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Le roi des Juifs

Couverture du livre Le roi des Juifs

Auteur : Nick Tosches

Traducteur : François Lasquin

Date de saisie : 21/08/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Grandes traductions

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-226-16981-5

GENCOD : 9782226169815

  • Les présentations des éditeurs : 14/05/2006

«Il était une fois, quand la ville de New York vivait et respirait, un homme destiné à la mort comme nous tous. Son nom était Arnold Rothstein, et lui-même était le seul dieu qu'il adorait, et il était un grand homme et un grand pécheur.»
Ainsi commence cette flamboyante méta biographie d'Arnold Rothstein, car c'est bien plus qu'une biographie : une vaste saga, une élégie au New York d'autrefois, une histoire du monde revue et corrigée par le style inimitable de Tosches.
Étonnant est un faible mot pour caractériser le nouveau brûlot de l'auteur-culte. Après une introduction -provocation où il dissèque la Bible et l'histoire du peuple juif, Tosches s'attaque à la vie du célèbre gangster des années 1920. De l'équipée de sa famille en Bessarabie jusqu'à la transplantation dans le Lower East Side de Manhattan, le tout assorti d'une chronique incroyablement précise du New York de la fin du XIXème siècle et du début du XXeme. L'assassinat de Rothstein, jamais élucidé, est méticuleusement reconstitué. On se demande si l'auteur s'appuie sur une documentation sans faille où s'il invente de toutes pièces, dans un jeu savant entre fiction et reportage. Avec de multiples incises où apparaissent putes dévergondées, un Jésus Christ au sexe long et frêle, un éloge funèbre à son ami Selby Jr, apartés de Tosches lui-même... «Si je m'attarde aussi longtemps là-dessus, ce n 'est pas parce que les détails d'un mariage d'autrefois aurait un sens, mais pour prouver que le noyau dur de ce que nous nommons l'histoire - le savoir lui-même - est une infection. Ce n'est pas le romancier habile qui brouille la ligne séparant la fiction de la réalité ; c'est le professeur de savoir fourguant à bas prix des connaissances erronées.»

Nick Tosches est né à Newark, New Jersey en 1949. Considéré comme l'un des «grands écrivains américains vivants», il est entre autres l'auteur de biographies de Jerry Lee Lewis (Hellfire), de Dean Martin (Dino) et du roman La Main de Dante (Albin Michel, 2002). Il vit entre New York et Paris (où, enfin, il peut fumer (presque) en paix...).



  • La revue de presse Yves Stavridès - L'Express du 16 février 2006

Au fond, cet ouvrage commence à la page 217. Jusque-là, Nick Tosches nous a promenés à travers un maquis de citations très approximatives, de compilations livresques aussi excitantes que le guéridon de ma grand-mère - le tout au service d'une narration azimutée. Sans jamais mollir, comme à son habitude, ce dandy des lettres américaines fait charger en vrac: Ménandre, Jules César, Plutarque, Shakespeare, la chanteuse Carole King (The Locomotion) et tous les juifs de Babylone. Là-dessus, il déclame à tue-tête les Evangiles, L'Epopée de Gilgamesh et la cinquième sourate du Coran. Ensuite, allez savoir pourquoi, on a droit à un petit détour par Treblinka. Puis ce bon vieux Nick enchaîne par une scène de cul, laquelle est suivie, cela va de soi, d'une analyse comparative entre, d'un côté, l'ex-maire de New York Rudolph Giuliani et son combat pour mettre le «nichon» hors-la-loi et, de l'autre, Adolf Hitler et sa croisade antitabac. Enfin, pour ceux qui sont encore debout à cette heure-là, vas-y que je te chante Thalès de Milet, saint Augustin et la «beauté mélancolique du Danube». Bon. Mais de quoi s'agit-il ? Où sommes-nous ? Ce Roi des juifs, document livré sans oreiller et sans aspirine, est pourtant censé traiter d'un cas aussi célèbre que Billy the Kid, une vedette sur l'Olympe de la canaille : Arnold Rothstein, flambeur de compétition (cartes, dés, chevaux) et financier de la pègre new-yorkaise dans le premier tiers du XXe siècle...


