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Satan, trônant dans un enfer un peu délabré dont le plafond fissuré laisse passer de malencontreux rayons de soleil, croque des livres indigestes pour son petit déjeuner tout en écoutant les rapports de ses démons envoyés sur terre pour tenter les hommes... Un esprit du foyer échange d'agréables souvenirs avec un squelette sorti de sa tombe quand un diablotin débarqué à l'improviste s'amuse à semer la pagaille... Cocasses et cyniques, ces deux petits textes publiés en Russie vers 1830 par l'énigmatique baron Brambeus témoignent de la vogue du surnaturel et de l'occultisme à l'époque romantique, tout en exploitant à des fins satiriques cette veine burlesque qui a toujours permis aux esprits critiques de tourner en dérision la sottise et les idées toutes faites.
Les courts extraits de livres : 18/07/2006
Extrait de l'avant propos :
Parallèlement à ces oeuvres macabres et délibérément terrifiantes continue à se développer une veine satirique : dans La Panhypocrisiade de Népomucène Lemercier (1819), des démons assistent en enfer à une représentation théâtrale célébrant les prouesses de Satan, comme la tentation d'Eve ou la trahison de Judas. Mélangeant allégrement le sérieux et le grotesque, l'auteur y dénonce les hypocrisies humaines tant dans la vie privée et sociale que dans le monde littéraire. Les Contes du gay sçavoir de Ferdinand Langlé racontent les mésaventures d'un démon au service d'un évêque. Satan envahit également les arts graphiques dans de nombreuses caricatures et illustrations (c'est en 1831 que Gavarny publie La Procession du diable dans La Caricature, et en 1833 que paraissent dans Le Charivari les Diableries de Ramelet). Sur les scènes des théâtres parisiens, les diables dansent, chantent, séduisent et tentent à qui mieux mieux dans des comédies, des drames, des opéras ou des ballets. Et nous n évoquons ici que des oeuvres datant d'avant 1835, année de la publication du second texte de notre recueil.
Si bien qu 'au moment où le baron Brambeus publie à Moscou Une grande réception chez Satan, puis Notes d'un esprit du foyer, on peut dire à juste titre que l'Europe a des allures de pandémonium...
Le goût pour l'épouvante, le diabolique, le monstrueux et le sanglant, qui ne cesse de ressurgir périodiquement au fil des siècles, est invariablement battu en brèche par un esprit de dérision, lui aussi inhérent à la nature humaine, que l'on appellerait aujourd'hui de «l'humour noir». Ossip Senkovski, alias le baron Brambeus, noue paraît être un digne représentant de cette veine sarcastique et grotesque qui se rit des modes, des lieux commune et de la gravité pontifiante, ainsi que de Satan, de ses oeuvres et de ses pompes.