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Auteur : Fatma Zohra Zamoum
Date de saisie : 22/07/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : la Chambre d'échos, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-913904-31-6
GENCOD : 9782913904316
Ses livres et la cigarette, ses petits boulots, son quartier (Belleville), les hommes qui passent et celui qui va rester constituent le quotidien, traité avec humour, d'une jeune femme dont le programme est «lire la nuit, rêver le jour à ses lectures».
Un texte qui s'adresse aux grands lecteurs, aux fumeurs, aux ex-fumeurs, aux immigrés, aux lettrés, aux CPE, aux emplois précaires, aux jeunes femmes délurées, aux amateurs de romans d'amour.
«Le libraire pense que j'ai l'enthousiasme des néophytes, il ne le dit pas mais je suis sûre qu'il le pense. La différence essentielle entre lui et moi, c'est que lui vit en ménage avec les livres alors que je suis juste amoureuse de la littérature. Il n'y a qu'une seule solution pour en finir avec le discours, avec ce rapport amoureux, arrêter de tourner autour du pot : écrire un livre.
Je vends donc tout Camus sans avoir rien réglé des questions qu'il soulevait en moi, j'achète pour un mois de tabac et prends la décision de mûrir l'idée d'écrire, le temps que durera le tabac-Camus.»
L'auteur, française d'origine algérienne, 39 ans, venue à Paris pour ses études, est d'abord cinéaste et auteur de scénarios. Plusieurs publications dont un roman (À tous ceux qui partent, L'Harmattan, 1999) et des ouvrages sur la peinture. Enseigne l'histoire de l'art à l'université de Marne-la-Vallée.
Aujourd'hui, je commence mon travail à dix heures, il faut appeler les bureaux. La cible pour les produits que je dois vendre, c'est le cadre moyen. Contrairement au directeur qui arrive entre sept et huit heures, le cadre moyen arrive vers dix heures du matin. Il peut lui arriver de rester tard mais il commence rarement son travail avant cette heure-là. Bien évidemment, les secrétaires sont arrivées aussi et ce que l'on nomme dans le jargon des téléphonistes «le barrage secrétaire» a plus de chances de se produire. Dans mon nouveau métier, il y a donc un ennemi réel qu'il faut jauger, amadouer ou bluffer, c'est la secrétaire. «C'est pour quoi ?» demande t-elle, «C'est personnel» dois-je répondre. Et il faut que j'y croie au truc personnel que je partage avec le cadre moyen pour que la secrétaire ne fasse pas barrage. Le truc personnel c'est qu'il faut absolument qu'il souscrive à une assurance-vie car, tout cadre qu'il est, il n'est pas à l'abri d'un accident. Je m'arrange, donc, avec certains, de jouer à la prophétesse qui annonce l'imminence d'un accident. J'en ai pour huit heures à traquer le cadre. Huit heures à essayer de trouver un rythme, une intonation, une façon de présenter les choses qui m'éviterait l'ennui et l'éviterait à mes interlocuteurs. Huit heures d'apnée.
Et pour qu'à ma sortie du travail je retrouve un peu d'épaisseur, je passe chez le libraire à qui je revends mes ouvrages. Je le vois maintenant depuis deux ans, une à deux fois par semaine. Ce n'est pas vraiment un psy mais cela pourrait lui ressembler si je décidais que ma vie est un problème. Or ma vie aussi simple et compliquée qu'elle se présente n'en est pas un. Je n'ai aucun ressentiment à l'égard de mes géniteurs, aucune envie d'en finir avec mon existence et surtout je ne m'ennuie pas le moins du monde. Certes, cette absurde décision pourrait être analysée et elle pourrait révéler quelque faille structurelle mais à quoi bon. Ma passion pour les livres m'amène naturellement vers celui qui, tout en leur donnant un prix, sait ce qui se cache derrière les mots.
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