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.. L'ecole des colonies

Couverture du livre L'ecole des colonies

Auteur : Didier Daeninckx

Date de saisie : 06/01/2016

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Hoëbeke, Paris, France

Collection : Beaux livres

Prix : 27.50 €

ISBN : 9782842305369

GENCOD : 9782842305369

Sorti le : 14/10/2015

  • Le courrier des auteurs : 17/10/2015

1) Qui êtes-vous ? !
Didier Daeninckx, romancier, auteur d'une soixantaine d'ouvrages dont plusieurs prennent pour thème les séquelles de la colonisation française comme Meurtres pour mémoire ou Cannibale.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
La manière dont les institutions éducatives de la métropole enseignaient aux enfants des colonies françaises réparties sur tous les continents. Une fiction où cinq instituteurs en poste en Algérie, à Madagascar, au Congo, au Vietnam et en Nouvelle-Calédonie, accompagnent plus d'une centaine de documents tirés des manuels scolaires de l'époque.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Récemment Jules Romains, de l'Académie française, immortel auteur des Copains et de la fresque littéraire Les Hommes de bonne volonté, déclarait que "la race noire n'a jamais donné, ne donnera jamais un Einstein, un Stravinsky, un Gershwin".

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Nénufar, la chanson officielle de l'Exposition coloniale de 1931, à Paris, chantée par Alibert et dont un refrain plein de finesse exprimait cela :
Un jour Nénufar
Entra dans une grande parfumerie
Il voulait des fards
Pour les lèvres de sa p'tite amie
"Donnez-moi -qu'il dit-
Du rouge en étui
J'en veux trente kilos
Car c'est une négresse à plateaux"

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'effarement devant tant de bonne conscience au service de l'inégalité.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
Pas de rituel, mais si je ne démarre pas un bout d'écriture très tôt le matin, avant que le fracas du monde n'envahisse l'espace, c'est une journée foutue.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
A la suite de pas mal de transpiration. L'obsession est un des meilleurs moteurs pour aligner des mots.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
Non, mes parents faisaient tout pour que je choisisse un travail de bureau, de fonctionnaire, pourquoi pas instit, afin de me faire échapper à la case "usine".
J'ai passé un brevet de comptable, puis j'ai fait en sorte d'aller à l'usine pour échapper à la déprime intense née à la vue de chiffres impeccablement alignés de part et d'autre des feuilles de bilan.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Les recueils de Contes et légendes du Far West, de l'Inde, du Languedoc, de Bretagne, publiés par les éditions Nathan et qu'on m'offrait lors de la remise des prix, en fin d'année scolaire.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
On ne sait pas si les écrivains parviennent à faire en sorte que la vie soit meilleure, mais on sait que sans eux, elle serait bien pire.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Mon père, grand lecteur de Séries Noires les achetait au marché pour quelques dizaines de centimes l'unité. La semaine suivante, une fois lues, il les revendait à moitié prix pour en prendre de nouvelles. Il n'est jamais entré dans une librairie, ce n'était pas son monde. Sauf une fois que je dédicaçais dans la ville où il habitait. Je le vois encore s'approchant gauchement de la table où mon nom, le sien, figurait sur la couverture d'une Série Noire. C'est mon plus beau souvenir de "librairie".


