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.. Je ne me souviens pas

Couverture du livre Je ne me souviens pas

Auteur : Mathieu Lindon

Date de saisie : 09/03/2016

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : P.O.L

Collection : Fiction

Prix : 14.90 €

ISBN : 9782818036051

GENCOD : 9782818036051

Sorti le : 03/03/2016

  • Les présentations des éditeurs : 06/03/2016

Je me souviens ou je ne me souviens pas, telle est la question.
Tout le monde se souvient du célèbre Je me souviens de Georges Perec ou de celui de Joe Brainard (I remember). Mais il est peut-être une autre manière de se décrire, en creux, en angle perdu ou mort, et c'est d'essayer de faire remonter à la surface ce dont on NE se souvient PAS. Dite comme ça, cette proposition paraît futile, ou légère, ou même un peu niaise. En fait il n'en est rien et le travail que cela nécessite est intense et, ici, littérairement enthousiasmant. Cela met en jeu une sorte d'autobiographie modeste, spéculative et méticuleuse mais irrémédiablement floue. Qu'on en juge par les premières pages de ce livre si déconcertant :
«Je ne me souviens pas du vase de Soissons. Que je suis allé à l'école, oui, naturellement je me le rappelle, quoique pas dans le détail. Que j'y ai appris des choses, je veux bien le croire. J'étais un as en arithmétique.
Mais qu'il fut un temps où j'ignorais que Louis XI utilisait ses fillettes en toute immoralité, que Saint-Louis rendait la justice sous un arbre et que Louis XVI a été guillotiné, ça semble invraisemblable et c'est pourtant une évidence inattaquable. Que, dans le cas de l'auxiliaire avoir, il faut accorder avec le complément d'objet direct situé avant le verbe, que pour ce qui ne se produira que dans l'avenir on doit employer le futur alors que l'imparfait s'impose souvent pour le passé, que, dans la majorité des cas, un s signale le pluriel des substantifs et des adjectifs même s'il y a pléthore d'exceptions, aussi difficile à imaginer que ça puisse aujourd'hui me paraître, il m'a également fallu l'apprendre. Je ne me souviens pas qu'il y eut un moment où j'errais, analphabète, insoucieux du monde intellectuel et de la civilisation. Le vase de Soissons, je ne me souviens pas si j'ai appris son existence au lycée ou dans ma famille. Il est un événement collectif que je peux partager avec tous les Français.
Si je ne cherche pas à me documenter, j'ai ceci en tête : après la prise ou le sac de Soissons, Clovis guignait tel vase qu'un autre lui refusa, arguant que la communauté était la règle et le vase aussi partageable que l'enfant à la mère indécise présenté devant le roi Salomon. Rage impuissante de Clovis puisque nul Salomon n'empêcha l'étripage du vase. Là-dessus, des années plus tard, à la suite de circonstances redevenues inconnues pour moi, le roi des Francs se venge de l'autre, lui coupant la tête, le tue en tout cas, en prononçant la fameuse phrase dont il serait un peu fort que je ne me souvienne pas.



  • La revue de presse Fabienne Pascaud - Télérama du 9 mars 2016

L'auteur de Ce qu'aimer veut dire explore ce que ses oublis révèlent de lui. Des antimémoires qui émeuvent aussi par leur humilité...
Lindon n'y engage que lui-même, ses lâchetés, ses égoïsmes, ses maladresses. Et c'est pour ça, aussi, qu'émeut comme un frère cet antihéros si proche et toujours si pudique dans ses oublis volontaires. La seule chose dont il se souvienne et la dernière phrase du beau livre ? «Les voix des chers disparus mais je ne les entends plus.»


  • La revue de presse - Libération du 3 mars 2016

«Je ne me souviens pas de comment j'étais habillé, ça ne m'intéressait pas du tout.» Il est cependant souvent question de s'habiller et de se déshabiller dans cet autoportrait où chaque dénégation déclenche la mémoire au lieu de la contenir.


