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Auteur : Marc Fumaroli
Date de saisie : 18/08/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Bibliothèque des idées
Prix : 35.00 € / 229.58 F
ISBN : 978-2-07-072985-2
GENCOD : 9782070729852
«Les exercices de lecture que j'ai réunis dans ce volume ont été écrits, et parfois réécrits, au cours de longues années. Les oeuvres, ou les groupes d'oeuvres, auxquels ces exercices s'appliquent, essais de tous ordres, mémoires, récits de voyage, tragédies, poésies, romans, s'étendent du XVIe au XIXe siècle. Certaines de ces oeuvres figurent parmi les classiques de la littérature française. D'autres, le plus grand nombre, voisinent plus ou moins étroitement avec ces "sommets" aperçus de tous et contribuent à les éclairer. S'il fallait trouver après coup un fil conducteur à ces exercices, dont chacun a été conçu pour lui-même et peut être lu à part, ce serait la fonction de la littérature en France comme lien de civilisation entre individus jaloux de leur individualité, fonction qui l'a mise en concurrence avec sa mère et rivale, l'Église et la religion chrétienne.
D'exercice en exercice, absorbé et éveillé chaque fois autrement, je ne me suis jamais proposé d'échafauder une théorie de la littérature, ni une méthode de critique littéraire, mais de découvrir dans chaque cas la juste distance de regard et d'écoute qui replace en leur lieu, en leur heure, en leur humeur propre, l'oeuvre ou le groupe d'oeuvres qui m'ont retenu, afin d'en recueillir le murmure intime ou les intentions communes. C'était prendre le risque de l'extrême diversité, voire de l'éclatement, mais c'était aussi aller au-devant de la chance de ressaisir des fidélités insistantes et fécondes, rajeunies pendant de nombreuses générations.»
Marc Fumaroli.
Du haut de ce volume, quatre siècles de littérature et quarante années de lectures vous contemplent. Le recueil d'articles est un passage obligé de la vie de tout universitaire ayant acquis quelque notoriété. Mais quand celui-ci s'appelle Marc Fumaroli et que, du Collège de France à l'Académie, il remplit la fonction, pour ainsi dire, de critique officiel de la Ve République (à tous les sens du terme, puisqu'il veut en incarner aussi la mauvaise conscience), la curiosité est à son comble. Avec raison.
Impressionnants, cette vingtaine d'essais le sont d'abord par l'ampleur de la perspective, à laquelle, malheureusement, l'absence d'index ne rend pas justice. Du XVIe au XIXe siècle, la période est couverte de manière égale, avec même des échappées fréquentes vers le contemporain : ne rencontre-t-on pas, au détour d'une page sur Huysmans, des remarques sur Picasso, Houellebecq et le zapping télévisuel ? Décidément, celui que l'on prenait pour un pur spécialiste de l'éloquence à l'âge classique colle plus à l'actualité qu'on ne le croit.
Nullement gratuite, l'érudition impeccable conduit toujours à une vision neuve. La formule produit son plein effet, même et surtout sur les sujets apparemment les plus rebattus. Ainsi, une interprétation augustinienne d'Horace révèle dans la pièce de Corneille, si souvent réduite à sa signification politique, une profondeur théologique jusqu'alors insoupçonnée. Un commentaire de Maurice de Guérin aboutit à une superbe définition de ce genre indéfinissable par excellence qu'est le poème en prose.
Mais c'est peut-être le chapitre sur Phèdre qui constitue le joyau du livre : à partir d'une question toute simple sur la place des dieux païens dans la tragédie (à quel titre le paganisme peut-il intervenir sur une scène chrétienne ?), Fumaroli réussit à mettre en place une lecture totalisante qui emporte la conviction. Magistrale et lumineuse, l'histoire littéraire est ici à son sommet...
Fumaroli a le génie des rapprochements, qui font apparaître la littérature comme un seul texte se poursuivant sans interruption depuis des siècles...