  • Les présentations des éditeurs : 11/11/2015

«Nos ancêtres les gaulois». C'est ainsi que débutaient les cours d'histoire des écoles du Tonkin du Dahomey ou du Soudan. Au début du XXe siècle, le domaine colonial français - 11 millions de km2, 48 millions d'habitants - occupe le deuxième rang mondial.
Les écoliers d'Afrique subsaharienne, d'Asie, d'Océanie, des Antilles ou du Maghreb sont éduqués pour devenir de vrais français. Chaque matin les cours commençaient après avoir inscrit en français sur un tableau noir «Mes enfants aimez la France votre nouvelle patrie».
L'apprentissage de la langue est l'élément clé de la francisation. Hygiène, discipline et morale, les valeurs civilisatrices, sont inculquées sur un mode paternaliste tricoté de racisme.
Le traitement manichéen réservé à l'expansion coloniale dans les manuels scolaires reflète l'idéologie d'alors : le colonialisme envisagé comme une nécessité politique, économique et humanitaire, une oeuvre républicaine apte à rétablir ordre et paix. Un enseignement pour modeler aux besoins de la France une future main d'oeuvre qu'il importe d'assimiler. En écho, les cartes de géographie détaillent les richesses économiques des «possessions» françaises et des affiches scolaires édifiantes sanctifient Savorgnan de Brazza, ou Lyautey comme «pacificateurs».
Didier Daeninckx ouvre ici le dossier des errements de la doctrine pédagogique de la France coloniale, entreprise dont les dommages collatéraux sont toujours à l'oeuvre. En s'attelant à ce volet méconnu de l'histoire, l'auteur poursuit son étude des parts d'ombre du fait colonial entamée avec Cannibales.

Didier Daeninckx, né à Saint Denis en 1949, débute sa vie professionnelle en exerçant les métiers d'imprimeur, puis animateur culturel et journaliste. En 1984, il publie Meurtres pour mémoire dans la Série Noire de Gallimard. Viendront ensuite une trentaine de titres qui confirment sa volonté d'ancrer les intrigues du roman noir dans la réalité sociale et politique. Plusieurs de ses romans ont été publiés dans des collections jeunesse. Il est également l'auteur de nombreuses nouvelles décrivant le quotidien tragique, ironique, et dont le lien pourrait être l'humour noir.
Reconnu par ses pairs, encensé par les critiques, le public le suit dans chacun de ses rendez-vous livresques, ses chroniques littéraires et sociales.
Il a obtenu de nombreux prix littéraires : Prix Populiste, Prix Louis Guilloux, Grand prix de littérature policière, Prix Goncourt du livre de jeunesse... En 1994, la Société des Gens de Lettres lui a décerné le Prix Paul Féval de Littérature Populaire pour l'ensemble de son oeuvre.



  • La revue de presse Alexandra Schwartzbrod - Libération du 17 décembre 2015

Dans ce livre, on pourrait passer des heures, happé par les photos et les dessins autant que par les textes. Bouleversé par la résurgence d'un souvenir d'enfance ou indigné par une phrase piochée dans un manuel scolaire...
Avec l'Ecole des colonies, un ouvrage magnifiquement illustré et mis en pages, il a choisi de mettre l'accent sur les aberrations de la doctrine pédagogique de l'époque coloniale qui faisait débuter les cours d'histoire des écoles du Tonkin, du Dahomey ou du Soudan par «nos ancêtres les Gaulois». Il est vrai que, au début du XXe siècle, avec 11 millions de kilomètres carrés et 48 millions d'habitants, le domaine colonial occupe le deuxième rang mondial. Sont reproduits ici des exemplaires des formidables cartes murales Vidal-Lablache que celles et ceux nés au siècle dernier ne peuvent plus regarder sans un pincement de bonheur ou d'angoisse (selon l'attachement que l'on a eu, ou pas, pour l'école).


  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 11 novembre 2015

Assimilation ou intégration ? A l'heure où le vocabulaire colonial revient hanter le débat politique, Didier Daeninckx publie un livre qui s'attaque au mythe des bienfaits de la colonisation en matière scolaire.


