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Auteur : Eric Laurrent
Date de saisie : 24/09/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Minuit, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-7073-1929-6
GENCOD : 9782707319296
Sitôt l'eus-je rencontrée, je mis tout en oeuvre pour séduire Clara Stern. Je ne croyais alors que la désirer - il m'apparut bientôt que je l'aimais éperdument. Mais elle ne m'aimait pas.
Les bons conteurs sont légion. Plus rares sont les auteurs capables de porter un sujet en littérature. Eric Laurrent est du nombre. Il le prouve une fois de plus avec Clara Stern, son huitième roman, le plus abouti, le plus mature. Il s'est apaisé. Juste assez pour désespérer ses contradicteurs, ceux qui déploraient une écriture inutilement sophistiquée, un vocabulaire trop recherché. Avec l'âge et le temps, il a délaissé la pure virtuosité pour en venir à plus de simplicité formelle, sans perdre une once d'ambition. C'est d'une prose extrêmement élégante qu'il dépeint la débauche et la trivialité, les affres du désamour, le désespoir. De la futilité à la solitude... Le roman est en deux parties, la première brillante, la seconde de plus en plus sombre. De quoi laisser le lecteur K-O. Sonné d'être ainsi passé en quelques pages de Paris à Venise, le soir ; de la futilité tapageuse à la solitude. On pense au Pierre Louÿs de La Femme et le pantin, ou a ce beau passage des Mémoires de Casanova dans lequel il relate comment une jeune Londonienne lui résista et ce qui s'ensuivit.
«Clara Stern» sonne comme «Dora Bruder». Ils n'ont rien d'autre en commun que la musicalité du titre, mais c'est déjà beaucoup. Elle donne le la d'une écriture. L'incipit est proustien en ce qu'il lance à l'assaut du lecteur désarmé une superbe phrase de 18 lignes, mêlant «le Jugement dernier», de Giotto à Padoue, le solstice d'été, la borne d'appel d'une station de taxi du boulevard Saint-Germain et un snack borgne de la rue de l'Ancienne-Comédie aux douleurs manducatoires du narrateur. Lequel ne va pas chez le dentiste comme tout le monde, mais se résout à mobiliser les compétences du corps médical comme personne... Qu'importe si l'on nourrit quelques doutes sur le sens de «mélarance», «térébrant», «chamérops»,... l'orchestre de chambre d'Eric Laurrent s'est installé dès les premières pages pour notre plus grand plaisir.
La partition ? Une douce petite musique de nuit : le narrateur désire Clara Stern dès leur première rencontre, mais comprend vite qu'il l'aime, bien que ce ne soit manifestement pas réciproque. Délices du spectacle et cruauté de l'observation quand un libertin se prend au piège du badinage amoureux. Rien ne démasque un cynique comme de prendre ces choses-là au sérieux. Tout le roman dit la souffrance de voir s'incarner la forme exacte du bonheur tandis qu'au même moment s'élève l'impossibilité absolue de son avènement. Jusqu'à la sentence mortelle lâchée par Clara Stern dans un nuage de fumée bleue : «Tu ne m'aimes pas assez pour que je t'aime davantage.»... En fait, le langage est le véritable fond de ce roman. On n'ose écrire : sa trame. Les mots ne sont plus un moyen au service de quelque chose qui les dépasse, mais une fin... Mais jamais il ne sent le dictionnaire. Son vrai mystère et sa réussite tiennent à ce que, malgré tout ce qui nous échappe de son sens, on ne se précipite pas pour le connaître. Faut-il qu'un roman possède un charme puissant pour nous décourager de comprendre ce qui n'a pas à être expliqué.
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