  • La revue de presse Marie-Laure Delorme - Le Journal du Dimanche du 28 février 2016

L'auteur de Ce qu'aimer veut dire se penche sur ce dont il ne se souvient pas pour retracer des bribes de vie. Tout est là : on oublie que le temps passe et de cet oubli, Mathieu Lindon fait un récit de feuilles mortes ramassées à la pelle. Est-il davantage constitué de souvenirs ou d'absence de souvenirs ? On retrouve dans Je ne me souviens pas une sorte de mélancolie mordante déjà présente dans En enfance (2009) et dans Ce qu'aimer veut dire (prix Médicis, 2011). Dans ces trois textes autobiographiques, c'est bien le même narrateur narquois et subtil qui nous livre sa vision des situations...
On se promène en sa compagnie sur une palette de différents états d'âme, mais la recherche de la vérité innerve la totalité de son style si personnel. C'est toujours la même chose, vue à chaque fois sous un angle différent. Son dernier récit est conçu avec tout ce qui remonte à la surface quand on fait un effort pour se souvenir que le temps passe, oui, bien sûr, mais qu'on peut, aussi, le retenir un peu...
Ses années racontées forment un luxueux chandail troué. Que ses livres soient composés de ce qui est (Ce qu'aimer veut dire) ou de ce qui n'est pas (Je ne me souviens pas), le fil est à chaque fois tissé d'amours et de regrets.


  • Les courts extraits de livres : 04/03/2016

Je ne me souviens pas du vase de Soissons. Que je suis allé à l'école, oui, naturellement je me le rappelle, quoique pas dans le détail. Que j'y ai appris des choses, je veux bien le croire. J'étais un as en arithmétique. Mais qu'il fut un temps où j'ignorais que Louis XI utilisait ses fillettes en toute immoralité, que Saint Louis rendait la justice sous un arbre et que Louis XVI a été guillotiné, ça semble invraisemblable et c'est pourtant une évidence inattaquable. Que, dans le cas de l'auxiliaire avoir, il faut accorder avec le complément d'objet direct situé avant le verbe, que pour ce qui ne se produira que dans l'avenir on doit employer le futur alors que l'imparfait s'impose souvent pour le passé, que, dans la majorité des cas, un s signale le pluriel des substantifs et des adjectifs même s'il y a pléthore d'exceptions, aussi difficile à imaginer que ça puisse aujourd'hui me paraître, il m'a également fallu l'apprendre. Je ne me souviens pas qu'il y eut un moment où j'errais, analphabète, insoucieux du monde intellectuel et de la civilisation.
Le vase de Soissons, je ne me souviens pas si j'ai appris son existence au lycée ou dans ma famille. Il est un événement collectif que je peux partager avec tous les Français. Si je ne cherche pas à me documenter, j'ai ceci en tête : après la prise ou le sac de Soissons, Clovis guignait tel vase qu'un autre lui refusa, arguant que la communauté était la règle et le vase aussi partageable que l'enfant à la mère indécise présenté devant le roi Salomon. Rage impuissante de Clovis puisque nul Salomon n'empêcha l'étripage du vase. Là-dessus, des années plus tard, à la suite de circonstances redevenues inconnues pour moi, le roi des Francs se venge de l'autre, lui coupant la tête, le tue en tout cas, en prononçant la fameuse phrase («Souviens-toi du vase de Soissons !») dont il serait un peu fort que je ne me souvienne pas.
Je ne me souviens pas d'à quoi sert le vase de Soissons, si c'était un caprice de Clovis de vouloir l'acquérir et un autre de massacrer celui qui lui en avait interdit la possession, ni de quoi l'anecdote est significative : enseigne-t-elle la puissance de la rancune ou l'arbitraire du pouvoir, qu'on n'oublie jamais ou qu'on peut se retrouver à la merci de n'importe qui ? Ou peut-être était-ce juste une histoire distrayante, efficace artifice pédagogique pour que même les élèves les moins doués ne puissent pas ne pas se souvenir de l'existence de Clovis et d'une ville nommée Soissons.


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