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Auteur : Emmanuel Pierrat
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Presse Audiovisuel
Editeur : M. Sell éditeurs, Paris, France
Collection : Le bonheur
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-35004-006-6
GENCOD : 9782350040066
Le bibliomane abhorre la censure, mais il chérit le censeur et ses paradoxes, à qui il doit sa collection de livres interdits comme les plaisirs pervers qu'il y savoure. Les plus grands censeurs se sont révélés être de grands obsédés. Ils ont pris soin non seulement de mettre en fiches, mais de rassembler et de conserver l'objet de leur fureur. Et même, d'organiser savamment cette étrange collectionnite à l'Enfer de la Bibliothèque nationale, à la Bibliothèque du Vatican, au Private Case de la British Library, à la réserve de Saint-Pétersbourg, etc. Les vrais pornographes, les factieux, les rebelles, les anticléricaux ont vite appris les vertus de la clandestinité : les livres qu'ils ont fait imprimer sont conçus pour dérouter les autorités, prises en la personne de la maréchaussée. Anecdotes et facéties érudites à l'appui, l'auteur narre le singulier destin de grands iconoclastes, tel qu'Isidore Lisieux, prêtre défroqué devenu éditeur de curiosa. Enfin, il n'ignore pas la censure contemporaine et évoque la condamnation des personnages, l'agitation des ligues de vertu et l'autocensure dont il est lui-même l'instrument. Dans Le bonheur de vivre en Enfer, Emmanuel Pierrat privilégie le côté nocturne de ses activités, la bibliophilie licencieuse dans laquelle il reconvertit ses honoraires et droits d'auteurs.
«A bas la censure et vivent les censeurs ! [...] Le bibliomane abhorre la censure, mais il chérit le censeur, à qui il doit sa collection de livres interdits comme les plaisirs pervers qu'il y savoure.» C'est sur un tel paradoxe que s'ouvre l'essai d'Emmanuel Pierrat, avocat spécialisé dans les affaires de censure. Mais qu'y a-t-il donc de si différent entre un procédé - la censure - et l'agent qui l'exécute - le censeur ? C'est que ce dernier serait un personnage plus double qu'il n'y paraît.
«Le censeur est obscène», tranche Pierrat, pour qui l'érudition n'est souvent qu'un masque respectable et un fil d'Ariane conduisant aux plaisirs inavouables de la lecture. Figure clivée, dont la «bibliophilie licencieuse» contredirait la fonction d'auxiliaire de la justice, le censeur s'apparenterait au juge stigmatisé par Shakespeare dans «le Roi Lear» : accablant la prostituée mais brûlant, en secret, de «commettre ce pour quoi il la punit»...
Pour tout amateur de livres, le mot «enfer» revêt un sens qui ne souffre aucune hésitation. Il dissimule des pages interdites, sulfureuses, voire scabreuses. Bref, il s'agit d'érotisme. Le terme serait né au XVIIe siècle, pour désigner le grenier du couvent des Feuillants dans lequel on avait exilé les livres hérétiques. Selon Pascal Pia, l'un des meilleurs connaisseurs en la matière, l'enfer des imprimés, «donne presque à rêver, même à qui ne lit jamais». Emmanuel Pierrat rêve sans doute, mais il lit et même écrit. Dans son dernier livre qui n'est pas un roman, intitulé Le Bonheur de vivre en enfer, il livre son plaisir inavouable, celui, une fois après avoir déniché un ouvrage qui ne figure pas dans les bibliographies honnêtes ayant pignon sur rue, de tenter de les identifier... L'enfer est partout. Tous les amateurs de curiosa (e) autre mot pudique pour désigner les érotiques, savent que la plus impressionnante et la plus ancienne des collections de porn books est conservée à la Bibliothèque vaticane. Mais il est aussi un Enfer à la Bibliothèque nationale de France, un autre plus discret, dénommé «Réserve spéciale», à la Bibliothèque de l'Arsenal, un «Private Case», à la British Library, une section réservée à Saint-Pétersbourg, etc. Des livres et des livres interdits qui ont ainsi survécu grâce à la censure. Par une certaine ironie du sort, Emmanuel Pierrat, cet avocat qui pourfend, dans les prétoires, la censure, apprécie à rebours les censeurs, ces «obsédés méticuleux»... Emmanuel Pierrat ne plaide ni ne livre ses fiches. Il les raconte, il conduit le lecteur là où même un indifférent aux curiosae ne songerait pas à aller. Il donne par exemple, sur une bonne page, les adresses fantaisistes qu'imprimaient les éditeurs clandestins : «A Paphos, de l'Imprimerie de l'amour», «à Cologne, A la couronne des amours», «à Reims, A l'enseigne du pied de biche», «à Patpong, le 14 février 1969, tiré à 69 exemplaires», «à Foiropolis, Chez le Docteur Chirouec, rue de la Torchette, 1761. Tiré à cent exemplaires sur papier fort de Hollande» (pour... La France constipée), «A Bikini, aux dépens de quelques amateurs», etc...
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