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.. Chère brigande : lettre à Marion du Faouët

Couverture du livre Chère brigande : lettre à Marion du Faouët

Auteur : Michèle Lesbre

Date de saisie : 07/04/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France

Prix : 12.00 €

ISBN : 9782848052137

GENCOD : 9782848052137

Sorti le : 02/02/2017

Le dernier livre de Michèle Lesbre est une longue lettre pour Marion du Faouët, une voleuse du XVIIIe siècle qui sévissait en Bretagne, au nord de Lorient, détroussant les riches pour aider les pauvres.
Cette lettre lui a été inspirée par une femme rencontrée lors d'une soirée chez des amis puis recroisée dans la rue, totalement dépouillée et devenue SDF. Une autre Marion ?

C'est dans le train l'emmenant à Quimper, puis la ramenant à Paris que Michèle Lesbre écrit. Et les récits de ces trois femmes se rejoignent pour n'en faire plus qu'un. Marion la voleuse, ses compagnons, ses exploits et sa triste fin s'emmêlent avec les sentiments de l'auteure face à la Marion du XXe siècle qui refusa systématiquement son aide et disparut un jour, sans prévenir.

L'auteure profite également de cet exercice d'écriture pour se confier sur une ancienne relation amoureuse qui a laissé de nombreux souvenirs de Bretagne.

Générosité, partage et prise de position sur l'actualité nous sont proposés dans cette lettre ainsi qu'un peu d'histoire. À lire dans le train ou ailleurs.


  • Les présentations des éditeurs : 15/12/2016

La silhouette libre et rebelle de Marion du Faouët, «Robin des Bois» bretonne qui, dans les premières années du XVIIIe siècle, prenait aux riches pour redistribuer aux pauvres, a toujours fasciné Michèle Lesbre.
Parce qu'une femme aux cheveux roux prénommée Marion, qui avait élu domicile dans une boutique désaffectée en bas de chez elle, a soudain disparu, les traits de l'autre Marion, la «chère brigande», se superposent à ceux de la SDF parisienne. L'écrivain décide alors de partir sur les traces de l'insoumise bretonne, qui mourut sur le gibet à trente-huit ans, lui adressant, pour conjurer l'injustice du monde et sa propre impuissance, une longue lettre.
A la faveur du trajet en train vers Quimper, les souvenirs d'une autre époque de sa vie resurgissent, quand, jeune militante, elle manifestait contre la guerre d'Algérie ou, institutrice, elle apprenait à lire aux enfants. La vie de Marion agit comme un miroir tendu à ses utopies et à ses révoltes passées : à dix-huit ans, Marion, elle, créait une bande de brigands. Avec des comparses recrutés parmi ses proches, elle allait écumer les bois et redresser les torts. Le Faouët, les monts d'Arrée, Quimper : tous ces lieux, où Marion a vécu et que l'enquêteuse arpente, ravivent la vaillance et l'impétueuse générosité de son héroïne.
Michèle Lesbre, dans ce texte lumineux, laisse sonner le rire frondeur d'une gamine formée à l'école de la vie, d'une grande amoureuse et d'une femme qui a lutté à sa façon contre une misère choquante. Une belle manière de nous parler d'elle, de nous, du monde dans lequel nous vivons.
Sa lettre s'achève ainsi : Dors tranquille, chère brigande, tu m'as sauvée pendant quelques jours de notre démocratie malade, des grands voleurs qui, eux, ne sont presque jamais punis parce qu'ils sont puissants, de ce monde en péril. Tu n'étais pas un ange, mais les anges n'existent pas.

MICHÈLE LESBRE vit à Paris depuis près de trente ans. Chère brigande est son onzième livre, certainement le plus personnel, paru chez Sabine Wespieser éditeur.



  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 5 avril 2017

Se déplaçant en Bretagne, sur les traces de sa «chère brigande», l'auteur voit resurgir l'histoire d'un amour aujourd'hui disparu, les mémoires se mêlent, subtiles et mélancoliques, et Michèle Lesbre signe sans doute son livre le plus intime. Eclatant de sincérité.


  • La revue de presse Macha Séry - Le Monde du 23 février 2017

D'un livre à l'autre, les mots de Michel Lesbre semblent de plus en plus comptés, et précieux. Son nouveau récit est une splendide balade, baignée de mélancolie, dans les sentiers buissonniers de la mémoire.


  • Les courts extraits de livres : 15/12/2016

Le Faouët, juillet 2016

CHÈRE BRIGANDE,

Je veux d'abord te parler d'elle, de cette femme qui, sans le savoir, m'a fait venir jusque là, jusqu'à toi, qui es morte depuis deux cent soixante et un ans, pendue au gibet de Quimper en 1755. Tu avais trente-huit ans.
Cette femme, je l'avais aperçue lors une soirée à Paris, dans l'immense salon où une foule se pressait autour d'un buffet somptueux et dans le rythme feutré d'une musique de jazz (j'imagine bien que la musique de jazz ne t'évoque rien, pas davantage sans doute celle de Vivaldi, de Couperin, de Rameau ou de Bach, tes contemporains).
Je rentrais d'un long voyage, et il m'était difficile de renouer avec la vie sédentaire. Je ne reconnaissais pas toujours les gens que pourtant je fréquentais depuis longtemps, mais peut-être était-ce moi qui avais changé lors de cette absence prolongée. Tant de choses changeaient. Le monde changeait.
C'était sans doute une soirée d'anniversaire, celui de Raphaël, puisque la fête avait heu chez lui, ou alors celui de Lorette, sa compagne. Je n'identifiais presque personne en dehors d'eux et de quelques-uns de leurs amis, je naviguais tant bien que mal sur cette mer agitée et bruyante, me faufilant à grand-peine jusqu'au buffet pris d'assaut.
Puis, lassée, je m'étais isolée et j'observais le spectacle qui m'apparaissait un peu faux, cette agitation, les rires forcés. Tout m'agressait, peut-être parce que je sortais à peine de cette période de retrait silencieux dans lequel je m'étais exilée.
J'avais alors aperçu une femme aux cheveux d'un roux flamboyant, assise sur un canapé, seule, aussi perdue que moi dans le bruit et la fumée. Elle croisait les jambes et tenait un verre posé sur ses genoux, promenant un regard indifférent d'où il me semblait être exclue. Peut-être était-elle entrée par hasard et tentait-elle de comprendre quelque chose à cette assemblée décrochée du réel.
Je m'étais approchée de Raphaël pour lui demander qui elle était, il m'avait répondu qu'il l'ignorait, que quelqu'un l'avait sans doute amenée là. Lorette n'en savait pas davantage, j'avais alors décidé de l'aborder mais, en arrivant près du canapé, je découvris qu'elle avait disparu. J'avais alors erré dans tout l'appartement, questionnant deux ou trois personnes (une femme rousse, près de la cheminée ?). Personne ne l'avait remarquée.
Je me souviens d'avoir eu envie de repartir sur-le-champ, d'aller vers l'océan, mon éternel refuge. C'était la saison des grandes vagues d'hiver, des plages désertes balayées par les vents froids, humides et poisseux qui prennent le corps. Il m'avait semblé lire sur le visage de cette femme que nous étions dans la même sidération, le même désir d'être ailleurs. Son retrait me la rendait proche, presque intime. (...)


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