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Les trains de nuit ont offert à Eric Faye ses premières insomnies heureuses. New York, Prague, Samarkand, Sarajevo, Berlin, Pékin... autant de nuits blanches partagées avec le "petit peuple du couloir" : fumeurs, noctambules, bavards impénitents. Espace privilégié où le temps semble s'arrêter, le wagon-lit est un lieu de rêverie et de rencontres, le voyage en train un condensé de l'existence, avec ses séparations et son terminus. Au fil de ses souvenirs parfois incertains et romanesques, l'auteur nous entraîne dans son labyrinthe littéraire et insolite. A bord du transsibérien ou du Kafka express nous traversons des frontières aujourd'hui disparues, des empires rayés de la carte, des bouts du monde ignorés. Enfant, Eric Faye s'endormait en écoutant le chant des locomotives, ce qui lui permet d'affirmer aujourd'hui que certains trains de nuit pleurent. Héritier d'une histoire familiale dans laquelle les chemins de fer ont toute leur place, il nous offre cet éloge de la lenteur, de la contemplation et du nomadisme.
Eric Faye est né en 1963. Auteur de romans et de nouvelles, il a publié chez Stock Croisière en mer des pluies (1999), Les cendres de mon avenir (2001) et La durée d'une vie sans toi (2003).
La revue de presse Gilles Pudlowski - Frédérique Roussel
...Hors rentrée ou en périphérie, voilà un bijou littéraire à ne pas louper. Les amateurs de poésie du voyage, de Larbaud à Cendrars, de (Marcel) Thiry à (Olivier) Rolin, y retrouveront l'un des leurs. Le dernier des Mohicans ? Il y a de ça...
La revue de presse Astrid de Larminat - Le Figaro du 24 novembre 2005
De même qu'on peut tirer les photos sur deux sortes de papier, il existe deux genres d'écrivains, les mats et les brillants. Eric Faye appartient à la première catégorie. On pourrait lui retourner la définition qu'il donne de la littérature : «Un exercice de retenue, de suggestion, bien plus qu'un numéro de cirque avec ses pirouettes léchées.» Autant dire que son dernier ouvrage, qui nous fait parcourir des dizaines de milliers de kilomètres de rail, n'a rien du carnet d'un explorateur ou d'un aventurier. Point d'exploits - il reconnaît qu'il en serait incapable tant son imagination est habile à lui représenter les dangers et à les majorer. Point d'investigation non plus. S'il conquiert le monde, c'est avec les armes de la contemplation et le train, nuit et jour, est son destrier.
«Je voulais reprendre la vieille enquête, toujours inachevée, sur la présence du merveilleux à la surface du globe, me laisser entraîner dans son champ de forces et rechercher ce qu'un prospecteur éclairé a appelé «l'or du temps.» Eric Faye s'engage pour cela dans le «labyrinthe» des chemins de fer avec pour seul fil conducteur leurs «horaires enchevêtrés». Car les trains, en particulier ceux qui circulent nuitamment, ont le pouvoir de transporter dans un «outre-temps» celui qui fuit la «dictature du réel». Leur lenteur - Eric Faye exècre le TGV -, le temps arrêté du wagon qui file à travers l'impermanence du paysage, «à équidistance entre le passé et l'avenir», l'ennui même et la monotonie contribuent à faire vaciller les repères habituels...