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Auteur : Alessandro Piperno
Traducteur : Fanchita Gonzalez Batlle
Date de saisie : 12/01/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : L. Levi, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-86746-395-2
GENCOD : 9782867463952
Iconoclaste, provocateur, politiquement incorrect, ce roman dresse le portrait d'une famille de la bonne bourgeoise juive roumaine, les Sonnino. Tout d'abord Bepy, qui à la sortie de la guerre préfère oublier le "clownesque couple" Mussolini-Hitler pour revenir à une scintillante et futile existence dans laquelle les femmes, surtout celles de ses amis, occupent la place centrale. Il ne comprendra jamais pourquoi son fils cadet Téo, doué et séduisant, choisit d'aller vivre "dans ce pays insensé dénommé Israël". Heureusement son aîné, Luca s'inscrit dans la lignée paternelle : manteau croisé en cachemire, Porsche Carrera et fréquentation assidue de la business class. Quant à son petit-fils Daniel, le narrateur issu d'un improbable mariage mixte, il est pris dans un insoluble dilemme : "être juif pour les gentils et gentil pour les juifs". Handicap auquel viendront s'ajouter sa timidité sexuelle et son incapacité à entreprendre la belle Gaia, dans le tourbillon de la jeunesse dorée romaine.
Né à Rome en 1972, Alessandro Piperno publie en 2000 un essai intitulé Proust antiebreo (Proust antijuif). Avec les pires intentions est son premier roman.
Quasiment tous les personnages de ce roman sont beaux, riches et, jusqu'à un certain moment, en bonne santé. Un certain nombre d'entre eux sont même, injustice suprême, doués pour le bonheur, le champion toutes catégories étant sans aucun doute Bepy, le patriarche de la famille, qui, jusque sur son lit de mort, fera preuve d'un bel appétit sexuel. Un qui n'est pas doué pour le bonheur il porte cette absence de talent à un degré remarquable , c'est Daniel, narrateur et petit-fils de Bepy...
Daniel, donc, n'est pas doué pour le bonheur, il en a l'intuition très tôt à propos d'un moment d'extase sexuelle aux alentours de ses 15 ans, il parle d'une «nuit où chacun a cherché à exprimer ce qu'il avait en lui, (...) à tirer ses dernières cartouches avant que le long hiver fait des interdits du surmoi n'étende ses mains menaçantes sur notre vie» et le lecteur lui-même le pressent depuis le début, depuis que Daniel essaie vainement, empêché qu'il est par des digressions proustiennes, ou rothiennes, de nous raconter un épisode désastreux de son adolescence («Car on ne se libère pas facilement de certaines humiliations. Il n'y a jamais prescription pour certaines impressions merdiques de l'adolescence. Elles restent collées à vous pour toujours»)...
On peut lire Avec les pires intentions comme une tragi-comédie à l'humour cruel ou comme une chronique de la frustration, sexuelle, amoureuse et existentielle. C'est surtout la mise à nu d'un narrateur obsédé sexuel et impuissant affectif qui, des années après le péché originel, une action commise à la fin de son adolescence, reste prisonnier non pas de la culpabilité, mais de la honte, et d'un sentiment d'extériorité, d'inadéquation.
C'est drôlissime, souvent féroce, et surtout magnifiquement écrit : avec ce premier roman qui vaut son pesant de Philip Roth, Alessandro Piperno (né à Rome en 1972) vient de jeter dans le chaudron de la littérature italienne les piments dont elle était cruellement privée. Daniel Sonnino, le narrateur, est une sorte de Portnoy transalpin : ce demi-juif à l'âme passablement cabossée nous raconte comment, au fil d'une adolescence foireuse, il a vu sa vie «filer sur des voies mortes» parce qu'il a eu le tort de naître dans une famille foldingue de la haute bourgeoisie romaine... C'est dans cette tribu déjantée, tiraillée entre dolce vita et trahisons conjugales, que le malheureux Daniel a dû se dépatouiller en ruminant ses complexes sexuels et ses frustrations de masturbateur fétichiste. Avant qu'une sirène «au regard couleur de brise marine», la divine Gaia, ne surgisse des flots sur un Chris-Craft d'acajou pour lui mettre le feu au coeur...
Dans la famille Sonnino, je demande le grand-père : Bepy. Celui qui a toujours en tête cette maxime définitive : «Mieux vaut puer la merde que la pauvreté.» Après avoir échappé aux camps de concentration, Bepy a voulu rayer le passé pour plonger dans la frivolité. Il a eu deux fils : Luca, genre Porsche avec costume Armani, et Teo, un ovni qui préfère partir vivre en Israël une existence moins «pécheresse». Quant au petit-fils, Daniel, le narrateur, il se débat depuis l'enfance entre une mère catholique et un père juif. Faut-il y voir un rapport avec sa timidité sexuelle ? Avec les pires intentions est un roman de formation, ou - comme l'explique son auteur - de «déformation»,... Voici donc un roman décapant et drôle. La bourgeoisie romaine n'en sort pas grandie mais définitivement sympathique...
La littérature italienne est une belle endormie qui a perdu sa sulfureuse insolence depuis que Moravia s'est envolé. Avec Alessandro Piperno, elle a retrouvé son enfant terrible : cet universitaire de 33 ans a puisé dans le Vésuve ce qui reste de feu et de foudre pour signer un premier roman explosif, de bout en bout jubilatoire. Sujet : une autopsie drôlissime de la bourgeoisie romaine, sous le scalpel d'un entomologiste qui dit avoir beaucoup appris chez Philip Roth, le maître en autoflagellation. Sur ce terrain, Piperno est inimitable et son brûlot - sans doute autobiographique - a suscité pas mal de polémiques dans la presse transalpine, à cause des aphorismes scandaleux qu'il sème à tour de bras. Celui-ci, par exemple : «Les pédales sont comme les juifs et les Noirs : c'est bien d'aimer l'idée qu'ils représentent, c'est bien de savoir qu'ils existent, mais c'est absolument choquant de les fréquenter.»... Loin, très loin des bons sentiments.
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