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Auteur : France Dhorne
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Langues
Editeur : Ophrys, Paris, France
Collection : Bibliothèque de Faits de langues
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-7080-1128-1
GENCOD : 9782708011281
Partons du fait qu'une langue est un système de représentation d'un monde à la fois extérieur à elle-même puisqu'elle le représente, mais dont elle fait aussi partie intégrante (actes de langage, métalangue, etc.). Elle permet de rendre compte de ce monde (monde réel, non-fictif) ou de le créer (mondes fictif, imaginaire, hypothétique), la première activité pouvant être ramenée à la seconde au sens d'une re-création dans la langue. Qu'il soit fictif ou non, c'est un monde en évolution (il s'y produit des événements, les choses changent), fondé donc sur un dynamisme. S'interroger sur l'aspect et le temps, c'est s'interroger sur ce dynamisme. La terminologie généralement utilisée en linguistique pour parler de l'aspect («déroulement», «état résultant» par opposition à «état pur») témoigne d'une tentative de saisir cette évolution. En revanche, la majorité des études linguistiques traitant du temps en donnent, étrangement, une représentation toute statique : position de l'événement par rapport au temps d'énonciation (passé, présent, futur), situation de deux événements entre eux (antériorité, simultanéité, postériorité). Doit-on en conclure qu'une langue n'a pas les moyens d'exprimer le dynamisme temporel ? Ou au contraire qu'elle est un moyen de stabiliser l'instable ? Ou bien encore que ce sont les théories linguistiques qui sont impuissantes à rendre compte du dynamisme propre au langage ?
C'est sur les procédés linguistiques mis en oeuvre par une langue particulière, en l'occurrence le japonais, pour traiter le dynamisme, que s'interroge cette étude. Pourquoi des valeurs aspectuelles qui nous paraissent antithétiques comme le non-accompli (progressif) et l'état résultant peuvent-elles apparaître sous un même marqueur te iru en japonais ? Pourquoi un marqueur (ta) censé exprimer le passé ou l'accompli peut-il apparaître dans des expressions comme Chotto matta ! (Attends un peu !) plus proches d'un impératif ?
En partant de l'aspect qui est, d'un point de vue morpho-syntaxique, plus facilement repérable en japonais, l'auteur analyse un ensemble de formes ou de marqueurs et les valeurs de sens qu'elles permettent de construire en s'attachant à reconnaître des droits égaux à tous les énoncés, autrement dit à refuser la notion d'exception. Ceci fait apparaître un système morpho-syntaxique qui n'est sûrement pas construit sur la base d'une distinction entre les catégories de temps, aspect et modalité et permet, dans la mise au jour des opérations dont les marqueurs sont la trace, de comprendre comment se construit la notion du temps dans et à travers la langue japonaise.
France Dhorne est Docteur d'Etat en linguistique et Professeur à la faculté des lettres de l'Université Aoyama-Gakuln à Tokyo. Issue du courant de la Théorie des Opérations Énonciatives d'A. Culioli, elle s'intéresse plus particulièrement aux problèmes de syntaxe et sémantique du Japonais et du français.
On ne peut nier que la plupart des langues possèdent dans leur système morphologique une catégorie verbale qui le plus souvent porte des marques d'aspect. Cette fréquence est sans doute révélatrice d'une particularité de cette catégorie grammaticale. Mais si le phénomène n'est pas vérifié systématiquement pour toutes les langues, il est difficile de l'ériger comme propriété universelle de l'aspect. Par ailleurs, toutes les études sur l'aspect verbal font intervenir dans les analyses d'autres catégories linguistiques que le verbe. Certaines lui sont attachées certes (adverbes comme «déjà» en français), mais pas obligatoirement (adverbes de phrase, déterminants du nom, etc).
Cet attachement au verbe comme point d'application de l'aspect est bien perçu par D. Cohen (1989), qui tente de justifier un point de vue qui est aussi le sien : «...Quoi qu'il en soit, le verbe, surtout, mais non exclusivement, sous la forme conjuguée, apparaît comme le siège de la relation prédicative et le symbole de la phrase elle-même.» (p. 50) «...Dire que le verbe est un centre prédicatif ne signifie pas qu'il porte obligatoirement une marque explicite qui lui soit propre...»
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