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.. Buru quartet. Volume 1, Le monde des hommes

Couverture du livre Buru quartet. Volume 1, Le monde des hommes

Auteur : Pramoedya Ananta Toer

Postface : Étienne Naveau

Traducteur : Michèle Albaret-Maatsch | Dominique Vitalyos

Date de saisie : 26/04/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Zulma, Honfleur, France

Collection : Litterature

Prix : 24.50 €

ISBN : 9782843047879

GENCOD : 9782843047879

Sorti le : 19/01/2017

  • Les présentations des éditeurs : 11/04/2017

C'est une longue et belle histoire que «Pram» racontait à ses compagnons de détention sur l'île de Buru, avec ferveur, et un élan vital qu'on partage aussitôt. Une histoire aventureuse et romanesque, une histoire politique aussi, qui nous emmène à Surabaya, en Indonésie, au tournant du siècle.
Minke, jeune journalisme brillant et curieux de tout, y croise le destin d'Ontosoroh, la nyai, concubine d'un riche colon hollandais. Tous deux sont javanais, idéalistes et ambitieux, tous deux rêvent d'une liberté enfin conquise contre un régime de haine et de discrimination, celui des Indes néerlandaises. Deux personnages extraordinaires, aussi attachants que singuliers - au regard d'un monde qui mûrit sa révolution.
On l'aura compris, te Monde des hommes est plus qu'un roman, c'est un monument.

Pramoedya Ananta Toer est né en 1925 sur l'île de Java. Il a été emprisonné par le gouvernement colonial hollandais de 1947 à 1949 (date de l'indépendance de l'Indonésie). En 1965, accusé de sympathies procommunistes sous la dictature de Suharto, il est envoyé au bagne sur l'île de Buru, le goulag des mers du Sud, dont il sort en 1979, sous la pression internationale. Jusqu'à la fin de sa vie, en 2006, il est surveillé et systématiquement censuré. L'oeuvre de Pramoedya Ananta Toer est considérable - plus de cinquante romans, nouvelles et essais, traduits dans près de quarante langues. Avec le Monde des hommes s'ouvre le Buru Quartet, son chef-d'oeuvre enfin traduit en français depuis l'indonésien, et publié dans son intégralité en quatre volumes. Enfant de tous les peuples, le deuxième volume, paraît chez Zulma en mars 2017.



  • La revue de presse Christine Chaumeau - Télérama du 26 avril 2017

Le premier volet d'une tétralogie passionnante sur l'Indonésie du XIXe siècle. Entre roman d'apprentissage et quête identitaire. Chef-d'oeuvre de la littérature mondiale, Buru Quartet, la fresque historique en quatre tomes de l'Indonésien Pramoedya Ananta Toer (1925-2006), dépeint les Indes néerlandaises à la fin du XIXe siècle. Cette saga est doublement romanesque : à la fois par le ­destin tumultueux du personnage principal, Minke, et par les conditions singulières dans lesquelles elle a été composée...
L'influence des romanciers français du xixe siècle et le legs idéologique de la Révolution française imprègnent le texte de Pramoedya qui, fervent con­tempteur du colonialisme, dénonce les compromissions de l'élite indonésienne.


  • Les courts extraits de livres : 11/04/2017

J'étais encore très jeune, dans la fleur de l'âge, mais l'éducation moderne m'avait déjà apporté des bienfaits d'une indicible beauté.
Le directeur de mon école s'était un jour adressé ainsi à ma classe : «Grâce à l'enseignement de vos professeurs, vous avez acquis un vaste champ de connaissances que pourraient vous envier la plupart des élèves d'un niveau analogue dans nombre de pays européens.»
Certes, je n'étais pas peu fier. N'ayant jamais mis les pieds en Europe, j'ignorais si le directeur nous disait la vérité, mais comme sa déclaration me faisait plaisir, j'avais choisi de le croire. Par ailleurs, tous mes professeurs étaient nés en Europe et y avaient fait leurs études. Il m'aurait paru malvenu de douter d'eux, à qui ma famille m'avait confié. Aux yeux des Européens et des métis instruits, ils passaient pour être les meilleurs enseignants des Indes néerlandaises. Je me devais de leur accorder ma confiance.
Ces connaissances scientifiques, dont je constatais les applications dans mon quotidien, me rendaient très différent de la grande majorité de mes concitoyens. Allaient-elles à l'encontre de mon identité javanaise, je l'ignore, mais c'est un jeune Javanais éduqué à l'européenne qui, de l'intérieur, me poussait à écrire. Un jour, me disais-je, ces notes me seront utiles. J'avais raison.
L'une des inventions de la science qui ne cessait de m'émerveiller était l'imprimerie, et surtout la zincographie. Songez qu'il était possible de produire, en une seule journée, des dizaines de milliers de copies de n'importe quelle image : paysages, personnages célèbres, machines nouvelles, gratte-ciel américains. Sur ces feuilles de papier imprimées, je pouvais désormais voir de mes yeux tout ce qui existait de par le monde. Quel dommage pour la génération qui m'avait précédé d'avoir dû se contenter d'arpenter les ruelles de ses villages ! J'éprouvais une reconnaissance sincère envers tous ceux qui avaient travaillé sans relâche à la production de ces avancées merveilleuses. Cinq ans plus tôt, il ne circulait pas encore dans mon entourage d'images photographiques. On trouvait des gravures sur bois et des lithographies, mais elles n'offraient de la réalité qu'une représentation approximative.
Des articles de journaux européens et américains nous informaient des dernières découvertes dont les applications extraordinaires rivalisaient avec les pouvoirs magiques des dieux et des satria de mes ancêtres dans le théâtre d'ombres. Dix ans après leur apparition, mes concitoyens s'étonnaient encore de voir circuler ces véhicules sans chevaux, sans boeufs, sans buffles que sont les trains. Un long convoi de voitures grandes chacune comme une maison, remplies de marchandises et de passagers, tirées ensemble par la seule force de la vapeur. Il était possible désormais de couvrir en trois jours la distance séparant Betawi de Surabaya. Mieux encore, on nous prédisait que d'ici peu ce trajet se ferait en un jour et une nuit ! En seulement vingt-quatre heures ! S'il m'avait été donné de rencontrer Stephenson, je lui aurais offert une superbe guirlande d'orchidées. Un réseau de voies ferrées sillonnait Java, mon île. Des panaches de fumée coloraient le ciel de mon pays natal et se muaient en stries noires qui se perdaient dans le néant. C'était comme si le monde ne connaissait plus la distance, que le télégraphe contribuait lui aussi à abolir.


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