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Auteur : Dubravka Ugresic
Traducteur : Mireille Robin
Date de saisie : 03/03/2010
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Litterature Etrangere Fayard
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 9782213620756
GENCOD : 9782213620756
Sorti le : 26/08/2004
Mosaïque de souvenirs, d'anecdotes, de réflexions, ce roman est bâti autour de douze brèves histoires d'exil avec, comme fil conducteur la mémoire : ce qu'on garde du passé et ce qui s'efface.
Situé principalement à Berlin et centré sur ceux que l'éclatement de la Yougoslavie a contraints à l'exil, ce roman, encensé par la critique internationale, restitue l'universalité d'une expérience si cruellement personnelle, celle de la perte des repères, de la solitude extrême et de la déconstruction de soi dans l'exil.
Susan Sontag, le grand écrivain américain, a déclaré après la lecture du Musée des redditions sans condition : «Voici un écrivain à suivre. Et à aimer.»
Née dans l'ancienne Yougoslavie, Dukravka Ugresic a été contrainte de quitter la Croatie en 1993 pour des raisons politiques. Elle enseigne aujourd'hui la littérature russe et vie entre Amsterdam et Berlin.
Après avoir été acclamée dans le monde entier pour l'un de ses premiers romans, Le musée des redditions sans condition (Fayard 2004) puis pour Le ministère de la douleur (Albin Michel 2008) Dubravka Ugresic, dont l'oeuvre est traduite en plus de trente langues, donne ici une nouvelle collection d'essais (après Ceci n'est pas un livre, Fayard 2005), dont l'accueil a été unanimement enthousiaste. Son oeuvre a été primée à onze reprises, et notamment en 2006 par le PEN Writers in Translation.
Dans le Musée des redditions sans condition, certains passages peuvent être identifiés comme des fragments de la réalité, d'autres comme des produits fictionnels. L'histoire qui suit est rapportée comme «une histoire qui court à propos du général Mladic, le criminel de guerre». Alors qu'il pilonnait Sarajevo depuis des mois, Mladic ayant un jour aperçu dans la mire de son canon la maison d'une de ses connaissances, aurait téléphoné pour avertir «qu'il lui laissait cinq minutes pour ramasser ses "albums" avant de faire sauter sa maison. Par "albums", le général Mladic entendait les albums-photos. Ce criminel (...) était parfaitement conscient qu'il travaillait à l'anéantissement de la mémoire. Dans sa "magnanimité", il abandonnait à cette personne le droit de vivre et de se souvenir... Comme Mladic, Dubravka Ugresic connaît l'importance des photos. Exilée de Croatie depuis 1993, elle écrit : «Les réfugiés se divisent en deux catégories : ceux qui ont des photos et ceux qui n'en ont pas»... Le Musée... est donc un livre sur l'exil. Pas l'exil devenu nostalgique de ceux qui se sont reconstruit une vie, qui ont une nouvelle maison, de nouveaux amis, ou au moins des commerçants qui les reconnaissent. La narratrice n'a rien de tout ça : à 45 ans, elle a perdu famille, amis, travail et même désir de retourner chez elle, mais c'est un esprit décidé à ne pas se laisser fléchir par le déracinement et la solitude. Elle regarde comment d'autres exilés croisés à Berlin ou aux Etats-Unis se mettent en condition de supporter la perte de leur vie d'avant et d'assurer la continuité de leur biographie...
L'exil a la structure du rêve. C'est aussi une sorte de paranoïa, un puzzle dont certaines pièces ont été perdues, ou un assemblage de photos dans n'importe quel ordre, et dont plusieurs n'évoquent personne. L'exil ressemble à cette étrange vitrine du jardin zoologique de Berlin où sont exposés les objets trouvés dans les entrailles de l'éléphant de mer Roland, qui rendit l'âme le 21 août 1961, à savoir : un briquet rose, quatre bâtonnets d'esquimaux en bois, une broche métallique en forme de caniche, un décapsuleur... L'exil est trop vaste pour tenir même dans les 350 pages du très beau et mystérieux roman de Dubravka Ugresic. C'est pourquoi l'auteur, une savante professeur de russe d'origine bulgare élevée en Yougoslavie, avant d'en être chassée par la guerre, de se retrouver en Allemagne, en Amérique, à Lisbonne et dans différents endroits de la planète, a préféré pratiquer la métonymie et diverses ruses chères à l'art contemporain pour essayer de renouer les fils de sa mémoire. Dire les silences, les blancs aussi, les images effacées et les images obsédantes, les fantômes, les coïncidences troublantes, les hasards objectifs... Les choses qu'elle aime évoquer ressemblent toutes aux boules de verre que l'on retourne pour faire tomber la neige sur une ville, un couple d'amoureux, un gâteau d'anniversaire. Elles ne servent à rien. Les pensées sont spéculatives au fil des caprices de la mémoire, des déchirures biographiques, sous le signe du manque et de la pesanteur. Elles rapprochent Dubravka Ugresic d'une autre romancière exigeante, Christa Wolf...
Mais au bout de toutes ces pages au désordre apparent, aux lacunes affichées, après tous ces aveux d'impuissance, d'ignorance, d'amnésie et de solitude, dans ce brouillard froid de l'errance, se lit un amour éperdu pour les siens.
C'est, sans doute, aujourd'hui, du côté de la littérature de l'ex-Yougoslavie que le motif de l'exil est écrit, au plus juste, entêtante déchirure. Tout comme les remarquables romanciers David Albahari (Gallimard) ou Vladimir Tasic (Les Allusifs), Dubravka Ugresic a quitté son pays au début des années 90.
Née en 1949, professeur de littérature, la romancière a commencé à publier en 1978. Accusée en 1993, avec quelques autres intellectuels, de «porter atteinte aux intérêts de la Croatie», elle doit s'exiler. Comme autant de reliquats de cette vie transportée dans une valise et renversés par terre, les réminiscences ou réflexions se répondent, éparses, en sept parties, s'assemblant sans s'agréger reflet d'existences fragmentées en des carnets intimes, citations ou ellipses. Que cette mémoire soit autobiographique ou non, là n'est pas la question.
Traduit en quinze langues, écrit dans un idiome universel, le texte évoque les êtres et les destins flottant après la décomposition d'une nation et d'une histoire. L'exil est, pour eux, musique, éternelle interrogation, hébétude de soi-même dans un état de veille quasi hypnotique. Dubravka Ugresic suit les itinéraires de groupes d'amies, qui sont elles aussi disloquées à l'intérieur ; l'une d'entre elles se consume en des haines ethniques qui ne sont que des prétextes à soulager de plus anciennes frustrations, d'autres sont désintégrées par l'exil, alors même qu'elles semblent parfaitement assimilées... le livre de Dubravka Ugresic, sinueux et âpre, mais où il n'y a pas la moindre trace d'affectation, est une oeuvre qui fait surgir le vers de Rilke : «Et derrière lui tout ce pays/que nul plus ne saurait apprendre.»
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