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Auteur : Christiane Singer
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-226-17337-9
GENCOD : 9782226173379
XVIe siècle. Sigismund d'Ehrenburg, ayant surpris sa femme avec son page, l'a condamnée à un châtiment exemplaire. Cheveux rasés, elle est cloîtrée dans sa chambre où aucune lumière ne filtre et doit chaque soir descendre dîner avec son époux et boire dans un étrange vase : le crâne de l'amant qu'il a tué.
Mais ce châtiment n'a pas apaisé le châtelain dont l'amour pour Albe reste vivace.
L'épreuve d'amour est ici très proche de l'expérience initiatique, voire mystique. Et si Christiane Singer, inspirée par l'Heptaméron de Marguerite de Navarre, rend à merveille la mentalité qu'elle approche dans toute sa complexité, son intensité, ses paradoxes. A la fois épuré et baroque, ardent et cruel, brutal et sophistiqué, à la manière de La Princesse de Clèves, Seul ce qui brûle, roman épistolaire, touche au plus intime de soi et à l'universel.
L'AUTEUR
Christiane Singer a publié toute son oeuvre aux Éditions Albin Michel, romans et essais qui sont autant de réflexions sensibles pour approcher cette connaissance de soi sans laquelle le monde nous reste opaque et incompréhensible. La Mort viennoise (Prix des libraires 1979), Histoire d'âme (Prix Albert Camus 1989), Rastenberg, Les sept nuits de la reine entre autres du côté roman. Du bon usage des crises, Éloge du mariage, de l'engagement et autres folies, Où cours-tu, ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?, N'oublie pas les chevaux écumants du passé, qui ont touché un très large public.
Christiane Singer vit en Autriche et donne des conférences dans toute l'Europe, toujours très attendues et très suivies.
A Brive, la romancière incandescente de «Seul ce qui brûle» vient de recevoir le très mérité prix de la langue française...
D'une nouvelle de trois pages, lue dans l'«Heptaméron» de Marguerite de Navarre, Christiane Singer a tiré un bref roman par lettres, d'une pureté et d'une dureté d'onyx. C'est une fable sur l'insupportable brûlure de la passion amoureuse, le désastre à quoi s'exposent ceux qui rêvent d'absolu et l'étrange bonheur de vivre que confère le temps aux rescapés de l'abîme...
Toute son oeuvre l'atteste,..., elle n'a jamais aimé la tiédeur, elle n'a jamais voulu vivre plat, elle n'écrit jamais mieux, avec un lyrisme sec, une prose sans gras, que sur les sentiments qui élèvent et brûlent.
«Seul ce qui brûle», le dernier roman de Christiane Singer, est une histoire d'autrefois racontée comme un film d'époque, une histoire simple portée par la violence des sentiments, l'acceptation du destin, le tragique du romanesque. L'action se déroule au XVIe siècle. Les acteurs, le comte Sigismund et Albe, sa jeune épouse, sont deux amoureux épris et prisonniers du carcan des règles de leur temps...
La musique du livre est grave, solennelle, d'un tempo lent, qui occupe, sans pompe et en le sublimant, le silence douloureux qui règne entre les personnages.
Romancière inspirée et conférencière érudite, femme dont la sagesse croît avec l'âge sans que son ardeur ne faiblisse, châtelaine autrichienne, chrétienne atypique, Christiane Singer n'écrit pas des bluettes : elle n'y croirait pas. Ce à quoi elle croit, en revanche, c'est que les désastres sont initiatiques et peuvent engendrer le meilleur. Alors, avec le verbe pour outil - et elle le manie avec adresse et audace -, elle creuse dans les abîmes humains pour en extraire l'or de la vie. Son récit, «squelettique» - à la fois réduit à sa plus pure expression et touchant à cet «infracassable noyau de nuit» dont parle Breton -, est émaillé d'aphorismes qui cristallisent sa conception subtile du monde : des rapports entre le bien et le mal, les êtres et l'Être, l'humain et la bête, la liberté et la destinée. Il se lit, se relit, se médite.
A aucun moment elle ne parut ployer.
Pourtant cette notation est trompeuse car il n'y avait pas de défi dans son attitude ni l'ombre d'une arrogance. Sa modestie était confondante et sa dignité sans la moindre ostentation. Ne l'avez-vous pas admirée vous-même ? Et ce geste que j'attendais soir après soir, lorsqu'elle soulevait à deux mains, pour y boire, le crâne ! Jamais ne s'accélérait l'imperceptible et lent mouvement de respiration dans sa poitrine et cette scène y gagnait pour finir, dans sa pureté héraldique, un caractère liturgique.
Comme seules quelques chandelles étaient disposées selon mes souhaits, elle ne pouvait jamais voir dans la semi-pénombre où je me tenais si je la regardais ou non.
C'est sa noblesse doublée de ma fascination féroce qui nous enlisa. Aucun changement n'était possible. Notre entièreté à tous deux nous eût été à jamais fatale. Trois années s'étaient écoulées sans le moindre vacillement, sans une seule dérogation à cette loi de fer.
Quelle force inconnue vous guida jusqu'à nous en cette fin d'avril ?
Le dégel tardif était commencé. Un jour blafard et maussade s'en allait sans que personne eût songé à le retenir. Le soir tombait. Les charrois avaient de la peine à tourner dans la grande cour encombrée d'énormes tas de neige dressés là à la pelle et qui pourrissaient doucement. Votre voiture s'y était imprudemment engagée. J'avais donné l'ordre à mes gens d'interdire à quiconque l'accès du château depuis qu'un cousin de ma femme, alerté de son sort, s'était mêlé de vouloir la délivrer. Aussi vous eût-on renvoyé sans égard si le sort n'en avait décidé autrement.
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