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Auteur : Christian Gailly
Date de saisie : 11/09/2004
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Minuit, Paris, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-7073-1885-5
GENCOD : 9782707318855
Il faudrait prescrire ce livre - et tous les livres de Christian Gailly - aux amateurs d'emphase et d'éloquence flamboyante. Non pas aux maîtres, bien sûr, mais à la légion des émules qui sévissent, et pas seulement en littérature. A ceux qui mesurent benoîtement la beauté d'un style à la longueur, à la lourdeur des phrases, et la richesse du sens à l'accumulation des subordonnées. Ce serait une cure salutaire. Et leur prose empesée s'allégerait à l'instant de sa propre pesanteur et de tout son poids de falbalas et d'amidon.
Christian Gailly, lui, ne termine pas toutes ses phrases. Même lorsqu'elles sont brèves, il lui arrive de les interrompre, de placer au plus vite le point qui vient briser leur élan. Car l'élan, semble-t-il professer, doit être ailleurs que dans les tournures avantageuses, plus près, à l'intérieur des choses elles-mêmes, et non dans le langage qui les désigne...
Paul Cédrat est malade, il va mourir, mais il n'est pas encore mort. C'est dans cette certitude et dans ce répit que s'inscrit ce Dernier amour... Ce sont tous les détails qui importent ici, l'écheveau infime et miraculeux des circonstances, des hasards, des rencontres. On ne sait pas ce que tout cela signifie, mais on constate que l'existence entière est suspendue à ces petits noeuds sans importance. C'est pourquoi il ne faut pas en dévoiler davantage... On ne peut parler des romans de Christian Gailly sans évoquer leur rythme, leur tempo, leur mélodie. Chez lui, "la musique est toujours celle des circonstances". Il dit aussi : "Il n'y a pas de peine perdue." Là, on lui adresse un salut, et on s'empresse de donner à lire Dernier amour, à tous ceux que l'on aime justement.
C'est écrit sur le dos du livre : «Imaginez. Il ne vous reste que deux jours à vivre. Qu'est-ce qui est préférable ? Finir tranquille dans l'ennui qu'aura été toute votre vie ? Ou bien, si vous êtes musicien, comprendre enfin pourquoi votre musique vient d'être huée et, dès le lendemain, rencontrer celle qui devrait être votre dernier amour.» On a le droit de répéter ces choses, elles sont en vitrine, faites pour être lues avant d'entrer, exposées pour achalander. Nous, Gailly, on le lirait les yeux fermés. C'est son douzième roman, on n'a pas besoin de réclame. Pourtant, on en apprend beaucoup avec ces six petites lignes : «Imaginez», déjà, signifie qu'il va falloir y mettre du sien, qu'on va se faire servir des verbes à la deuxième personne du pluriel de l'impératif, et que ce roman, cette oeuvre d'imagination, devra autant à la vôtre, ainsi sollicitée, qu'à la sienne, Gailly, d'imagination. Bien sûr, il y a un cadre, un postulat, «Il ne vous reste que deux jours à vivre», on appelle cela une mauvaise nouvelle, on n'avait rien demandé. Surtout qu'à l'intérieur, ce n'est pas si simple... Et, à supposer qu'on meure, mettons que ça nous pend au nez, on meurt quand même dans le paquet-cadeau d'un Dernier amour, avec auprès de soi, Lucie, que par pudeur on aurait préféré éloigner, comme un premier amour. Christian Gailly écrit pour être consolé, sans l'ombre d'une illusion, on le lit pour exactement la même raison, alors, forcément, on se tombe dans les bras. Premier amour était (est) un roman de Samuel Beckett, que publièrent aussi les Editions de Minuit, il n'y a pas à sortir de là.
Anonyme au fond d'une salle de concert, un compositeur assiste à la création de l'une de ses oeuvres par de jeunes musiciens. La salle, jusque-là attentive, siffle sans pitié cette partition qu'elle ne comprend pas. Le compositeur quitte les lieux. Pour lui, tout est fini... Anonyme au fond d'une salle de concert, un compositeur assiste à la création de l'une de ses oeuvres par de jeunes musiciens. La salle, jusque-là attentive, siffle sans pitié cette partition qu'elle ne comprend pas. Le compositeur quitte les lieux. Pour lui, tout est fini... Ce n'est sans doute pas le plus important des livres écrits par Christian Gailly, mais le charme de son style tout en délicatesse opère merveilleusement...
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