Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Pour les Allemands, en 1940, la France est la patrie des plaisirs sexuels. Les soldats, en particulier ceux qui partent sur le front de l'Est ou qui en reviennent, doivent y trouver le «repos du guerrier» sans les maladies vénériennes. L'un des premiers gestes de la Wehrmacht en France occupée sera donc de prendre le contrôle de la prostitution, de mettre en place un vaste système de maisons closes à destination exclusive des Allemands, de pousser les Françaises à y travailler, et d'interdire à ses troupes tout autre type de relations sexuelles. Comment les Allemands s'y sont-ils pris ? Quel fut le sort des prostituées et celui des femmes soupçonnées de l'être ? Quel rôle les autorités françaises ont-elles joué ?
Dans quelle mesure l'intervention de la Wehrmacht dans les rapports sexuels entre Allemands et Français a-t-elle marqué la vie quotidienne sous l'Occupation ? Réponse dans ce livre qui, s'appuyant sur des archives françaises et allemandes inédites, est appelé à faire date.
La revue de presse Yannick Ripa - Libération du 1er juin 2006
Après le combat, le guerrier a, de tout temps, droit au repos, car pour être soldat, il n'en est pas moins homme. Est-ce la conscience de ce postulat, jamais réinterrogé, qui conduit la Wehrmacht à penser à la satisfaction de la sexualité de ses troupes, dès la signature de la convention d'armistice ? En juillet 1940, le Haut Commandement de l'armée de terre (OKH) décide d'ouvrir des maisons closes pour les seules troupes allemandes, dont certaines seront réservées aux officiers, alors même que celles de la Wehrmacht leur étaient interdites. Ainsi est récupéré au profit de l'occupant le réseau prostitutionnel, créé en France par le système réglementariste. Cette rapidité à pourvoir au «ravitaillement sexuel» étonne l'auteur, historienne à l'université de Konstanz. Elle y voit l'expression d'une double urgence : il s'agit d'une part de contrôler les rapports de sexes entre les Allemands et les Françaises, en dirigeant ces relations vers la vénalité des bordels dont les prostituées juives et étrangères sont d'emblée exclues, et d'autre part de bloquer tout risque de contagion vénérienne... l'ouvrage entrevoit aussi que l'internement de femmes pour conduite sexuelle ne se limite pas à la prostitution ; il touche celles qui s'éloignent de la norme et de la morale imposées. Cette extension de la répression dénonce l'ampleur du projet : il veut non seulement contrôler les contacts entre «le monde d'hommes de l'occupant [...] avec la société assujettie», mais aussi contraindre les femmes aux seules conduites permises, qui définissent le féminin. Comme se plaît à le souligner l'historienne, cette histoire-là est bien «au confluent de l'histoire militaire, de l'histoire des genres et de recherches sur l'Occupation».