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Auteur : Jean-Marie Laclavetine
Date de saisie : 26/08/2004
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-07-077208-7
GENCOD : 9782070772087
... S'il situe l'action de son nouveau roman dans une gare, c'est maintenant en démiurge que l'écrivain se présente. «Matins bleus» raconte une journée de la vie dans une gare de 6 h 30 à 17 h 08. Dans la salle des pas perdus, il suit les héros anonymes d'histoires simples. La force de Laclavetine, c'est de descendre dans le coeur des hommes et d'en décrire, par le menu, les fêlures, les espoirs...
Une gare. S'y croisent des riches, des pauvres, des jeunes, des vieux... Certains sont heureux, d'autres pas. C'est la vie. Salle des pas perdus, Jean-Marie Laclavetine s'est donné rendez-vous avec cette vie-là, affolante, attendrissante. Il s'est entiché de cette foule d'inconnus et la sort de l'anonymat avec un roman choc : construction subtile pleine de suspense, rythme trépidant, écriture maligne, insolente, et, diantre, que cela est jubilatoire ! Matins bleus est un livre marathon, une course effrénée dans le monde d'aujourd'hui. L'auteur construit son texte selon les codes de la tragédie : unité de temps - une journée, de 6h30 à 17h08 -, unité de lieu - une gare, banale à crever -, mais action à gogo... L'écrivain (également éditeur) ne manque pas de toupet. Il lance quelques piques au politiquement convenu, aux modes littéraires voyeuristes médiatisées à outrance, à ces «fiction-vérité, récits autobiographiques, tranches de vies saignantes servies à l'étal du quotidien» qui empoisonnent la littérature...
Les gares de spécialité ferroviaire ont de tout temps fasciné les écrivains... Il s'est même trouvé un poète anglais, à peine le premier tortillard avait-il craché ses escarbilles dans les poumons victoriens, pour annoncer que dans la faveur des foules, les gares remplaceraient un jour les cathédrales. Il ne s'était pas trompé. C'est sur ce triage du piétinement humain que, tel un peintre dans sa nacelle, sous la coupole gigantesque d'une gare parisienne, s'est penché Jean-Marie Laclavetine dans un vertigineux roman, «Matins bleus». La salle des pas perdus est le plus mystérieux des théâtres,... Quelques silhouettes pourtant résistent au toboggan et s'y installent même, composant des personnages auxquels on s'attache très vite... Une histoire s'invente au coeur même du chaos, une intrigue se noue là même où rien ne tient, où tout se perd et court au néant. Une horloge organise le hasard et martèle, d'un bras très sûr, sa sourde menace. C'est sûr, les jurys vont se bousculer au compostage.
Ne pourrait-on pas transformer le titre en Matins blues. Le spleen des musiciens de jazz imprègne ce livre dont l'auteur, Jean-Marie Laclavetine, s'est installé dans la gare comme un cinéaste plante sa caméra. Mais il va plus loin que les désormais «concerts» de la nouvelle vague, entichés de plans extérieurs, parce que son regard scrute même le vide, à la manière des caméras de télésurveillance qui enregistrent tout, y compris les bancs vides sur les quais. Aucun cinéaste ne parvient mieux, que M. Laclavetine, à filmer la solitude abyssale que ces objectifs braqués sur le quotidien le plus anonyme. Cette tentative d'explorer totalement un lieu est à la fois proche de Georges Perec et de Peter Handke qui, dans la pièce L'heure où nous ne savions rien de l'autre, décrit la vie d'une place publique sur le double thème de l'errance et de l'incommunicabilité... Selon son humeur et sa curiosité, M. Laclavetine fait des arrêts sur image dès qu'une présence s'impose au sein de la fourmilière... On lit ces pages comme on regarde un sablier se vider. Le narrateur parvient à nous faire ressentir l'inéluctable marche du temps, ce qui procure une douce angoisse que l'on a l'illusion de maîtriser puisque l'on connaît par avance l'issue... L'habileté de ce roman cubiste - puisque tant de facettes... - consiste à s'ouvrir sur le plongeon suicidaire d'un individu qui s'élance du haut de la verrière du bâtiment, d'où un gros plan sur la foule distraite. A la fin, un doute subsiste. De sorte que l'on se demande si tout ce que nous lisons n'appartient pas à la conscience du désespéré, nouvel Icare qui découvre toute vérité avant de mourir...
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