  • Les courts extraits de livres : 17/10/2015

CHAPITRE I

Je ne regrette pas d'avoir écourté mes vacances d'une semaine et d'être monté au douar de Tigali en ce début septembre 1945 dès que l'Administration m'a annoncé mon affectation en Kabylie. Sage décision, même si les cinq mois de formation complémentaire à l'école normale de Bouzaréah, dans la banlieue ouest d'Alger, n'ont pas été de tout repos. L'autocar a suivi la nationale 24 qui longe la côte jusqu'à Bougie. Trois heures plus tard, au milieu du parcours, il m'a laissé au pied du mont Tigourn, une masse rocheuse qui jette son ombre sur une vallée où le maquis et les forêts clairsemées enserrent de maigres parcelles cultivées parsemées de cailloux. Personne ne m'attendait, et j'ai dû traîner la caisse qui renferme tous les secrets de ma vie sur plus de deux kilomètres de piste montante, poussiéreuse et surchauffée. Quelques chiens efflanqués ont ébruité ma présence sans que la moindre silhouette n'apparaisse. L'un d'eux est venu me renifler, puis s'est éloigné. Une femme s'apprêtait à traverser le chemin alors que j'approchais des premières maisons. À ma vue, elle a plaqué ses mains sur son visage avant de s'enfuir derrière les murs de torchis supportant des toits de médiocre chaume. J'ai fini par tomber sur le cantonnier, un indigène qui fait également office de garde champêtre. Il doit certainement son emploi à sa bravoure pendant la Grande Guerre comme semble l'indiquer la médaille du combattant épinglée à sa veste. Il parle une langue que je ne connais pas, mais possède assez de français pour comprendre que je suis le nouvel instituteur. Il me salue à plusieurs reprises puis soulève ma caisse, malgré mes dénégations, pour la caler sur son épaule. Je le suis, les bras ballants. L'école se trouve à moins de cent mètres, une petite maison flanquée d'une sorte de hangar sur lequel flotte le drapeau tricolore, le tout posé sur une terrasse qui doit servir de cour de récréation et que prolongent un potager en friche et un verger. Mon logement se compose d'une chambre et d'une cuisine dans un état de saleté repoussant. Mon prédécesseur n'est pourtant parti que depuis deux mois. La salle de classe, des cloisons en parpaings recouvertes de tôle ondulée, abrite une vingtaine de pupitres et une bonne trentaine de chaises disparates que le maître le plus déshérité de métropole aurait mis au rebut ou utilisé en bois de chauffage. En Algérie on appelle ça des «écoles gourbis». Une poule maigrichonne bat des ailes et parvient à se soulever assez pour passer par la fenêtre. J'occupe les quelques jours qui nous séparent de la rentrée à récurer, à nettoyer, à balayer, à remplacer plusieurs carreaux cassés par du carton. Je me débrouille avec les moyens du bord, c'est-à-dire rien. Le point d'eau est à cinq cents mètres, après la ligne d'amandiers, et je me casse les reins à transporter des seaux. Le soir, je m'éclaire à la lampe à pétrole quand je rassemble assez de courage pour lire ou préparer mes cours. Le fil de mon poste de radio pend dans le vide, inutile : rien ne me manque davantage que la musique et les nouvelles du pays. Impossible de se procurer quoi que ce soit à Tigali qui ne possède aucun commerce ni aucun service, à part l'école. Je me ravitaille en frais au marché paysan de Guelbil qui se tient le mardi et le samedi, à six kilomètres d'ici, sur un champ où se croisent deux routes provinciales. On y trouve des légumes, des fruits, des galettes de pain, des oeufs, du fromage, un peu de volaille. Pour tout le reste, il faut redescendre vers la nationale et prendre l'autocar jusqu'à Tigzirt.
Le 17 septembre 1945 au matin, Marcel Thuillier, l'administrateur communal, a fait le déplacement en voiture depuis Tizi-Ouzou pour m'installer dans mes fonctions, assisté par le caïd et le garde champêtre. J'ai préparé du café qu'il boit à petites gorgées tout en me questionnant sur mes premières impressions, mes projets, mes ambitions. Je m'abstiens de parler du délabrement des locaux, de la pénurie de matériel pédagogique, de l'isolement dans lequel je me trouve...
«Je vais m'efforcer de leur apprendre les bases du français, du calcul, de notre histoire... La logique, la réflexion aussi... Faire en sorte de leur apporter des notions précises qui leur seront utiles dans la conduite de leur vie, dans l'exercice de leur future profession...»


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