma mère au matin»,«Vie des filles, des mères et des grands-mères», jusqu'aux toutes dernières pages avec «La porte étroite». En troisième, ses professeurs lui offrent la possibilité de quitter sa famille pour l'internat. Ce sera sa planche de salut et donnera ce livre sidérant, empli d'effroi et de hargne


  • La revue de presse Fabienne Pascaud - Télérama du 22 janvier 2014

Rares sont les témoignages littérai­res d'un tel parcours. L'énergie, la lucidité qu'y met Eddy/Edouard font de ce fulgurant premier livre un roman d'apprentissage lumineux malgré les ténèbres, plein d'amour à donner malgré la cruauté. Et la finesse d'une langue superbement tenue crée l'épouvante sans s'y complaire, l'espoir sans y plonger tout à fait. Un livre comme en suspens, diaboliquement vivant.


  • La revue de presse Catherine Simon - Le Monde du 16 janvier 2014

Récit autobiographique, cette anti-romance de la France pauvre rappelle, par sa violence et sa crudité, le livre de Mohamed Choukri, Le Pain nu (Maspero, 1980), autofiction iconoclaste du Tanger des années 1950. On songe aussi, immanquablement, au film d'Ettore Scola, Affreux, sales et méchants (1976). Mais le récit d'Edouard Louis n'est pas celui d'un révolté. C'est l'histoire d'un évadé qui, une fois à l'air libre, se retourne sur son passé. Et raconte, par le menu, comment son milieu, version picarde et lepéniste, avec sa violence et ses codes de classe, s'est littéralement insurgé contre lui, l'inassimilable, " le pédé "...
Citations en italique à la clé, En finir avec Eddy Bellegueule donne à entendre la violence presque célinienne de la France des laissés-pour-compte. Il le fait " de façon sensible, irréfutable ", note, dans un courriel adressé à l'auteur, la romancière Annie Ernaux qui juge le livre d'Edouard Louis " d'une force et d'une vérité bouleversantes ". Cri de colère, le récit du jeune homme exprime son " dégoût " devant le mythe - tenace - qui fait des prolétaires de " braves bêtes, gentils au fond, des bons vivants ". Edouard Louis sait de quoi il parle. Il en a réchappé. Par la grâce d'un roman, mêlant avec audace l'ordure et la lumière.


  • La revue de presse Sabine Audrerie - La Croix du 15 janvier 2014

Eddy Bellegueule veut en finir. Pas avec lui-même, mais avec le rejet, l'incompréhension, le racisme et la bêtise qui grèvent son quotidien. À l'école, dans les quolibets et les chahuts des camarades ; à la maison, dans les paroles et gestes du père et de la mère, qui cultivent l'ostracisme dont ils pensent être victimes...
Nulle surprise - sinon celle de la maturité intellectuelle de ce primo-romancier de 21 ans, déjà auteur d'un essai sur Pierre Bourdieu où pointait la question de la sécession morale et intellectuelle - lire, en exergue du livre, une dédicace au sociologue Didier Eribon. On peut en effet inscrire ce roman dans une parenté avec les domaines de réflexions d'Eribon  : ses recherches sur l'homophobie, mais surtout ses études sur les mécanismes d'infériorisation, sur la logique de domination et de reproduction sociales... dont l'impressionnant premier roman d'Édouard Louis semble une forme d'illustration en fiction.


  • La revue de presse Didier Eribon - Le Nouvel Observateur du 9 janvier 2014

Le titre est énigmatique. Il faut attendre les dernières pages pour le comprendre. Mais dès les premières lignes, il paraît évident que le parcours qui va nous y conduire ne sera pas de tout repos...
Il est vrai que le monde qu'il dépeint est très dur. Dans ces contrées de l'espace social où la misère prospère, la brutalité saccage d'abord les existences, les esprits et les corps, et régit ensuite tous les rapports personnels...
Le livre est écrit en deux langues : celle, très travaillée, que manie le narrateur et celle que parlent tous les autres, populaire et souvent vulgaire, toujours en italique parce que ce sont des citations. Tenir ensemble, imbriqués l'un dans l'autre, ces deux registres linguistiques relève de la prouesse. L'on ne s'étonnera pas d'y trouver, ici ou là, quelques maladresses de style. Mais la réussite littéraire est indéniable. Il lui fallait sans doute en passer par là pour accomplir et parfaire son évasion en la rendant publique et, ainsi, totale, irréversible...
Désormais, il est Edouard Louis : un écrivain dont le livre stupéfiant, une fois refermé, nous laisse ébahis, le souffle coupé.


