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.. Mojado

Couverture du livre Mojado

Auteur : Dominique Falkner

Date de saisie : 06/03/2017

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Envolume, Paris

Collection : Collection fiction

Prix : 14.90 €

ISBN : 9782371140509

GENCOD : 9782371140509

Sorti le : 10/04/2017

  • Le courrier des auteurs : 26/04/2017

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis né à Paris le 2 mars 1963.
Brève scolarité.
Je commence à bourlinguer à travers la France, puis l'Europe avant de partir aux États-Unis fin 1986, où je vis toujours.
Je tombe amoureux, je me relève.
J'essaie d'écrire, sans succès.
J'exerce une multitude de petits boulots : baby-sitter pour chien, livreur de pizza, commis de cuisine, serveur, apprenti boulanger, peintre en bâtiment, manoeuvre, manutentionnaire, libraire...
J'étudie les langues, dont le français, retiens l'anglais et l'espagnol.
Je pêche, chasse, parcours le Grand Nord américain de long en large.
J'écris.
Je me marie, je divorce.
Pas d'enfant.
J'écris.
Je tombe amoureux, je me relève.
Je vis à Milwaukee, à Chicago, à Door County, à Madison, à Waupaca, à clearwater, à Madison, à La Nouvelle Orléans, à Santa Fe, à Key West, à Sugarloaf, à Mexico, à Denver, en Saône-et-Loire...
J'écris en anglais, reviens au français, alterne.
Je voyage au Canada, en Argentine, en Uruguay, au Chili, au Pérou, en Bolivie, au Paraguay, en Colombie, au Brésil, au Guatemala, au Salvador, à Cuba, en Chine, au Japon, en Malaisie, en Indonésie, en Inde, au Népal, en Thaïlande, en Birmanie, en Finlande, au Cambodge...
Je tombe amoureux, je me relève.
Je voyage une première fois au Mexique, y retourne 14 fois.
J'écris.
Je tombe amoureux, le reste.
J'écris Mojado, mon sixième livre.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Au premier abord, un fils part à la recherche de son père parti vivre au Texas des années plus tôt dont il est sans nouvelles depuis presque aussi longtemps ; de l'autre, le passage aux États-Unis, où l'attend son frère, d'une mère et de son enfant, à la recherche d'une vie matérielle moins difficile.
En second lieu, la superposition de deux mondes diamétralement opposés (le réalisme magique mexicain et le pragmatisme américain) qui se côtoient sans se comprendre et finissent donc, souvent, par s'affronter de manière brutale.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Pauvre Mexique ! Si loin de Dieu et si près des États-Unis."

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
La chanson Mojado du Guatémaltèque Ricardo Arjona, ainsi que la voix bouleversante de Chavela Vargas et des corridos mexicains en général.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'incroyable courage de ces hommes et de ces femmes de tous bords qui empruntent des sommes considérables à des taux exorbitants pour payer les passeurs qui les acheminent à travers le désert jusqu'aux États-Unis, dans des conditions de dureté extrême, n'hésitant pas à braver (souvent même avec leurs enfants) le courroux des patrouilles volantes, la violence des milices texanes, la soif, la peur, la faim, les serpents, les scorpions, etc.

6) Avez-vous des rituels d'écrivain ? (Choix du lieu, de l'horaire, d'une musique de fond) ?
J'ai besoin de silence, donc jamais de musique de fond, et j'ai aussi besoin d'être absolument seul dans la pièce où j'écris, enfin pour le premier jet car après, pour les écritures successives, c'est plus souple.
Le lieu n'a aucune importance même si je remarque avoir beaucoup écrit sur les tables de cuisine des divers endroits où j'ai vécu. Et je fais toujours en sorte de ne jamais avoir de fenêtre en face de moi, car je suis trop facilement distrait pas le vol d'un passereau ou la forme inattendu d'un nuage.
J'ai toujours écrit le matin et/ou l'après-midi, jamais le soir ou la nuit que je consacre à la lecture, une bonne bouteille de vin, voire les deux.

7) Comment vous vient l'inspiration ?
Comme Picasso, je pense que la peinture (ou l'écriture), c'est 10% d'inspiration et 90% de transpiration, de travail donc.
Pour le reste, ça commence avec une sorte de vague obsession ayant plus ou moins à voir avec ceci et cela sur laquelle viennent se greffer, chemin faisant, les livres que j'ai en cours de lecture, les voyages que j'effectue, les films que je vois, les conversations que j'entends à droite et à gauche, des bribes, comme ça, chapardées à la vie, jusqu'au jour où cette obsession se cristallise finalement en une vraie envie d'écrire sur quelque chose de progressivement plus clair, sans pour autant être sûr que ça donnera un livre. J'ai commencé des dizaines de textes qui ont fini dans la corbeille à papier après dix ou cinquante pages.

