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Traducteur : Françoise Robin
Date de saisie : 16/07/2007
Genre : Folklore Moeurs et coutumes
Editeur : Langues et mondes-l'Asiathèque, Paris, France
Collection : Bilingues L & M, n° 14
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-915255-33-1
GENCOD : 9782915255331
«Voici l'histoire que le cadavre Ngôdrup-chàn raconta :
Jadis, quelque part, il y avait six jeunes gens, un fils de chasseur, un fils de médecin, un fils d'artiste, un fils d'astrologue, un fils de charpentier et un fils de forgeron, qui scellèrent une amitié fraternelle. À la suite de leur père, chacun apprit son propre métier. Tel le jeune aigle qui a maîtrisé l'art du vol et le jeune canard celui de la nage, chacun s'appliquait à sa tâche chez soi puis jouait avec les autres. Un jour, ils discutèrent et tombèrent d'accord :
Le proverbe dit : "Adulte, le garuda fend les airs; le ciel a beau être très vaste, il n'a pas peur. Adulte, l'homme arpente le monde ; la terre a beau être très vaste, il n'a pas peur." Nous sommes dans ce cas-là. Les yeux s'ouvrent quand on fait le tour du monde en l'observant. Les six jeunes gens étaient tous intelligents, très courageux et à même de concrétiser leurs projets, aussi chacun partit-il de chez soi pour regarder le spectacle du monde. Grâce à leurs connaissances, ils firent une tournée d'observation du monde, dans le jeu et la bonne humeur, ne rencontrant pas de difficulté à se nourrir, se vêtir, et se loger. Ils virent beaucoup de choses qu'ils n'avaient jamais observées auparavant...»
Arrivé à ce point de l'histoire, Dechô Sangpo demanda : «Et alors, la démone a-t-elle fait du mal à Sermotso ou non ? Le cadavre Ngödrup-chän s'exclama : «Des paroles se sont échappées de la bouche du garçon dont le bon karma est épuisé !», et il s'en retourna au charnier Silwatsàl en volant.
Extrait de l'avant-propos :
«La société tibétaine était jusque dans les années cinquante - et elle l'est, dans une moindre mesure, aujourd'hui encore - traditionnellement agricole ou pastorale-nomade', peu dense, très peu industrialisée et presque totalement rurale (la capitale Lhasa ne comptait guère que trente mille habitants avant 1950). Comme dans toute société de ce type, les contes, mystères, apologues, histoires, fables, légendes (la taxinomie tibétaine est floue et polysémique) occupaient et occupent toujours une place importante au quotidien, tant dans la formation de l'individu que dans la construction d'une identité collective, à travers la diffusion de valeurs et de figures de référence partagées par tous...»
Extrait de l'avant-propos :
La société tibétaine était jusque dans les années cinquante - et elle l'est, dans une moindre mesure, aujourd'hui encore - traditionnellement agricole ou pastorale-nomade, peu dense, très peu industrialisée et presque totalement rurale (la capitale Lhasa ne comptait guère que trente mille habitants avant 1950). Comme dans toute société de ce type, les contes, mystères, apologues, histoires, fables, légendes (la taxinomie tibétaine est floue et polysémique) occupaient et occupent toujours une place importante au quotidien, tant dans la formation de l'individu que dans la construction d'une identité collective, à travers la diffusion de valeurs et de figures de référence partagées par tous.
Les lecteurs occidentaux ont un accès relativement restreint aux oeuvres de cette tradition. On doit à Alexandra David-Néel et son fils adoptif Lama Yonden une traduction très adaptée et résumée de l'Épopée du héros, guerrier et saint Gesar, qui a le mérite d'être traduite directement du tibétain. Il y a un demi-siècle, Rolf A. Stein a proposé, quant à lui, la traduction intégrale d'un épisode célèbre de ce cycle interminable (plus de cent quarante volumes à ce jour) et, si l'on peut dire, «in-terminé», puisque toujours en élaboration en quelque endroit des hautes terres tibétaines. Des contes populaires tibétains ont bien été traduits et publiés, mais ces initiatives risquent de laisser les lecteurs sur leur faim pour plusieurs raisons : certains textes renferment des éléments culturels étrangers au monde qu'ils décrivent, faisant douter de leur origine. Il arrive par ailleurs que le texte de départ soit si adapté à un lectorat occidental qu'il en perde sa saveur originale. Il est courant aussi que les récits proposés soient traduits de l'anglais, du chinois ou d'une autre langue, alors que la traduction directe du tibétain est le meilleur garant d'une fidélité à l'esprit de ces contes. Quelques traductions intéressantes ont paru dans des revues confidentielles ou anciennes, et sont donc inaccessibles au grand public. Enfin, certains contes, effectivement traduits du tibétain, sont en réalité des traductions de textes sanskrits dont l'arrière-plan indianisant n'évoque nullement la culture tibétaine. Une exception se détache de cet ensemble : les Matériaux pour l'étude de la littérature populaire tibétaine, d'Alexander Macdonald. Ce titre désigne un ensemble de vingt et une histoires (en deux volumes) qui ont plusieurs points communs avec les Contes facétieux du cadavre ici présentés, car des deux côtés il s'agit d'une variante d'un cycle narratif et littéraire plus large, les Contes du cadavre.
À l'instar d'une partie importante de la littérature narrative et populaire tibétaine, ce cycle trouve ses origines en Inde ; il est inspiré des célèbres Contes du vampire (ou vetäla) indiens, dont la plus célèbre version, traduite en français par l'éminent sanskritiste et indologue Louis Renou, fut publiée en 1963. La trame est la suivante : un ascète offre des pierres précieuses inestimables à un souverain, qui s'enquiert auprès de son bienfaiteur de ce qu'il peut lui offrir en échange. Ce dernier lui demande de se procurer un cadavre enchanté pendu à un arbre, situé dans un charnier lointain et terrifiant ; grâce à ce cadavre, l'ascète pourra obtenir des pouvoirs surnaturels, des siddhi. Le roi, surmontant sa peur, s'exécute et parvient à capturer le cadavre enchanté.
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