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Auteur : Boualem Sansal
Date de saisie : 17/03/2006
Genre : Politique
Editeur : Gallimard, Paris, France
Prix : 5.00 € / 32.80 F
ISBN : 978-2-07-077684-9
GENCOD : 9782070776849
«En France, où vivent beaucoup de nos compatriotes, les uns physiquement, les autres par le truchement de la parabole, rien ne va et tout le monde le crie à longueur de journée, à la face du monde, à commencer par la télé. Dieu, quelle misère ! Les banlieues retournées, les bagnoles incendiées, le chômage endémique, le racisme comme au bon vieux temps, le froid sibérien, les sans-abri, l'ETA, le FLNC, les islamistes, les inondations, l'article 4 et ses dégâts collatéraux, les réseaux pédophiles, le gouffre de la sécurité sociale, la dette publique, les délocalisations, les grèves à répétition, le tsunami des clandestins... Mon Dieu, mais dans quel pays vivent-ils, ces pauvres Français ? Un pays en guerre civile, une dictature obscure, une République bananière ou préislamique ?
À leur place, j'émigrerais en Algérie, il y fait chaud, on rase gratis et on a des lunettes pour non-voyants.»
Rédigée à Boumerdès en janvier 2006, publiée le 16 mars chez Gallimard, cette «Lettre de colère et d'espoir» adressée par Boualem Sansal à ses compatriotes n'est jamais parvenue en Algérie. Photocopiée, scannée, recopiée, elle circule aujourd'hui sous le boisseau, mais elle est introuvable en librairie. On rappelle que, sous le régime de M. Bouteflika, l'importation de livres est soumise à un visa préalable délivré par le ministère de la Culture. Ce visa a été refusé au gérant d'Edif 2000, la société algérienne qui devait diffuser le libelle de Sansal au titre prémonitoire - «Poste restante : Alger».
Tant que Boualem Sansal écrivait des romans, fussent-ils corrosifs et subversifs, il pouvait être lu dans son pays. Car si la fiction déplaît, elle n'inquiète pas. On voit par là que les censeurs sont toujours de très mauvais lecteurs. Mais avec la parution, à Paris et en français (car il fait sienne la pensée de Kateb Yacine : «Le français est à nous, c'est un butin de guerre»), de ce bref essai dédié à la mémoire du président assassiné Mohamed Boudiaf, la disgrâce de Sansal est désormais consommée. Ingénieur de formation, docteur en économie, enseignant à l'université et puis haut fonctionnaire au ministère de l'Industrie, cet homme de 57 ans a été limogé en 2003 pour avoir proposé la suppression de l'enseignement religieux à l'école... Parfois, Sansal force le trait. C'est qu'il a lu Voltaire et Hugo. Il sait que le combat pour la liberté et la démocratie, contre le larbinisme et l'intégrisme, ne se fait pas sans hausser le ton. Il y ajoute parfois un humour désespéré et ravageur. Son livre est d'un humaniste en colère...
Jusqu'ici, l'auteur du «Serment des barbares» et, dernièrement, de «Harraga» usait de la fiction pour se livrer à une critique féroce de l'Algérie, dans laquelle il a choisi, coûte que coûte - et, notamment, au prix de son poste de haut fonctionnaire - de rester vivre. Avec «Poste restante : Alger», l'écrivain algérien troque le roman pour un autre genre : celui de la «lettre ouverte», en l'occurrence à sescompatriotes. «Je vous mets un opuscule sur la table et je vous appelle au débat libérateur», écrit-il en se moquant de sa démarche, mais bien décidé à en finir avec le «blocus de la pensée» qui tétanise son pays. Compatriotes ou pas, nous avons tous tout intérêt à le lire : Boualem Sansal invite d'ailleurs les Français qui râlent à venir goûter les charmes de son pays «synonyme de terreur et de dérision» et que ses enfants fuient... autant que les touristes...
Il a fait de l'Algérie l'héroïne de tous ses romans. Depuis Le Serment des barbares, paru en 1999, il ne la ménage guère, dénonce la corruption du pouvoir, fustige les islamistes, déplore les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontés ses compatriotes : les problèmes d'eau, d'emploi, de logement ou de sécurité... Tous ses textes le crient, dans ce français qui lui appartient, énergique, décapant, inventif et souvent truculent : l'Algérie est à la fois sa tendresse et sa douleur Poste restante : Alger, qui paraît chez Gallimard le 16 mars, a le même tranchant, le même humour vinaigré que ses précédents textes. Mais il ne s'agit plus d'un roman. En une cinquantaine de pages, sous-titrées Lettre de colère et d'espoir à mes compatriotes, il dissèque, sans anesthésie, les maux dont souffrent ses «soeurs et frères»... Il a le mérite - et le courage ! - de l'ouvrir avec autant de clarté que de talent.
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