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.. Je suis en vie et tu ne m'entends pas

Couverture du livre Je suis en vie et tu ne m'entends pas

Auteur : Daniel Arsand

Date de saisie : 30/06/2016

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Prix : 20.00 €

ISBN : 9782330060428

GENCOD : 9782330060428

Sorti le : 02/03/2016

  • Les présentations des éditeurs : 18/03/2016

Quand l'Allemand Klaus Hirschkuh débarque à la gare de Leipzig, ce jour de novembre 1945, c'est une ville détruite qu'il redécouvre pas à pas. Le jeune homme qui marche dans ces décombres est lui-même en morceaux. Il vient de passer quatre ans à Buchenwald. Parce qu'il est homosexuel. A bout de forces, il est une ombre, un fantôme. Scandaleusement vivant pourtant. Et il n'a pas fini d'expier.
Un garçon ordinaire, une différence ordinaire, une simple vie, un trajet : Klaus s'exile en France et y traverse une moitié de siècle - le travail, l'amitié, l'amour, l'espoir et les déceptions, les chagrins et la joie - pour s'entendre chasser, à l'aube des années 1990, d'une cérémonie du souvenir dans la province française aux cris de "les pédés aux fours !".
Survivre : un miracle et une responsabilité dont la réalisation n'a pas à être spectaculaire mais qui relève d'un combat intime, tenace, insurmontable parfois, solitaire souvent, et toujours sans répit.'
Le roman de Daniel Arsand invente la langue digne de ce combat à poursuivre, mélange rigoureux et explosif de sécheresse, de rage et de lumière. Je suis en vie et tu ne m'entends pas est un texte crucial, qu'on voudrait confier personnellement à chacun de ses lecteurs, comme un viatique, un talisman, à la fois miracle et responsabilité.

Daniel Arsand est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages dont, récemment, Des amants (Stock, 2008) et Un certain mois d'avril à Adana (Flammarion, 2011).



  • La revue de presse Pierre Cochez - La Croix du 23 juin 2016

Le nouveau roman de Daniel Arsand relate la vie d'un jeune Allemand, sorti de quatre années de détention à Buchenwald pour homosexualité. La révolte et la lumière donnent toute leur force à ce texte.


  • La revue de presse Avril Ventura - Le Monde du 9 juin 2016

Je suis en vie et tu ne m'entends pas est une profonde réflexion sur la mémoire qui brûle et la dépossession de soi. Mais c'est aussi un subtil travail d'écrivain sur la voix...
Il est des voyages en littérature qui modifient la résistance du lecteur. Le magnifique roman de Daniel Arsand est de ceux-là, qui le laisse profondément bouleversé, déplacé de l'intérieur.


  • La revue de presse Christine Ferniot - Télérama du 6 avril 2016

Ce roman est un hommage à la mémoire des déportés homosexuels, mais il va au-delà de ce geste. L'écrivain recompose une langue pour dire la rage et la tristesse, il nous surprend avec des mots d'une extrême crudité, rythmés comme des cris, puis revient doucement près de ce gisant qui ressuscite. Brûlant et glaçant à la même seconde, ce beau livre trouve toujours la distance exacte pour parler de l'insoutenable réalité.


  • La revue de presse Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 24 mars 2016

Dans ses romans captivants et bouleversants, l'Histoire et l'intime ne cessent de s'entrelacer...
e récit se construit cette fois autour d'un garçon qui avait vingt-trois ans en novembre 1945, quand après quatre années d'éloignement il était revenu dans sa ville natale à l'est de l'Allemagne. Klaus Hirschkuh, débarrassé de son pyjama rayé avec un triangle rose, faisait retour dans le monde et découvrait la dévastation de Leipzig, où la Gestapo était venue l'arracher à ses amours interdites...
L'Histoire et l'intime sont ici éprouvés telle une double douleur. Motivant un même combat contre l'oubli et la discrimination. Ne fallut-il pas attendre ce début de siècle pour que Jospin puis Chirac évoquent la déportation des homosexuels français  ? Il y a de la véhémence dans ce roman âpre et tourmenté, aux tonalités expressionnistes. Et la sensibilité à fleur de peau qui ne cesse de caractériser cette oeuvre.


