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Auteur : Marie Billetdoux
Date de saisie : 07/04/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-226-17237-2
GENCOD : 9782226172372
Un peu de désir sinon je meurs s'ouvre par une lettre de l'auteur à son éditeur, dans toute la crudité de son désarroi d'écrivain : impossibilité d'écrire, indifférence et oubli de tous, difficulté de vivre après la mort de l'homme aimé, Paul, journaliste politique reconnu. «Née à la littérature et à l'amour d'un même souffle», Raphaële avait dix-neuf ans quand ils se rencontrèrent... Chacun vivait séparément, mais par l'autre.
Dans le silence de son éditeur, en l'absence de tout signe et de toute vie, peu à peu, l'écriture revient. A son insu, d'une langue lumineuse, musicale, puissante, elle tire le fil d'une liaison amoureuse hors du commun, qui connaît la grâce d'un enfant.
C'est un livre bouleversant, d'une folle poésie, envahi d'intime, jamais impudique. L'histoire de deux vies, faites d'écriture et d'amour- presque livre à deux voix. Mais «Raphaële est morte à elle-même». Elle nous demande de-l'appeler de son premier prénom, Marie.
Raphaële Billetdoux (qui devient par ce livre Marie Billetdoux) a publié en 1971 son premier roman, Jeune fille en silence, elle avait 20 ans. Prix Interallié pour son 3e roman, Prends garde à la douceur des choses (1976) et Prix Renaudot pour Mes nuits sont plus belles que vos jours (1985), Chère Madame ma fille cadette est paru en 1997. Son dernier roman De l'air est paru chez Albin Michel en 2001.
L'écriture de Marie Billetdoux est trois fois originale. D'abord, elle écrit non à l'arraché, mais en douce, «à la dérobée», comme elle dit,... Il y a diverses manières de se dénuder. Toutes ne sont pas impudiques. D'où vient ici ce sentiment d'être à mille lieues de l'autofiction complaisante, lorsque Marie Billetdoux vide son sac ? Ce qui en sort est un ensemble de documents puisés dans sa vie même et destinés à rester secrets : mots d'amour retrouvés entre les pages d'un livre, courriers à son éditeur, messages d'hôtel, articles du Figaro littéraire,... Une autobiographie, au sens des trois composantes de ce mot ? C'est sa propre vie que Marie met ici en mots, mais son livre échappe à ce genre. C'est un roman qu'on lit, parce que l'auteur se traite elle-même, si exacts que soient les événements, dates et faits, comme un personnage de roman.
Deuxième originalité : la romancière pratique sur ces textes défigurés une sorte de chirurgie verbale réparatrice pour se donner un nouveau visage. Le livre est un montage de couper-coller et de fac-similés. En cela encore, elle fait exception : qui, aujourd'hui, comme Stendhal ou Laurence Sterne parsemaient leurs livres de graphiques et de dessins, ose insérer des choses faites à la main dans la copie qui sortira des presses ?
Troisième originalité : si on ne compte pas les écrivains qui ont changé leur nom, ceux qui ont pris un autre prénom sont plus rares. Raphaële Billetdoux, après dix romans sous ce nom, après six ans de silence, pourquoi publier «Un peu de désir sinon je meurs» sous le prénom Marie ? Parce «Raphaële était morte à elle-même cet automne, le 10 octobre 2003 très précisément, sur la plage de l'île d'Yeu.»... Parce qu'il y a des choses que Raphaële ne peut dire que masquée. Des choses trop folles pour qu'elle les signe de son vrai nom. Ces choses folles sont si simples qu'on ne les entend pas souvent dites aussi haut dans les romans : la folie d'aimer, le scandale que tout doive finir, que chacun doive mourir... son beau roman désenchanté ne nous laisse aucune illusion ; la littérature n'est pas une thérapie et l'amour n'est pas une passion citoyenne
Certains êtres meurent plusieurs fois. L'état civil témoigne encore de leur existence sociale et terrestre, mais ils ne sont plus. Ainsi, Raphaële Billetdoux est «morte» le 10 octobre 2003, apprend-on dans son nouveau livre, c'est-à-dire un peu plus d'un an après la disparition de l'amour de sa vie, Paul Guilbert, emporté par un mal ne laissant pas d'espoir.
Exit donc Raphaële, voici Marie. Dans Un peu de désir sinon je meurs, elle s'adresse à son éditeur en ouvrant les tiroirs de sa mémoire, entre passé et présent. On trouve dans ces pages belles et tremblantes des extraits de correspondances, des reproductions de billets griffonnés sur des bouts de papier ou de lettres d'enfants qui annoncent l'écrivain à venir : «Le début de ce que j'ai donné après, et le secret du chemin perdu, la veine première, le précieux, la ferveur toute nue.»
À travers ces souvenirs d'identité qui évitent l'impudeur comme le déballage de misérables petits secrets, on plonge surtout dans le récit d'une passion rare...
Aucun dolorisme ou quête de «résilience» dans cette stèle de mots. Nous ne sommes pas avec Marie Billetdoux chez ceux qui confondent littérature et thérapie, mais en compagnie d'un écrivain, sachant «la littérature inextricablement liée à la vie», qui ressuscite l'absent et lui offre un peu de vie supplémentaire, de cette vie lumineuse incarnée dans les lignes d'un texte aussi tenu qu'émouvant. Un peu de désir sinon je meurs distille sans esbroufe des scènes déchirantes écrites avec cette grâce que possèdent parfois ceux que plus personne n'attend.
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