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Auteur : Pascal Dibie
Date de saisie : 03/03/2010
Genre : Ethnologie Et Anthropologie
Editeur : Plon, Paris, France
Collection : Terre Humaine
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 9782259193207
GENCOD : 9782259193207
Sorti le : 02/03/2006
" nous sommes montés dans le train à grande vitesse de la modernité sans trop nous en apercevoir et, lorsque nous regardons par la fenêtre, le paysage défile si vite que nous n'arrivons plus ni à le lire ni à le retenir.
J'ai l'impression que nous sommes devenus des spécialistes de l'oubli. " vingt-sept ans après la publication du village retrouvé (1979), l'ethnologue pascal dibie publie le village métamorphosé. c'est de nouveau de chichery, en bourgogne, oú il réside depuis son enfance, qu'il tire des observations ayant valeur universelle. un voyage hallucinant, profond, au coeur de notre rurbanité naissante. ii nous invite à revisiter notre société qui vit une des plus grandes mutations de son histoire millénaire.
S'intéressant à nos actes les plus modestes, à cette banalité qui inscrit les jours de nos vies dans le long calendrier de l'histoire, l'auteur décrit un quotidien oú le monde des signes et des aménageurs de paysages est roi, oú la voiture, la cybernétique et la consommation sont maîtresses de nos têtes, de nos temps et de notre économie, oú la religion s'abstrait jusqu'à accepter le changement des rites funéraires et à nous laisser exclure nos morts, oú l'agriculture se " scientifise " à outrance et nos paysages se patrimonialisent.
Une antique société se meurt, l'égoïsme de chacun s'affirme et ce qui fut le paysan, l'homme en pays, devenu hautement technicien et déculturé, réussit à s'insérer dans la brume de la mondialisation qui le gagne et le dévore. cette ethnologie déguisée en récit, oú se croisent pensées brutes et carnets de terrain, portraits de maîtres et réflexions profondes, inscrit le village métamorphosé parmi les plus grands ouvrages de terre humaine.
(...) Entre ethnographie et carnets intimes, Pascal Dibie dissèque cette mondialisation au village avec un oeil implacable et un pessimisme réactionnaire que seul peut s'autoriser un ex-soixante-huitard. Ne pas s'y tromper : son requiem pour nos campagnes est moins le constat d'une désertification (car les zones rurales se repeuplent) que celui de la montée universelle du nihilisme et de l'insignifiance.
En 1979, un jeune ethnologue, qui avait fait ses classes chez les Indiens Yanomami, s'en revint dans son village de l'Yonne, découvrant que l'exotisme se trouvait aussi au bout de son champ. L'heure était à l'«ethnologie de la France», concept porté par une poignée d'universitaires soucieux de se démarquer d'une pratique occidentale jugée trop intrusive. On salua d'ailleurs ici le premier livre de Pascal Dibie sur Chichery, son Village retrouvé, invitant l'auteur à poursuivre son observation... Il a, semble-t-il, suivi ce conseil, puisque, vingt-sept ans plus tard, il nous livre un nouveau portrait sensible de son village, cette fois-ci «métamorphosé».
Quoi de neuf en trois décennies ? En apparence, le visage de cette localité de 461 âmes, entre Auxerre et Joigny, a peu changé : il y a le tout-à-l'égout, de nouvelles ruelles, l'ADSL... Les champs industriels ont balayé bois, haies et bosquets au point que, de la nationale 6, où défilent les RTT, on peut l'apercevoir, toutes maisons blotties, qui résiste à la tempête de la modernité. Le village est donc là, presque en l'état, comme une île anachronique. Mais son esprit est mort. La vie est ailleurs, décentrée, éclatée, exilée. Tout est à l'extérieur... Chez soi, chacun se replie dans son confort et sa solitude : tous semblables, tous indifférents. «Chichery est une sorte d'immeuble à plat, constate l'ethnologue. Notre espace villageois ne correspond plus au temps pour lequel il a été bâti.»... J'ai l'impression que le village est dans l'attente. L'attente de quoi ? L'attente de qui ? Je ne le sais pas plus que vous.» Chichery n'est que le reflet ambigu de nos propres interrogations.
En 1979, Pascal Dibie publiait Le Village retrouvé (1), une étude fine et approfondie sur les mutations du monde paysan observées à Chichery, le petit village de Bourgogne où il séjourne depuis son enfance. Vingt-sept ans ont passé, Pascal Dibie revient toujours régulièrement à Chichery, dont l'allure extérieure demeure celle d'un village, avec ses maisons blotties en rond autour du clocher de l'église, mais où la vie, l'environnement, le travail, les relations entre les gens, le rapport au temps et au monde, l'atmosphère, les bruits même, ont changé. Le paysage s'aménage, le quotidien est chamboulé, le local est pris dans le global, la rurbanité, "cet étrange mariage de la campagne et de la mentalité urbaine", se développe et l'ethnologue n'a pas besoin de se forcer pour "devenir l'explorateur de (sa) propre société" et considérer, de l'intérieur, le chez-soi comme un ailleurs.
La qualité et l'attrait de cette chronique d'une métamorphose tiennent beaucoup à la sensibilité de l'auteur, à son regard sur les personnes et les choses, à la curiosité attentive qu'il promène d'une réunion de laïcs organisant des rituels pour pallier la disparition des curés à une célébration de la Confrérie des chevaliers du tire-bouchon, des allées du supermarché aux étals du vide-greniers, des élevages de pointe aux machines agricoles guidées par GPS. Son écriture, agile et visuelle, mêle réflexions et récit. Il décrit ainsi le village, devenu silencieux et vide dans la journée, parce que la vie s'est déplacée, que le monde est désormais roulant, qu'il faut aller de l'avant, c'est-à-dire au dehors. Débanalisant l'ordinaire, il s'attarde sur le langage codé des panneaux de signalisation qui poussent un peu partout, ou sur la difficulté croissante et l'intrusion bruyante du ramassage des ordures, en s'interrogeant sur la logique des aménageurs et la technique des gestionnaires de déchets...
Si le propos de Pascal Dibie n'est pas exempt de nostalgie pour le village de son enfance, il ne cède pas pour autant à l'idéalisation du passé et à ses mirages d'authenticité. Pas dupe, il sait que chaque époque a son autrefois et que ce qu'il observe, dans le Chichery d'aujourd'hui, ce sont des "traces en train de se faire", les linéaments d'un folklore futur. Lorsqu'il s'amuse, dans un court récit d'anticipation, à imaginer l'harmonieuse et effrayante vie de quartier de ces "Conurbauxerrois" de 2084 dans une société où tout, de l'alimentation à la sexualité, est parfaitement réglé (seuls l'élimination des déchets et le traitement des morts demeurant problématiques), c'est évidemment pour forcer le trait du présent, mais aussi pour ironiser sur l'avenir du passé.
Cette irruption de la fiction n'est d'ailleurs pas la seule originalité de ce livre très joliment composé...
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