  • La revue de presse Clémentine Goldszal - Les Inrocks, mars 2016

Dans ce roman sur le retour à la vie d'un «triangle rose», ces détenus déportés car homosexuels, Daniel Arsand signe une ode à l'amour, à la lutte et à la liberté.


  • Les courts extraits de livres : 10/03/2016

L'un de ses toits s'était effondré. En novembre 1945, la gare de Leipzig exposait les ravages causés par la guerre. Là, devant lui, Klaus Hirschkuh, vingt-trois ans, devant lui et autour de lui, droite, gauche, ciel et terre, et peut-être à l'infini, dans sa mire et au-delà, en somme partout, s'étalaient et s'entassaient les ruines d'une ville à plus de la moitié détruite. Il y avait vécu son enfance et son adolescence, il y avait aimé Heinz Weiner, on l'y avait torturé, d'où il avait été arraché à dix-neuf ans, c'était jadis, dans un passé impassible et peut-être rêvé. Murs, sol, air, tout était imprégné d'une odeur de chose calcinée et de dépôts pulvérulents. On ne lui avait pas menti. Les dégâts occasionnés à la gare de Leipzig, la centrale, la prodigieuse, l'enviée, on l'en avait averti. Il avait imaginé le désastre et le désastre, brutal, inconcevable, le happait, si riche en regard de ce qu'il s'était peint et bâti. Le nombre des tués lors des bombardements, eh bien, comment l'évaluer vraiment ? Comment être sûr de quoi que ce soit ? Des fracas, des sifflements de balles, des corps qui tombent, et si peu, si peu de certitudes. Il espérait que la jeunesse qu'il avait eue à Leipzig s'interposerait entre lui et les traces laissées par le passage de la guerre. Mais en lui tout se taisait, hier, quand il était un gosse, comme aujourd'hui où il était sans âge.
Les mots s'étaient raréfiés depuis des mois et des mois.
On le regardait beaucoup. Apprendre à ne pas s'en étonner, à en souffrir le moins possible demandait beaucoup de force, et les forces, elles, lui faisaient défaut. Crever les yeux des passants lui aurait plu. Encore que. Que croire de lui ? Il en avait envie, oui, mais si passagèrement, si tristement. Même sa violence était maussade, affaissée, endormie.

C'était donc la gare de Leipzig et Leipzig était donc sa ville. Elles s'ouvraient sous ses yeux non comme un livre, mais plutôt comme un fruit pourri et néanmoins givré. Le froid qui stagnait dans son corps en fut accentué. Catastrophe horizontale. Regard qui balayait en tous les sens un univers introuvable. Ou masqué par ces ruines. Un panneau de fer indiquait une rue anéantie. Ce qui survivait se dressait, jaillissait d'un enfer immobilisé, assagi, déroutant. Klaus Hirschkuh venait de débarquer à Leipzig, et rien n'était plus étrange que de la voir, sa ville natale, et la gare, tout - quand on est de là-bas (là-bas, oui, et pas ailleurs, entends-tu ce que je dis ? C'est à toi, Heinz, que je parle l), comment contempler encore ? -, tout, vraiment tout, tout était en débris minéraux, en lambeaux de parcs, en tronçons d'avenues, en broutilles d'une histoire effondrée, suffocante. Et pourtant, contempler il le pouvait. Il avait acquis une indifférence qui lui permettait de se tenir à distance de la fosse et des pendus. Se diriger vers le sud exigeait de la constance. Par moments, la marche se convertissait en errance, puis reprenait son cours, fleuve tranquille entre des murailles détruites. Même les ruines menaient quelque part, à la maison, chez père et mère (sur le châlit, très rarement, mais avec des larmes comme une râpe dans la gorge, il disait papa, maman, il ne les dessoudait jamais l'un de l'autre), dans cet immeuble, au troisième étage, où la famille Hirschkuh, autrefois au complet, logeait. Numéro 23 d'un boulevard datant d'un quart de siècle, artère où des ascensions sociales avaient amarré.
(...)


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