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Auteur : Gilles Lapouge
Date de saisie : 26/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-226-17333-1
GENCOD : 9782226173331
«La figure du soldat remontait, comme du fond d'un lac, et resplendissante, à mesure que la calèche aux coussins bleus s'élevait dans les tournants qui joignent la gare de Champtercier au village, surtout à partir du bois des amoureux qui forme la frontière, nous le disions toujours, du village. La frontière de notre enfance. Notre bonheur commence et finit au bois des amoureux. Notre tristesse commence et finit au bois des amoureux. Un point, c'est tout !»
«Mes précédents romans étaient exotiques. Ils ne se contentaient pas de m'emmener en des pays lointains. Ils me changeaient d'époque également - l'Islande du XVIIIe siècle, le Brésil du XVIIe, l'Autriche de Napoléon... Avec celui-ci, je me rapatrie doublement - dans mon temps et dans mon pays, puisque l'histoire se développe dans les Basse-Alpes, et à notre époque, entre les deux guerres. Pourquoi ? J'obéis à des envies et je ne vois guère de différence entre le lointain et le proche. Ou plutôt, le proche me semble très lointain.»
Gilles Lapouge, journaliste, a longtemps séjourné au Brésil. Essayiste et romancier, il publie son premier roman en 1964, et crée «Apostrophes» avec Bernard Pivot.
Aussi écrit-il sa vie «en oblique», comme dans ce dernier roman, Le Bois des amoureux, puisé en partie dans ses souvenirs estivaux de petit enfant heureux de l'entre-deux-guerres. Au centre de l'action, le professeur, M. Judrin, délectable voyageur immobile, «seigneur d'un morceau du globe terrestre» situé à une bonne lieue de Digne. Autour de lui, tout un petit monde délicieux, avec, dans le désordre, un curé philosophe, un facteur minuscule, un soldat cantonnier au grand coeur et défenseur des chemins de traverse, un mystérieux parrain reclus dans sa chambre obscure..., tous amoureux des mots et de l'absurde. Avec eux, on s'imprègne d'une époque révolue, on savoure la fantaisie érigée en art et on se délecte de l'encre sympathique de l' «ancien jeune» Lapouge. Son ami Bernard Pivot (ils ont créé ensemble Ouvrez les guillemets en 1973), désormais académicien Goncourt, confessait il y a peu son admiration pour ce roman hors mode, plein de gaieté et d'humour. Sera-t-il entendu ?
La nostalgie, comme la mémoire, est un pays étrange. Et Gilles Lapouge est son guide. Il en connaît les moindres recoins, saisit les petits détails ordinaires et merveilleux, sait où se trouvent les frontières émouvantes. Il fait «briller les souvenirs», et les donne à voir aux visiteurs lecteurs que nous sommes, étonnés de constater que la beauté était devant nos yeux ou dans notre musée personnel. Dans Le Bois des amoureux, l'écrivain évoque l'entre-deux-guerres, à Champtercier, un village des Basses-Alpes, département qui adoptera plus tard une appellation plus «tendance», les Alpes-de-Haute-Provence, «comme si c'était Juan-les-Pins», peste le narrateur, qui pourrait bien être l'auteur de ce roman.
Les cerises, et d'autres venaient de l'Ardèche, de Grenoble ou de Marseille, car M. et Mme Judrin avaient eu sept enfants dont deux étaient morts très vite, et des cargaisons de petits-enfants, et certains venaient d'Algérie où leur père était le commandant d'armes d'une ville du Constantinois, Dellys, sous les monts du Djurdjura, dont le port minuscule était un ravissement. Le samedi matin, ils allaient à ce port. L'eau était huileuse, noire et lisse, avec des arcs-en-ciel. Ils jetaient des sous pour voir plonger les petits Arabes qui étaient des vraies loutres et, chaque dimanche matin, la musique des tirailleurs, qu'on appelait la nouba, éveillait toute la famille avec des trompettes et des tambours car c'est ainsi, quand on a un père commandant d'armes d'une ville de l'Empire français, et les cousins et les cousines étaient bouche bée.
L'été, tout le monde ralliait Champtercier. Les enfants y passaient un mois entier, ou deux mois, trois mois, et certaines années ils revenaient à Pâques ou à Noël, selon les familles. Les mois de juillet et d'août étaient exténuants. On crevait de chaud.
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