Un aérolithe ? Un bloc d'érudition chu d'on ne sait quel ciel ? Un vestige des humanités d'autrefois jeté, comme un dépit, à la face d'une époque, la nôtre, désormais analphabète ? C'est à cela, d'abord, qu'on songera devant l'admirable, l'énorme, le monstrueux volume d'«Exercices de lecture» que M. Fumaroli vient de publier. Honneur à son éditeur, qui ne fera pas fortune avec cet improbable best-seller ! Honneur à cet auteur qui, pendant plus de quarante ans, a patrouillé en franc-tireur dans les quatre siècles qui vont de Rabelais à Renan ou Valéry pour débusquer l'origine, la postérité - et, peut-être, le crépuscule - d'une certaine forme de civilisation ! On trouvera, dans ce grenier à merveilles, des illustres, des curiosa, des bibelots - et les jeunes gens modernes, trop modernes, bouderont sans doute ce savant qui jongle avec Plutarque, Juste Lipse, Mme de Motteville ou la «Cyropaedia» de Xénophon. Pourtant, j'invite tous les «honnestes gens» à considérer M. Fumaroli pour ce qu'il est : un esprit libre qui fit toujours de la littérature son beau souci ; un intempestif qui, butinant les chefs-d'oeuvre et leurs arrière-boutiques, reste fidèle à l'intuition selon laquelle les grands livres sont des armes de choix contre l'acédie, contre l'hystérie, contre les guerres civiles. Un «anti-moderne» ? En quelque sorte...
Disons, pour faire vite, que M. Fumaroli a tout lu : de «Théagène et Chariclée» aux «Martyrs» ; de «Madame Gervaisais» aux «Entretiens d'Ariste et Eugène» ; de Diodore de Sicile à Curtius, d'Honoré d'Urfé à Houellebecq, Etienne Binet, Paul-Louis Courier, Mersenne, Amyot ou Céline. Et son opus baroque ne saurait se déguster d'un trait. A cet égard, l'académicien invite son lecteur à le picorer ici ou là, à le traverser par «sauts et gambades», et à se réchauffer selon l'humeur aux braises qu'il déniche. Si, d'aventure, vous êtes intrigué par la présence des dieux païens dans «Phèdre», si vous voulez en savoir plus sur la destruction d'Albe chez Corneille ou sur la façon dont Voltaire «inventa» l'Angleterre, si Ignace de Loyola, Maurice de Guérin ou Henri de Campion ne sont pas encore vos intimes, consultez Le Fumaroli...
Votre intimidation devant ce livre - 784 pages, quarante et un ans d'études savantes, quatre siècles de littérature française au galop -, Marc Fumaroli l'a prévue : il vous invite à partager à la bonne franquette ce qu'il appelle des «exercices de lecture», vous engage à fuir ceux qui croient diviniser l'Ecriture en usant d'une arrogante majuscule, emprunte à un amoureux des romans de chevalerie un portrait charge de ces «lourdauds, loups-garous, vieilles rosses mélancoliques», suggère un usage irrévérencieux de son livre, et vous signe à l'avance un mot d'excuse pour l'école buissonnière que vous y ferez. Suivez-le, c'est un plaisir.
Vous gambaderez avec Montaigne et le président de Brosses, pleurerez avec Voltaire sur la sépulture refusée à Mlle Lecouvreur, succomberez au charme de Mme de Pompadour, «geisha sublime». Vous croiserez aussi des visages nouveaux, inconnus d'hier, amis d'aujourd'hui...
Il consacre une merveilleuse préface à chercher «l'accolade» capable de réunir des textes aussi bigarrés et la trouve en revenant sur ses pas : il a été un enfant d'autrefois, de ceux qu'on ne gavait pas d'«activités» frénétiques et qui avaient le privilège de l'ennui...
Marc Fumaroli réserve sa tendresse aux gens heureux des époques heureuses, à ceux qui ne refusent pas leur porte aux divinités aimables et célèbrent la rencontre amoureuse, comme La Fontaine dans les plus beaux vers de la poésie française... Fumaroli recule jusqu'à ses contemporains le moment ingrat où triomphe l'esprit niveleur et «l'argot sauvage» du monde moderne. Longtemps la France a conservé sa foi dans le charme de sa conversation, l'esprit de ses femmes, le magistère de ses écrivains. Contre la marée montante de la démagogie, elle a su convoquer sa mémoire littéraire et ses habitudes civilisées pour se ménager des réserves paisibles, de gracieux refuges. C'est un très long XIXe siècle, dont tantôt Renan tantôt Valéry s'emploient à retarder l'agonie. On sent que Marc Fumaroli, contre sa pente hédoniste ou à cause d'elle, est tout près de penser qu'il s'agit là des rejets sans espoir d'une littérature que notre temps lugubre a «défoliée».
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