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Le moment artistique que nous traversons est passionnant : essayons d'en prendre la mesure ou tout au moins d'en saisir quelques aspects significatifs.
En 2006, l'art sort de la crise qu'il subissait depuis les dernières années du XXe siècle. Il se caractérise à présent par une créativité exceptionnelle. Tout en sachant mettre à leur service les nouvelles technologies qu'ils utilisent, voire détournent et chargent de sens inattendus, les artistes puisent aussi dans les formes du passé.
S'imposait donc comme préalable, en amont de l'important chapitre consacré à l'art très contemporain né en France en ce tout début du XXIe siècle, un rappel des fondements et des généalogies sous la forme d'un parcours de la pensée sur l'art, illustré d'oeuvres importantes nées en Occident depuis mille ans.
Jean-Luc Chalumeau
Les courts extraits de livres : 03/06/2006
Brunelleschi est généralement considéré, sinon comme l'«inventeur» de la Renaissance, du moins comme celui qui réunit toutes les qualités pour l'incarner pleinement et pour avoir donné une forte impulsion à la concrétisation d'une série de tendances latentes. Architecte et sculpteur, né en 1377 à Florence, Filippo Brunelleschi fut initié à la tradition gothique, mais se passionna aussi pour l'architecture romaine dont il reprit les caractéristiques à l'intérieur de ses édifices - et notamment la technique du maintien de la pierre dans l'espace en faisant supporter par les murs le poids de l'ensemble. Il renouvela les traitements extérieurs, sans oublier cependant la sobriété des arènes et des théâtres, marque du génie proprement latin. Brunelleschi écarta les colonnes et pilastres d'origine grecque dont avaient abusé les temples romains et refusa tout aussi bien l'ornementation gothique qui, développée à l'excès en Italie, devait donner des monuments insatisfaisants comme la médiocre et surchargée cathédrale de Milan.
La logique seule le guida lorsqu'il lui fallut couronner la vieille cathédrale Santa Maria del Fiore par une coupole. Aucun architecte n'avait su jusque-là trouver une solution pour la lancer sur l'énorme espace séparant les piliers appelés à la supporter. Sur le transept octogonal hérité de ses prédécesseurs, Brunelleschi assit un tambour percé sur ses huit faces par de grands oculi qui l'allégeaient sans en diminuer la résistance. Deux coques emboîtées l'une dans l'autre, réunies par des entretoises, furent posées sur cet appui et formèrent la coupole à profil ogival, d'une incroyable élégance malgré ses dimensions colossales.