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C'est à Shanghai, ville mythique, interlope et fascinante, que débarque en 1938 Walter Neumann, un jeune journaliste autrichien rescapé de Dachau. Plus de vingt mille autres juifs européens, traqués par les nazis, trouveront ainsi refuge dans la seule ville au monde où l'on peut encore entrer sans visa.
La misère atroce des réfugiés et du peuple chinois côtoie le luxe effréné de nababs russes ou bagdadi, de caïds philippins, de Shanghaïens richissimes. Pianiste au Wiener Café, Walter Neumann noue amours et amitiés. La vie commence à lui sourire quand soudain les Japonais, maîtres de la ville, regroupent les réfugiés juifs dans un ghetto.
Pris dans le filet, Walter Neumann se débat pour survivre et repousse l'instant où il devra choisir entre ses deux amours : Macha la belle Russe fortunée, et Feng-si la Chinoise captivante. Mais les troupes communistes avancent... Il fuira à Hong-Kong, et son destin se jouera à Macao.
Avec ce grand roman d'amour et d'aventures, présenté ici dans une nouvelle édition, Michèle Kahn a révélé en
1997 au public ce fait historique passionnant et méconnu.
Romancière, auteur notamment du Roman de Séville de Cacao et de La Pourpre et le Jasmin, ainsi que d'une centaine d'ouvrages pour la jeunesse. Michèle Kahn est aussi journaliste au Magazine littéraire et à L'Arche.
Les courts extraits de livres : 08/06/2006
Chaque fois que Walter rencontrait un nouveau visage, il mentionnait le nom de Thomas Schoenberg, sans avoir jusqu'ici obtenu d'écho. Il ne désespérait pas pour autant de tomber un jour sur son ancien compagnon et restait persuadé que celui-ci l'aiderait à forcer le sort.
Ses mains gercées avaient prestement guéri (il grimaça en se souvenant qu'il entrait une bonne part de graisse d'entrailles de porc dans la fabrication de la crème merveilleuse) et ses doigts couraient avec légèreté sur les touches du piano tandis que, en cette mi-février grise et pluvieuse, il se remémorait les péripéties des trois dernières semaines.
Le lendemain de la mort de Paco, Walter avait, défiant le bon sens populaire, lâché la proie pour l'ombre, et s'en félicitait aujourd'hui. L'invariabilité de son emploi du temps commençait à l'étouffer. Aussi, sur un coup de tête, avait-il annoncé à Franz Bauer éberlué qu'il renonçait à son rôle de serveur, pourtant le plus lucratif en raison des pourboires généreux, et ne conserverait que son rôle de pianiste. Le mot de «rôle» lui était venu aux lèvres car, dans les deux situations, il se regardait jouer. Aucune ne constituait à ses yeux un travail, encore moins un métier. Son métier, c'était le journalisme, et il ne pourrait s'y consacrer qu'en retrouvant du temps.
Une idée l'avait effleuré quand, au Wiener Café, il avait entendu un enseignant du Lycée français s'esclaffer à la lecture de l'annonce parue dans Le Journal de Shanghaï : «Réfugié allemand parlant couramment le français, bonne expérience des affaires, comptable, expérimenté, cherche placement n'importe quoi.» Dans son hilarité, le professeur se tapait sur les cuisses.