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Auteur : Chahdortt Djavann
Date de saisie : 20/01/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Flammarion, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-08-068916-0
GENCOD : 9782080689160
Roxane arrive à Paris. Comme bagage, elle n'a que son enthousiasme, sa naïveté, son désir et sa rage d'apprendre le français. Elle veut devenir française par la langue. Mais la langue française se révèle implacable, une compagne infidèle. "Quelle belle garce cette langue, la plus belle. Quelle belle grâce cette langue, la plus belle." Les bribes d'une enfance iranienne troublent son monde parisien. Les souvenirs murmurent tout bas. Elle se découvre un confident mythique : Montesquieu. Elle se raconte et raconte le monde d'aujourd'hui à l'inventeur des Lettres persanes. Dans une écriture où l'imaginaire se confond avec le réel, où la drôlerie et la fantaisie le disputent à la mélancolie et à l'amertume, la vie d'une jeune femme est mise en scène une femme qui connaît le prix à payer pour ne pas perdre pied face à la réalité. Ce roman, souvent proche du conte, impressionne par la légèreté, l'humour et la sobriété de ton. Un roman de formation. Une histoire à suivre.
Née en 1967, Chahdortt Djavann vit depuis 1993 à Paris. Son premier roman, Je viens d'ailleurs, a été publié en 2002. A l'automne 2003 elle publie un pamphlet de grande résonance Bas les Voiles ! et un deuxième roman Autoportrait de l'autre, suivis par son essai Que pense Allah de l'Europe ? en 2004.
On garde en mémoire son pamphlet contre le foulard islamique «Bas les voiles !», mais c'est en romancière que Chahdortt Djavann, née 1967 en Iran, fuyant son pays pour Istanbul, puis Paris, où elle est installée depuis 1993, a publié, en français, «Je viens d'ailleurs» en 2002, suivi d'un «Autoportrait de l'autre». «Comment peut-on être français ?», son nouveau roman, largement autobiographique, revient sur cet apprentissage du français...
Comment peut-on être française (l'auteur l'est devenue) d'origine iranienne ? En réinventant Roxane, pour user, ingénument et ingénieusement, de sa liberté d'expression.
Le psychiatre de Sainte-Anne est formel : Montesquieu est mort en 1755, lui écrire des lettres dans les années 2000 n'est pas «normal». C'est même le signe que ça ne tourne pas rond et qu'un internement s'impose. Le psychiatre n'est pas un méchant homme, il est français, rigoureux, pragmatique, il tient que le cachet de la poste fait foi et qu'il convient de ne pas déranger les morts, surtout les morts célèbres, avec des missives intempestives.
Roxane ne répond pas au médecin. Elle est iranienne et pense que les rêves éveillés ont toujours raison du principe de réalité. Elle poursuit donc son secret et fertile commerce avec le président du parlement de Bordeaux : «Je sais bien qu'il vous est impossible de recevoir mes lettres, mais ce n'est pas si important que ça.» Et elle a ce mot merveilleux : «Je crois que, si vous pouviez recevoir mes lettres, je n'aurais jamais osé vous les envoyer...» Imparable.
Roxane est née en Azerbaïdjan, dernière fille d'un père très âgé, elle a grandi à Téhéran, sous le régime honni des mollahs, et, après avoir été violée par des pasdarans, des gardiens de la révolution, elle fuit son pays pour se réfugier à Istanbul. A 25 ans, elle arrive en France... Les pages qu'elle envoie à l'auteur des «Lettres persanes» sont les plus belles de ce roman sur l'utopie où Chahdortt Djavann a rassemblé ses propres colères, ses illusions perdues et ses rêves exaucés. Mieux qu'un témoignage, c'est un conte. Il en a la feinte naïveté, la vraie pureté et la vertu parabolique... «Comment peut-on être français ?» ajoute, à la gratitude des hommes en exil, le courage d'une jeune femme qui déclare sa flamme à une vieille France dont on peut se demander si elle la mérite vraiment.
Dans le passé récent de Roxane, il y a un événement qui s'est déroulé à Ispahan et qu'elle veut oublier. Dans son passé familial, il y a Pacha Khân et les montagnes de l'Azerbaïdjan iranien. Roxane est la petite-fille de Pacha Khân, qui a fait ses études à l'école française de Tabriz et «parlait "parissii", ce qui voulait dire "parisien" en turc azéri». Roxane, elle, ne parle pas un mot de parisien quand elle débarque à Paris. La première révélation de sa nouvelle vie se produit au supermarché. «Au Monoprix de l'avenue du Général-Leclerc, elle éprouva, pour la première fois, ce sentiment intime et irréfutable : elle était du tiers-monde... /... Roxane n'a pas d'amoureux, pas d'amis, à peine des voisins. A Paris, les gens marchent d'un pas rapide, dans le métro, personne ne regarde personne, «comment peut-on maîtriser son regard au point de ne jamais croiser celui d'un autre ?». Faute de parler à un être humain, elle décide de s'adresser à l'auteur des Lettres persanes. «Pour ma part, écrit-elle à Montesquieu, je ne me suis jamais sentie à ma place, pas plus en Iran, dans ma famille, que dans ma chambre, à Paris.» Comment peut-on être persane en France, quand on n'y connaît personne et qu'on a quitté son pays dans des conditions telles qu'on ne peut même pas y penser avec nostalgie, sauf une fois, «les paysages de l'Iran ont l'odeur de mon enfance», écrit-elle. Le jour où elle réalise «cette terre m'est étrangère, je suis étrangère aux autres et à moi-même», elle se retrouve à Sainte-Anne avec les fous...
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