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Auteur : Agota Kristof
Date de saisie : 02/09/2004
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Zoé, Carouge, Suisse
Prix : 11.00 € / 72.16 F
ISBN : 978-2-88182-512-5
GENCOD : 9782881825125
Onze chapitres pour onze moments de sa vie, de la petite fille qui dévore les livres en Hongrie à l'écriture des premiers romans en français. L'enfance heureuse, la pauvreté après la guerre, les années de solitude en internat, la mort de Staline, la langue maternelle et les langues ennemies que sont l'allemand et le russe, la fuite en Autriche et l'arrivée à Lausanne, avec son bébé.
Ces histoires ne sont pas tristes, mais cocasses. Phrases courtes, mot juste, lucidité carrée, humour, le monde d'Agota Kristof est bien là, dans son récit de vie comme dans ses romans.
Je lis. C'est comme une maladie. Je lis tout ce qui me tombe sous la main, sous les yeux : journaux, livres d'école, affiches, bouts de papier trouvés dans la rue, recettes de cuisine, livres d'enfant. Tout ce qui est imprimé...
Agota Kristof, c'est d'abord l'histoire poignante d'une jeune Hongroise qui, à 21 ans, en 1956, décida d'échapper au communisme et atterrit en Suisse, où elle trima dix heures par jour dans une usine d'horlogerie. Et puis, il y eut un miracle, celui de la littérature : en 1986, les éditions du Seuil publièrent son Grand Cahier, un roman magnifique sur le déracinement, la séparation, l'identité perdue, les destins brisés dans l'étau totalitaire. Aujourd'hui, Agota Kristof est traduite en 30 langues, mais, recluse dans son modeste appartement de Neuchâtel, elle tourne le dos au succès. Et prétend même ne plus vouloir écrire. D'où l'intérêt des deux livres qui viennent de paraître - L'Analphabète et C'est égal - dans lesquels elle rameute les démons de son passé douloureux... L'Analphabète, un récit autobiographique où elle évoque son enfance en Hongrie, son adolescence sous la férule stalinienne... Petites phrases dépouillées, cinglantes, taillées au rasoir : Agota Kristof raconte comment on s'échappe des enfers, grâce à l'écriture, même si l'on reste une proie fragile, un oiseau aux ailes à tout jamais brûlées...
Il y a dix-huit ans, quand Le grand cahier a paru au Seuil, Agota Kristof était totalement inconnue, et elle trimait dix heures par jour dans une usine suisse. Aujourd'hui, ses romans sont traduits en trente langues, mais on a toujours l'impression que cette miraculeuse histoire ne la concerne pas : recluse derrière les persiennes de son modeste appartement neuchâtelois, elle semble vouloir s'exiler du succès comme elle s'exila jadis de la Hongrie communiste, à 21 ans, avec un bébé de quelques mois entre les bras. «Ecrire, je ne sais rien faire d'autre, et pourtant ça empêche de vivre. Ça peut vous détruire, vous rendre malade», lance-t-elle en ouvrant le petit classeur de feuilles volantes où, presque en cachette, elle affronte ses démons: phrases dépouillées et précision d'horlogerie. Loin de sa langue natale, loin de sa terre et de sa culture, Agota Kristof continue à relever le plus périlleux des défis : écrire, en français, une oeuvre qui creuse de noirs sillons dans le champ ravagé de sa mémoire. Avec des histoires en lambeaux, pour dire le déracinement, l'angoisse de la séparation, l'identité perdue, les destins brisés par la guerre ou l'exil... Qu'il s'agisse du bouleversant Hier ou de la «trilogie des jumeaux» (Le grand cahier, La preuve, Le troisième mensonge), les romans d'Agota Kristof sont autant d'autoportraits déguisés mais, avec L'analphabète, elle n'emprunte plus les chemins de la fiction pour explorer son passé si douloureux. Sous-titré «récit autobiographique», ce petit livre magnifique raconte son enfance en Hongrie, son adolescence sous la férule soviétique, sa fuite à travers les bois en novembre 1956, sa galère de réfugiée et, peu à peu, son combat littéraire dans une langue dont elle ignorait tout... Depuis dix ans, on n'avait rien lu d'elle : il ne faut pas manquer ces retrouvailles, en attendant des nédits qui seront publiés l'an prochain.
Au début du livre, une petite fille de quatre ans sait lire. Son père est sa fierté, elle ne le dit pas, on le sent, il est debout devant le tableau noir, il est l'instituteur du village. Elle est la fierté de son grand-père, elle le dit, elle lit le journal à haute voix. A la fin, dix chapitres plus tard, la petite fille devenue adulte ne peut plus ni lire ni écrire. Elle est analphabète, ainsi appelle-t-on les gens qui s'expriment oralement mais sont humiliés par l'écrit, bêtes devant les signes. Elle doit retourner à l'école, au moment où c'est le tour de sa propre enfant d'y entrer. Bien sûr, elle apprend vite. On ne voit pas pourquoi le destin transformerait en buses les gosses géniaux dont l'Histoire a déjà massacré la vie... L'Analphabète, récit autobiographique d'Agota Kristof, le seul qu'elle ait écrit à ce jour, raconte comment une Hongroise née en 1935, exilée en 1956, devient en Suisse un écrivain français. Elle ne cache pas qu'elle continue d'avoir besoin des dictionnaires, qu'elle fait des fautes, que cela reste «un défi» plutôt que le seul asile possible : «Je sais que je n'écrirai jamais le français comme l'écrivent les écrivains français de naissance, mais je l'écrirai comme je le peux, du mieux que je le peux.» L'Analphabète raconte comment Agota Kristof est devenue en 1986 l'auteur du Grand Cahier, bientôt traduit dans une vingtaine de langues... On étudie le Grand Cahier dans les collèges de l'Europe entière, de la France à la Hongrie. Il est arrivé que des enseignants suisses s'indignent d'une adaptation théâtrale et que les colonnes des journaux relaient à grand bruit les polémiques. En France, un enseignant d'Abbeville eut des ennuis pour avoir commenté le livre avec ses élèves au mépris de la «protection des mineurs». Plainte de parents, perquisition à domicile, garde à vue. La procédure, quand même vite abandonnée, s'offusquait précisément de trois scènes (une de zoophilie, deux de fellation). On subodore que l'ambiance du roman, sa joyeuseté macabre, aura gêné... Des éclats d'un humour terrible se glissent dans l'Analphabète... Agota Kristof n'est pas une affairiste, elle ne s'affaire qu'aux visions qui lui passent par la tête, elle ne vous dira pas lesquelles, pas pressée de les mettre sur le marché. Elle dit que la liberté n'est pas indispensable aux écrivains en particulier, elle l'est en général. L'Analphabète est une petite étoile étincelante dans la rentrée littéraire. Elle y brille par hasard.
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