  • La revue de presse Philippe Garnier - Libération du 19 janvier 2006

Nick Tosches, connu jadis pour transformer de façon savoureuse l'érudition en bel arte, et transcender ses sujets les plus décourageants (Dean Martin, par exemple) par des fresques culturelles réellement originales, est de son propre aveu fatigué du petit jeu. Après le numéro de suicide littéraire que constituait In the Hand of Dante, il nous propose aujourd'hui la philologie et l'étymologie comme numéro de cabaret.

«Pourquoi j'écris ça, et pourquoi le lisez-vous ? Qu'est-ce qu'on fout là ? On devrait foutre le camp d'ici, sortir et vivre un peu.» Ceci page 311, avec beaucoup de blanc autour. Sur la première page, il prévenait, parlant du sujet nominal de King of the Jews, le portefeuille du vice Arnold Rothstein : «Je ne suis ici ni pour faire l'éloge de cette ville telle qu'elle vivait et respirait, ni pour chanter les louanges de cet homme. Mort c'est mort. Je suis ici ­ comme lui, comme tout le monde ­ pour faire du pognon.» Et de citer un acolyte de Rothstein, Louie the Lump.

Rothstein est une figure élusive du paysage new-yorkais du début du siècle, même s'il a laissé beaucoup de traces. «Le plus grand joueur qui ait jamais existé.» Le financier des premiers trafics d'héroïne du pays. L'argent derrière toutes les manigances de Tammany Hall, la machine municipale notoirement corrompue de Manhattan... Rothstein est mort en 1928, tué de plusieurs balles dans le ventre au cours d'une partie de poker. On n'a jamais su par qui, ni pourquoi. «Et on ne le saura jamais», intime Tosches dont le tambourin, depuis plusieurs livres déjà, est que la vérité est illusoire, que les biographies sont pour les gogos et les escrocs de l'édition répètent les mêmes fabrications de livre en livre. Il passe beaucoup de temps à railler ses prédécesseurs, à les prendre en faute et délit de caviardage, se contentant pour sa part d'amener «ce qu'on peut savoir», c'est-à-dire les traces publiques, les rapports de médecins légistes, les comptes rendus de tribunaux, les contrats, les enregistrements de Cour des comptes... le livre ne s'appelle pas Roi des juifs pour des prunes. Certes, Tosches met le doigt, après beaucoup d'autres, sur l'antisémitisme foncier d'un Fitzgerald ou d'un Henry Ford (dans le cas de ce dernier, la ferveur qu'il mettra à vouloir «nettoyer le base-ball» après le scandale White Sox de 1919 le mènera à plus néfaste propagande ­ et «racisme à la chaîne» ;...

Tosches est pourtant drôle, souvent (il reste, après tout, chansonnier de bibliothèque)...


  • La revue de presse Marc Lambron - Le Point du 19 janvier 2006

«Le roi des juifs», a une apparence : celle de la biographie d'Arnold Rothstein, abattu le 4 novembre 1928 à New York à l'âge de 47 ans. Qui était «Ace» Rothstein ? Probablement le plus grand gangster de l'ère du jazz. Ce petit-fils de bonnetiers bessarabes, racketteur industriel, truqueur de championnats, maître des trafics d'alcool et d'héroïne, empereur de la pègre de Broadway, inspira à Fitzgerald le personnage de Meyer Wolfsheim dans «Gatsby». En bon enquêteur, Tosches fait parler ici les archives - articles d'époque, interrogatoires de justice, rapport d'autopsie. Tout cela, confondant de précision spectrale, pourrait paraître attendu. Mais il y a autre chose. Dès le début du livre, par inserts panoramiques, on trouve en parcours parallèle une histoire du peuple juif, de Moïse aux guichets d'Ellis Island, d'une Terre promise à l'autre. New York est-elle Babylone ou Canaan ? Les sicaires à mitraillette sont-ils des saints ou des damnés ? Pour raconter la vie d'un gangster de haut vol, Tosches se fait l'archéologue de Babel : en croisant un double récit d'origine, celui de la Bible et celui de Manhattan, il dégage avec Rothstein le possible profil d'un mafieux christique, qui tenait sous sa tutelle Lucky Luciano, Meyer Lansky et Frank Costello, «unissant les juifs aux chrétiens», roi dont le chapeau mou cachait une couronne d'épines.

A lire Tosches, on a parfois l'impression de suivre un évangéliste fou, rêvant de planter sa croix sur une colline de bookmakers et de filles perdues... A la fin, on voit Tosches déposer une pierre sur la tombe d'Arnold Rothstein...


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