8) Comment l'écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j'écrirai des livres» ?
J'ai commencé à prendre des notes très tôt, vers l'âge de huit ans, sans savoir pourquoi, dans des cahiers que je nommais alors des Livres de la vie, puis sont venus les poèmes adolescents, les d'histoires d'une page ou deux, les dialogues griffonnés aux terrasses des cafés, les monologues à n'en plus finir, les lettres amoureuses de dix pages.
J'ai véritablement commencé à écrire à vingt-trois ans, une fois en Amérique, à Milwaukee, quand je me suis retrouvé seul, sans amis, sans famille, sans repères familiers, sur une machine à écrire manuelle récupérée dans la rue sur le pas de porte du dépôt de l'Armée du Salut ou quelqu'un l'avait abandonnée.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Mon premier vrai choc, c'est Sur la route de Jack kerouac, que j'ai dévoré à seize ans d'une seule traite un dimanche après-midi allongé sur mon lit avec la fenêtre ouverte sur l'extérieur et un monde lointain empreint de liberté absolue qui m'était soudain révélé de manière fulgurante. Sept ans plus tard, je partais aux États-Unis.
Le second, c'est Voyage au bout de la nuit de Ferdinand Céline, un an plus tard environ. Je ne savais pas qu'on pouvait dire les choses comme ça, exploser la langue de cette manière, enfin que c'était permis, que tout était permis en fait.
Sont venus ensuite les poids lourds russes, anglais, américains, italiens, polonais, etc., mais aucun n'a bouleversé ma vie de manière aussi radicale que ces deux livres.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
Les écrivains sont (ou devrait être) au service de l'écriture, donc la question serait plutôt : à quoi sert l'écriture ? À transmettre quelque chose sans doute, un moment de ce monde qui bientôt ne sera plus, en l'éclairant sur la page, le temps d'un livre, qui, si il est bon, continuera de projeter une sorte de lumière intérieure, de plus en plus diffuse au fil du temps, certes, mais néanmoins toujours présente dans la vie du lecteur longtemps après que celui-ci aura fini de le lire.
On écrit parce que le monde ne suffit pas, parce qu'on est insatisfait, qu'on a besoin de plus, sans savoir quoi d'ailleurs. Pour respirer autrement, ailleurs.
Et, sans surprise, je sais aussi que si vous me posez la même question demain matin, j'aurais une réponse complètement différente.

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
J'ai travaillé trois ans à la librairie The Blackstar à Chicago. J'y ai beaucoup appris. Aujourd'hui encore, j'ai mes librairies préférées dans les villes où j'ai vécu ou connais bien : El Péndulo à Mexico, Passage à Lyon, El Ateneo à Buenos Aitres, City Lights à San Francisco, Delamain à Paris, The Strand à New York.

12) Quelle place tiennent les livres dans votre vie ?
Ma bibliothèque croule sous leur poids. J'en compte aussi huit sur ma table de chevet, donc quatre que je lis simultanément. Six autres éparpillés au pied du lit, cinq dans la salle de bain à côté du lavabo, une douzaine sur la table de la cuisine, trois sur le fauteuil de jardin, une bonne pile sur le frigo, d'autre encore sur le canapé, les chaises, par terre, etc. Mes cahiers regorgent de listes d'ouvrages à acheter, à consulter, à emprunter à la bibliothèque pour les plus chers, à relire, comme Au-dessous du volcan, ces jours. Il m'arrive souvent d'en ouvrir un au hasard pour me replonger dans sa musique le temps d'un paragraphe, un peu comme on passe un coup de fil à un ami de longue date, juste pour entendre sa voix.

13) Votre livre parle des migrants. C est d'un sujet d'actualité surtout aux US. Avez-vous voulu passer un message ?
J'ai travaillé dans la restauration presque toute ma vie avec des collègues latinos sans papiers qui avaient franchi la frontière américaine de manière clandestine à la recherche d'une vie plus aisée, afin, aussi, d'envoyer de l'argent à leur famille restée au pays. Les côtoyant au jour le jour, j'ai entendu des centaines d'histoires plus ou moins irréelles sur ces passages difficiles où la vie et la mort ne tiennent souvent qu'à un fil.
C'est effectivement un sujet d'actualité brûlant aux US, mais aussi en Europe et un peu partout dans le monde où ceux qui n'ont rien sont prêts à beaucoup pour avoir ne serait-ce qu'un peu.
Je n'ai pas de message, mais on ne peut qu'être admiratif devant le courage absolu de ces hommes et ces femmes prêt à tout pour que leurs enfants et leurs proches aient une vie meilleure.

