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«L'enterrement de Pierre Giroud m'a énormément déçu, c'était une cérémonie sans réelle émotion. Tout cela manquait de rythme, de conviction. Le père Rouquet lui-même n'était pas dans son meilleur jour. Non, vraiment, cet enterrement ne me marquera pas, on est bien loin d'Antoine Mendez. Ah l'enterrement d'Antoine Mendez ! Sa femme essayant de sauter dans le caveau pour le rejoindre dans l'éternité, ses cris hystériques, ses trois fils la retenant dans des spasmes maîtrisés de grands garçons face à la mort, le discours de son meilleur ami admirablement ciselé... Antoine Mendez, voilà quelqu'un qui a réussi son enterrement.»
À force de courir les enterrements, le narrateur est devenu un expert en la matière. Mais à bien regarder l'assistance, il semblerait qu'il ne soit pas le seul...
Figurec est le premier roman de Fabrice Caro.
Les courts extraits de livres : 12/08/2006
... fait environ un an que j'ai rencontré Julien pour la première fois dans un vide-greniers. Dire de quelqu'un que l'on connaît depuis un an à peine qu'il est votre meilleur ami peut paraître complètement artificiel. C'est pourtant le cas. Je vendais alors quelques affaires dénichées dans le grenier de mes parents pour me faire un peu d'argent et Julien s'était mis à l'arrêt devant le Square Room d'Al Corley qui se trouvait dans mes cartons et que je n'avais jamais remarqué. Nous avons immédiatement sympathisé sans trop savoir pourquoi. Le soir même, il me présentait Claire et j'inaugurais la longue série de repas que j'allais prendre chez eux. Dès l'instant où je leur ai dit que j'écrivais des pièces de théâtre, s'est instaurée entre nous une relation très particulière, une espèce de protectorat tacite. Il y a les artistes et ceux qui auraient aimé être artistes, c'est généralement dans cette catégorie qu'on trouve les mécènes - et puis il y a ceux qui n'en ont rien à foutre, pour qui les artistes sont soit des fainéants, soit des homosexuels, soit les deux. Claire et Julien ne se sont pas, à proprement parler, imposés comme des mécènes (il n'a jamais été question d'argent entre nous), disons plutôt qu'ils étaient dans une période de romantisme humanitaire. Être les amis d'un artiste fauché (ou artiste maudit) constituait exactement l'occupation de gauche bourgeoise qu'ils recherchaient à l'époque pour rompre la monotonie de leur quotidien. S'est donc naturellement organisé un rythme très régulier de cinq repas par semaine pendant lesquels nos liens se sont affermis jusqu'à devenir ceux de, par exemple, vieux amis d'enfance.