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Qu'appelle-t-on philosopher ?

Couverture du livre Qu'appelle-t-on philosopher ?

Auteur : Pierre Bouretz

Date de saisie : 24/03/2006

Genre : Essais littéraires

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : NRF Essais

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-07-077655-9

GENCOD : 9782070776559

  • Les présentations des éditeurs : 14/05/2006

La philosophie se pose souvent à elle-même la question de sa définition. Mais nous ne savons rien, ou presque, de ses manières de faire au jour le jour. Les philosophes aiment en effet à cacher les pistes, tenir secrètes les hésitations et gommer les ratures. Et nous sommes moins curieux des documents de leur travail que de ceux des écrivains, considérant que journaux, brouillons ou correspondances sont déjà de la littérature, pas encore de la philosophie.
Il est bien sûr quelques exceptions, tels les fragments posthumes de Nietzsche, le dossier du Livre des passages de Walter Benjamin, les carnets de Wittgenstein. Mais c'est peu pour tenter de relier le visible et l'invisible, les idées et les intuitions.
Récemment publié, le Journal de pensée d'Hannah Arendt offre de quoi surprendre quiconque est familier de son oeuvre comme le lecteur en quête d'une réponse à la question : qu'appelle-t-on philosopher ? Il illustre admirablement une pratique, un style, un ethos de la pensée.
Arendt est demeurée rétive aux programmes de la philosophie, préférant s'adonner à ce qu'elle nommait «pensée libre». Ses exercices quotidiens doivent beaucoup à la fréquentation des livres classiques, qu'elle cite et commente «pour avoir des témoins, également des amis». Nous y voyons des idées qui surgissent d'un mot noté au hasard des lectures, se déploient en ligne droite ou bifurquent, s'agencent en tables de catégories, trouvent enfin la forme d'un article ou d'un livre. Mais nous y découvrons aussi des chemins qui ne mènent nulle part et les raisons de quelques échecs.
Séjournant dans l'antichambre des livres, serons-nous tentés, pour finir, de donner raison à Kant et dire à sa suite que «le philosophe n'est qu'une idée» ?



  • La revue de presse Jean-Baptiste Marongiu - Libération du 25 mai 2006

Les liens qui attachent Pierre Bouretz à Hannah Arendt ne sont pas près de se distendre. Ailleurs, il a produit une synthèse de sa pensée, ici, dans Qu'appelle-t-on philosopher ?, il entend explorer les voies, ni droites ni connues à l'avance, indécises et souvent périlleuses, qui, d'une vie, conduisent à une oeuvre philosophique. L'enquête fait fond sur le désormais célèbre Journal de pensée de Hannah Arendt (1906-1975), paru l'an dernier au Seuil, mais emprunte aussi à l'expérience de Bouretz lui-même, ses tâtonnements, ses réussites ­ puisque l'humble ambition de ce livre serait finalement d'éclairer, à travers l'étude méticuleuse de la manière de procéder d'un seul, le travail de tous les philosophes... Il arrive parfois qu'elle ne puisse penser ce qu'on lui demande, ni, paradoxalement, ce qu'elle voudrait, sans trop le vouloir, pour ainsi dire. Aussi Bouretz suit-il dans le Journal de pensée les vicissitudes du livre sur Marx qui ne verra jamais le jour. Au début, c'est proprement une commande pressante de Jaspers, assez mécontent que son élève ait exempté, au moins par omission, Marx sinon le marxisme de ses responsabilités vis-à-vis de l'un des totalitarismes. Plus elle lit Marx, plus celui-ci se dérobe, comme si la grandeur du penseur dont l'analyse de la modernité industrielle la captive de plus en plus, minorait ou allégeait sa défiance vis-à-vis de l'homme qu'elle continue à ne pas aimer. Aux yeux de Hannah Arendt, le philosophe, chez Marx, finit par faire absoudre le militant, et, plus généralement, la philosophie elle-même lui apparaît telle une sorte d'idéologie à chaque fois qu'elle fait sienne la très ancienne ambition de changer le monde.

«L'homme fut créé pour qu'il y ait un commencement.» Cette phrase d'Augustin au sens inépuisable, rencontrée très tôt par Arendt, l'a accompagnée toute sa vie et marqué articulations, bifurcations, réaménagements de son travail philosophique. On peut même dire qu'elle est au fondement de sa théorie politique... Vers sa fin, la confiance dans la vocation de la philosophie à épouser le monde semble s'affaiblir chez Hannah Arendt, alors que conteurs et poètes lui paraissent plus aptes à l'enrichir, à raconter, tel Faulkner, l'endurance des humbles capables, sans espoir ni fierté, de vivre la souffrance comme une sorte d'immortalité. C'est cela finalement philosopher pour elle : non pas apprendre à mourir tous les jours, mais endurer sa vie comme si la mort n'existait pas...


  • La revue de presse Roger-Pol Droit - Le Monde du 24 mars 2006

Comment travaillent les philosophes ? Selon quels processus s'élaborent leurs oeuvres ? Curieusement, il n'existe que peu d'éléments de réponse à ces interrogations : les théoriciens livrent, presque toujours, des produits finis. On ne sait donc pas grand-chose de leur cuisine - ingrédients, ustensiles ou tours de main. Pas de traces de tâtonnement, pas de vestiges des chemins parcourus ou abandonnés. Une exception pourtant : Hannah Arendt, avec son Journal de pensée, tenu de juin 1950 à 1973, rassemblant les citations, notes de lecture, remarques et réflexions où elle puisait à mesure la matière de ses livres. Dans Qu'appelle-t-on philosopher ?, Pierre Bouretz entreprend de comparer - méticuleusement, thème par thème, souvent phrase par phrase - les indications des 806 pages de ce Denktagebuch aux articles et livres publiés par la philosophe pendant la même période, sans oublier de compléter ces informations par sa riche correspondance, notamment avec Jaspers ou avec Heidegger...


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