  • Les courts extraits de livres : 19/04/2014

Rencontre

De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n'ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n'entre pas dans son système, elle le fait disparaître.
Dans le couloir sont apparus deux garçons, le premier, grand, aux cheveux roux, et l'autre, petit, au dos voûté. Le grand aux cheveux roux a craché Prends ça dans ta gueule.
Le crachat s'est écoulé lentement sur mon visage, jaune et épais, comme ces glaires sonores qui obstruent la gorge des personnes âgées ou des gens malades, à l'odeur forte et nauséabonde. Les rires aigus, stridents, des deux garçons Regarde il en a plein la gueule ce fils de pute. Il s'écoule de mon oeil jusqu'à mes lèvres, jusqu'à entrer dans ma bouche. Je n'ose pas l'essuyer. Je pourrais le faire, il suffirait d'un revers de manche. Il suffirait d'une fraction de seconde, d'un geste minuscule pour que le crachat n'entre pas en contact avec mes lèvres, mais je ne le fais pas, de peur qu'ils se sentent offensés, de peur qu'ils s'énervent encore un peu plus.
Je n'imaginais pas qu'ils le feraient. La violence ne m'était pourtant pas étrangère, loin de là. J'avais depuis toujours, aussi loin que remontent mes souvenirs, vu mon père ivre se battre à la sortie du café contre d'autres hommes ivres, leur casser le nez ou les dents. Des hommes qui avaient regardé ma mère avec trop d'insistance et mon père, sous l'emprise de l'alcool, qui fulminait Tu te prends pour qui à regarder ma femme comme ça sale bâtard. Ma mère qui essayait de le calmer Calme-toi chéri, calme-toi mais dont les protestations étaient ignorées. Les copains de mon père, qui à un moment finissaient forcément par intervenir, c'était la règle, c'était ça aussi être un vrai ami, un bon copain, se jeter dans la bataille pour séparer mon père et l'autre, la victime de sa saoulerie au visage désormais couvert de plaies. Je voyais mon père, lorsqu'un de nos chats mettait au monde des petits, glisser les chatons tout juste nés dans un sac plastique de supermarché et claquer le sac contre une bordure de béton jusqu'à ce que le sac se remplisse de sang et que les miaulements cessent. Je l'avais vu égorger des cochons dans le jardin, boire le sang encore chaud qu'il extrayait pour en faire du boudin (le sang sur ses lèvres, son menton, son tee-shirt) C'est ça qu'est le meilleur, c'est le sang quand il vient juste de sortir de la bête qui crève. Les cris du cochon agonisant quand mon père sectionnait sa trachée-artère étaient audibles dans tout le village.

J'avais dix ans. Jetais nouveau au collège. Quand ils sont apparus dans le couloir je ne les connaissais pas. J'ignorais jusqu'à leur prénom, ce qui n'était pas fréquent dans ce petit établissement scolaire d'à peine deux cents élèves où tout le monde apprenait vite à se connaître. Leur démarche était lente, ils étaient souriants, ils ne dégageaient aucune agressivité, si bien que j'ai d'abord pensé qu'ils venaient faire connaissance. Mais pourquoi les grands venaient-ils me parler à moi qui étais nouveau ? La cour de récréation fonctionnait de la même manière que le reste du monde : les grands ne côtoyaient pas les petits. Ma mère le disait en parlant des ouvriers Nous les petits on intéresse personne, surtout pas les grands bourges.


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