14) Vous avez vous-même emprunté le chemin des migrants Mexicains pour écrire ce livre. Qu'en avez-vous retiré ?
La résilience, bien sûr, la ténacité énorme, le courage, je l'ai déjà dit, mais aussi l'humour décapant de ces hommes qui ne plaignent jamais ou alors de manière passagère, souvent en se moquant d'eux-mêmes d'ailleurs (ou de moi qui n'avais rien à faire là, de l'autre côté du Rio Grande, mon passeport américain en poche), tout en marchant au pas de course sous le soleil de plomb, ou au milieu de la nuit, en proie au danger permanent, sans savoir vraiment ce qui les attend de l'autre côté, une fois aux US, dans un pays qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas la langue.
Donald Trump et sa cohorte honteuse de bien-pensants ne tiendraient pas trois kilomètres.

15) Avez-vous d'autres projets littéraires ?
J'ai toujours plusieurs projets en cours, et puis un jour, l'un d'eux prend le pas sur les autres et je ne travaille plus qu'à celui-là. C'est le cas actuellement, et j'espère, si la vie ne décide pas de s'en mêler et d'y mettre un frein quelconque, le finir cette année.

16) Un de vos personnages principaux se nomme Cuauhtémoc, pourquoi avoir choisi ce nom du dernier empereur Mexicain ?
Il est celui qui résista à Hernan Cortez lors du siège de Mexico (Tenochtitlan) par les conquistadores en 1521. Capturé, torturé à mort, les pieds dans un chaudron d'huile bouillante, il n'a jamais parlé. C'est le prénom masculin d'origine indienne le plus populaire au Mexique. Il symbolise le courage et la ténacité de celui qui ne baisse jamais les bras, se bat jusqu'au bout.


  • Les présentations des éditeurs : 26/04/2017

Des migrants accompagnés d'un passeur tentent le grand voyage vers la frontière qui sépare le Mexique des États-Unis. La quête d'un paradis pour une mère et sa fille et la recherche d'un père pour un instituteur rapproche ces êtres, le temps de traverser ces zones désertiques.
Victimes de leur guide et de ses «associés» sans foi ni loi, blessés à mort, ils arrivent à échapper aux gardes frontière américains pour atteindre enfin la terre promise.

Pour écrire ce récit, Dominique Falkner à lui-même parcouru ce périple.

Après avoir beaucoup bourlingué et vécu au Danemark, en Norvège et en Angleterre, Dominique Falkner s'installe aux États-Unis en 1986, où il réside toujours. Il vit en Floride, au Colorado et aussi en Saône-et-Loire. Il est l'auteur de romans : De nulle part et d'ailleurs et Femmes et autres désordres, d'un carnet Door County ; d'un récit de voyage Ça n'existe pas l'Amérique; et d'une traduction de poésie amérindienne Le chant de la route.


  • Les courts extraits de livres : 26/04/2017

Une main l'étranglait et sans réfléchir il agrippa la poigne avec force afin de desserrer l'étreinte, sans prendre conscience que c'était son autre main qui l'étranglait.
Il se réveilla en sursaut dans un cri étouffé.
Il se releva sur les coudes le coeur battant. Il ne parvenait pas à reprendre sa respiration. Une violente quinte de toux lui déchira la gorge.
Il se palpa le cou du bout des doigts ainsi que les contours de la nuque. Puis il balaya du regard l'aire du campement où les autres clandestins abrutis par la fatigue dormaient autour des restes calcinés du feu de camp.

La jeune mère arrivée la veille avec sa fille le regardait. L'enfant dormait à ses côtés. Une cordelette de chanvre nouée à son poignet la maintenait reliée en permanence à sa mère.
L'enfant gémit et la mère lui caressa le front.
Elle l'interpella ensuite en se penchant vers lui avec précaution afin de ne pas réveiller sa fille :
- Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien. Tu ferais mieux de dormir.
- Je te regardais. Tes mains...
- Juste un mauvais rêve.
- Un cauchemar ?
- C'est la même chose.
- Non.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Je t'ai vu...
- Et alors.
- Mémé dit que les cauchemars sont les morts pris en flagrant délit de vengeance.
- Et les mauvais rêves ?
- De vieux comptes pas finis d'être réglés avec ceux qui ne peuvent plus nous rendre la monnaie.
- C'est la même chose.
- Non. Les uns cherchent la bagarre, les autres enregistrent les coups.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Des choses vieilles comme le monde.

Elle inspecta autour d'elle comme il venait de le faire. Ses yeux passèrent le bivouac au peigne fin, d'un clandestin à un autre. Elle fut rassurée d'y trouver les choses et les hommes à leurs places. Là où elle les avait laissés la veille avant de s'endormir en plein désert, à même le sol, au milieu de ces inconnus.

(...)


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