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Vu d'en haut, tout semble parfait dans la vie de Jerry Baffle.
A ses heures perdues, ce descendant d'immigrés italiens survole dans son trois-places Cessna la jolie banlieue de Long Island où il habite. Son fils Jack vit confortablement et sa fille " Je te dois la vérité sur la mort d'Eugène Sacco, sur les raisons de la protection dont nous bénéficions, ma famille et moi, depuis le meurtre.
Sacco, comme tu le sais, n'est pas mort de mort naturelle. Et nous avons toujours gardé le silence. Combien sommes-nous, penses-tu, à connaître l'identité de son assassin ? " Des possédés ! " te moquais-tu timidement en nous désignant, en nous associant. Des possédés, oui, mais des possédés qui possèdent, Antoine. Nous avons partagé le secret de la mort d'Eugène Sacco pendant tant d'années. Le secret nous a rendus plus forts, invulnérables, presque supérieurs, je te l'accorde.
Et tu es resté si faible. "
La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur
... Même si «Je te laisse» est une pure fiction, doublée d'un subtil exercice de style, on imagine le plaisir cathartique avec lequel Roberts poursuit, d'une haine presque sauvage, certains de ses démons.
La femme qui dit adieu à son «pauvre amour» se prénomme Romy. C'est une photographe de renom qui dirige une revue de luxe, style «Egoïste», a été jurée au Festival de Cannes et dont le père est académicien. Car la famille San José est puissante et possédante. Comme le camembert, elle est faite à coeur sous une croûte blanche et fleurie. Elle règne sur l'édition, le cinéma, l'Unesco, Paris. Elle a su élever la corruption à la hauteur d'un bel art. Et elle gouverne par le secret. Antoine, le mari éconduit, y est entré autrefois en courbant l'échine pour devenir aussitôt le nègre «pas très cher» de son beau-père... Avec cet air de ne pas y toucher et cette fausse légèreté que l'on retrouve dans les films noirs de Claude Chabrol, Jean-Marc Roberts massacre le monde dans lequel il baigne avec autant de rage qu'il en met à se détruire. Le fiel lui va si bien. Dans «Une petite femme», où il ne cachait rien de l'intimité de sa mère, il avouait en avoir assez d'être «convenable». Qu'il se rassure, avec «Je te laisse», il ne l'est plus.
La revue de presse Marianne Payot - L'Express
Jean-Marc Roberts semble ne jamais devoir vieillir. Tel un gamin, grave ou malicieux - c'est selon - l'auteur de 50 ans, patron de Stock, égrène ses romans comme autant de pieds de nez. Pieds de nez aux bien-pensants, aux pudibonds, aux cultureux, au qu'en-dira-t-on... Plus il incommode, plus il en rajoute. Cette fois-ci, il joue à l'arroseur arrosé, dans un joli souffle d'autodérision. La rupture n'est plus de son fait, la femme a pris le pouvoir... Quelquefois déconcertant, mais toujours juste, l'auteur d'Affaires personnelles, en maître du bonneteau, s'amuse avec son lecteur, jouant, sourire aux lèvres, avec les multiples clefs de son roman.