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Auteur : Louise Desbrusses
Date de saisie : 24/07/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-84682-124-7
GENCOD : 9782846821247
On est ce qu'on fait. On le fait. Puis on le devient. Vous allez chercher ce travail (vous détestez ce travail). Quand il s'agit d'être raisonnable, jamais vous n'hésitez. (N'hésitez vous pas ?). Non. Tenir. L'argent, l'urgence. Vous tiendrez, croyez-vous (croire, vous aimez). Tiendrez-vous ? Vraiment : tiendrez-vous. Tenir. Ne pas tenir. N'existe-t-il pas autre(s) chose(s). Pensez-y. (Y pensez-vous ?) Vos rêves, égoïstes, fantaisistes, irréalistes (qu'ils disent Tous)à. Vos rêves. Laisserez-vous vos rêves. Agir.
Voilà, elle l'a obtenu, ce travail ! Un boulot bien payé qui va assurer l'ordinaire, effacer les dettes, calmer le jeu. Il le fallait car, à la maison, il y a l'homme-à-élever, un garçon si fragile avec «son admirable façon de ne pas gagner d'argent et d'en souffrir si fort». Elle n'avait pas le choix : «L'argent, l'urgence...» Elle créait dans son atelier, elle devient conceptrice. Elle ignorait les horaires, elle découvre le grand immeuble de verre, le badge, l'assistante et les collègues en chemise rayée. Désormais, elle ne pense plus, elle a signé son contrat et tout le monde l'envie, juste au moment où elle s'apprête à hurler à la mort. Louise Desbrusses ne se contente pas d'observer le monde du travail, de narrer des anecdotes, de raconter le quotidien : elle dit le fond du gouffre, la course contre le temps, l'envie de respirer moins vite et les tentatives d'évasion qui échouent lamentablement... Voici un premier roman qui pourrait aussi se lire à voix haute car il est intime et théâtral, déprimant et vivifiant, tragique et drôle. Un livre à offrir à ses meilleurs amis... et à ses collègues de bureau.
Louise Desbrusses sort de nulle part... Et il importe assez peu, pourvu que son livre remue là-dedans certain je-ne-sais-quoi dont nous sommes tout émus. Mais «ému» au sens de «motivé», ce que devrait être toute bonne émotion, un moteur à se lever le matin et à refaire le monde, ou du moins à l'entretenir d'un petit coup de pinceau. Cela finit d'ailleurs par arriver à la page 105, ce coup de neuf donné au quotidien, raison pour quoi on ne vous racontera pas l'histoire au-delà de cette page. Et curieusement, dans ce livre si politique, si emmerdé de la lourdeur vichyste d'aujourd'hui, la solution ne sera pas critique, mais apolitique, amoureuse. Après tout, pourquoi pas, la littérature et le cinéma (honorables) de l'Occupation ne se confondent-ils pas en merveilleux et en échappatoire ?
C'est donc l'histoire d'une femme qui a un atelier, elle crée, ça ne rapporte rien. Elle prend un emploi à cause de «l'argent, l'urgence». Elle sera officiellement chargée d'améliorer les produits créés par les incompétents qui la dirigent... Elle a un compagnon, en outre, qu'elle appelle «l'Homme-à-élever», il passe des entretiens, il n'y arrive pas, il se complaît dans le rôle de l'homme au foyer et aux petits soins. Elle résiste comme elle peut, symboliquement, infantilement, préférerait ne pas signer son CDI, ne pas prendre un badge d'accès à la firme. En cette époque de disette, ses amis l'envient, ne la comprennent pas. Pendant ce temps, elle glisse dans la mort lente de l'ennui. Tout lui pèse... Roman de la décomposition et de l'empêtrement, du moins jusqu'à un certain point, l'Argent, l'urgence se remarque aussi et surtout par sa forme. L'histoire n'est pas racontée, elle est dite, vécue, mimée...
Passé l'effet de surprise, le lecteur est conquis. La hachure des phrases, la rugosité de la langue, la saccade du rythme donnent à ce premier texte un son très singulier qui aspire et envoûte. L'emploi systématique de la deuxième personne du pluriel - «Vous sortez d'un entretien d'embauche» - et de commentaires entre parenthèses - «Vous décidez d'y aller (assez forte et tout, l'argent, l'urgence et la raison, j'en passe et des meilleures)» - le tiennent en permanence à distance, le doublent d'un écho sarcastique et persifleur, lui donnent une énergie hors du commun, une vitalité confondante... Pris dans le galop du texte, le lecteur suit jusqu'au bout le sursaut et la libération de cette femme qui n'hésitera pas à tout faire voler en éclats - à l'instar de l'auteur, qui prend tous les risques dès son premier roman. Et s'en tire haut la main.
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