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Auteur : Yasmine Ghata
Date de saisie : 20/08/2004
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-213-62053-4
GENCOD : 9782213620534
«Ma mort me fut aussi douce que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l'encrier, plus rapide que l'encre bue par le papier.» Ainsi parle Rikkat, la calligraphe ottomane, d'une voix flottant entre ombre et lumière, alors qu'elle entreprend le récit de sa vie.
En 1923, adolescente, elle sait déjà que rien ne pourra la détourner de la calligraphie. Pourtant, la même année, rompant avec l'Islam, la république d'Atatürk abolit progressivement la langue et l'écriture arabes au profit d'une version modifiée de l'alphabet latin.
Serviteurs d'Allah et des sultans, les «ouvriers de l'écriture» sont mis au rebut et leurs écoles délaissées. Dans l'une d'elles se croisent Selim, l'ancêtre virtuose, et Rikkat, chargée de fournir papier et roseaux taillés à ces vieillards tenus en mépris par le nouveau régime. Le suicide de Selim va sceller un pacte inviolable entre la jeune élève et l'art des calligraphes. Avant de mourir, l'homme lui a légué son écritoire et son encre d'or, et il lui lèguera bien davantage au cours de ses facétieuses visites d'outre-tombe.
Mais la passion de la calligraphie possède Rikkat autant qu'elle la dépossède : sa vie de femme et de mère n'est qu'une succession de ruptures et d'abandons. Et c'est toujours dans l'écriture qu'elle s'épanche, communiquant alors aux arabesques une émotion qui humanise et modernise cet art immémorial.
Mêlant le monde méconnu des pratiques scripturales - royaume de l'étrange et du mysticisme - et la Turquie contemporaine livrée aux influences occidentales, Yasmine Ghata signe un premier roman classique et inspiré.
... Yasmine Ghata, qui a étudié l'histoire de l'art islamique, se tourne vers Rikkat, cette femme ottomane extraordinaire - au demeurant sa grand-mère - qui, dans la Turquie laïcisée d'Atatürk, poursuit obstinément son travail de calligraphe. La calligraphie arabe et religieuse - la langue des hommes est d'abord celle du Dieu de l'islam - n'est alors plus à l'ordre du jour. Pourtant Rikkat, qui vit dans l'enchantement de l'encre, des caractères dessinés et de ses roseaux taillés, choisit de sacrifier sa vie à son art... Sensuel et sensible, La Nuit des calligraphesest d'abord un beau portrait de femme. L'écriture classique de Yasmine Ghata soutient avec élégance un récit où l'irrationnel, le secret, la solitude voire le désespoir s'expriment en toute discrétion. La somptueuse graphie de l'aïeule coule doucement dans les mots de la petite-fille.
L'histoire. «Je me suis éteinte le 26 avril 1986, à l'âge de 83 ans.» Au fil des pages, le lecteur apprend que la défunte s'appelle Rikkat Kunt et qu'elle est originaire des rives du Bosphore. Sa mort fut «aussi douce que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l'encrier» : Rikkat était calligraphe à une époque où cet art ancestral était réservé aux hommes. Au cours de son existence, le calame devint le prolongement de sa main... Rikkat, mère de deux fils, s'est vouée corps et âme à la calligraphie. Véritable sacerdoce insufflé par le vieux Selim, maître suicidaire qui lui laissa en héritage ses outils et son savoir, et fit de l'apprentie une enseignante réputée... On aime le bel hommage à sa grand-mère et le climat magique du récit... L'auteur réussit à transposer par les mots le rituel de la calligraphie, l'art d'éblouissants pleins et déliés.
Une stèle s'agite doucement. Il en sort une voix douce et délicate, érotique et posée. Incontestablement, dès les premières lignes, l'âme d'une écriture. La nuit des calligraphes est le premier roman de Yasmine Ghata. Il est né d'une rencontre, en 2000, lors d'une exposition de calligraphie... La future romancière découvre alors, au hasard d'une vitrine, une calligraphie de sa grand-mère paternelle, une femme turque qu'elle savait artiste, mais pas calligraphe. Intriguée par ce clin d'oeil hors du temps, elle ne pourra affronter le mystère de ses origines qu'en prenant à son tour la plume pour se faire écrivain... «Dieu ne s'intéresse pas à l'alphabet latin», affirme Rikkat, qui manie le calame et l'encre aux feuilles d'or. Mais qu'en sait-elle ? Et quel besoin la perfection divine aurait-elle de ce souffle, de ces pleins, de ces déliés superfétatoires ? Dieu peut-il être orné ? Autant de questions que Yasmine Ghata se pose, honnête, touchante, dans un premier roman qui, on l'espère, marquera le début d'une oeuvre subtile et loin des modes à la française. Elle est d'ores et déjà, parmi les 121 premiers romanciers de cette rentrée, un écrivain qui compte.
La voix d'outre-tombe nous parvient, comme par grâce : «Ma mort me fut aussi douce que la pointe d'un roseau trempant ses fibres dans l'encrier, plus rapide que l'encre bue par le papier.» Sa vie, Rikkat Kunt, calligraphe turque, l'a vouée au surgissement de la beauté dans le dessin du corps de la lettre. Quand son maître Selim se suicide, il lui lègue ses instruments - plumes et écritoire. Rikkat, qui, tout en tendant vers la divinité, reste humaine, a dans sa quête pour unique soutien le fantôme de Selim. Il vient la visiter tout au long du roman : il est l'Ami... De ce va-et-vient entre la matière et le mystère, dans la pureté d'un style classique et sensible, jaillit, comme d'une lampe dont on révélerait la splendeur en la frottant, l'esprit de Rikkat.
A 83 ans, Rikkat Kunt, calligraphe ottomane réputée pour avoir modernisé son art, un temps menacé par la jeune République turque, vient de rejoindre les limbes où vagabondent les âmes des "ouvriers de l'écriture". C'est là, aux frontières du monde, dans l'entre-deux où la "mémoire est intacte" et les "souvenirs plus tangibles que la réalité", que l'on découvre la narratrice du beau roman de Yasmine Ghata.
"Ni cri ni larmes. Ma mort fut aussi douce que la pointe du roseau trempant ses fibres dans l'encrier, plus rapide que l'encre bue par le papier." Douce, paisible, comme les premières lignes de ce monologue sensible et émouvant qui semble épouser, plus que la voix de Rikkat, le souffle qui dirigea sa main et gouverna son destin. Jusqu'au crépuscule d'une existence marquée par le désamour, l'abandon, l'exil, la perte et finalement la maladie qui la priva, dans ses derniers jours, du seul don qui enlumina toute sa vie : la calligraphie... Yasmine Ghata livre en creux le portrait d'un pays - la Turquie - en proie aux assauts de l'occidentalisation. Et, à la croisée des mondes, entre réalisme et mysticisme, la jeune romancière (née en 1975) experte en histoire de l'art islamique sait nous insuffler sa passion pour cet art ancestral.
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