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Auteur : Muriel Barbery
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-07-078093-8
GENCOD : 9782070780938
Un véritable coup de coeur pour ce roman ou se mêlent philosophie et petit salé au lentilles.
Renée n'est pas celle qu'on croit, elle se conforme à l'image de la concierge vielle, laide et bête, mais elle lit Kant et écoute de la musique classique dans l'arrière cuisine.
Colombe, elle, a 12 ans et ne supporte pas ce monde de faux semblants dans lequel elle vit. Elle a donc décidé de se suicider le jour de ses 13 ans.
Merveilleuse galerie de portraits de ces habitants d'un riche hôtel particulier parisien.
Regard aiguisé, désabusé.
On rit énormément et malgré tout le roman se termine par une forte émotion qui vous laisse les larmes au bord des yeux.
Lorsqu'on m'a posé la question de mes liens avec les libraires, c'est un visage qui a surgi. Celui d'une libraire qui officie, et c'est vraiment le terme, à la librairie générale Ryst de Cherbourg, pas très loin de là où j'habitais, en Normandie, lorsque mes deux romans ont paru. À l'occasion de la sortie du premier, elle m'avait invitée à une séance de dédicaces très chaleureuse. Puis, plus tard, conviée à faire partie du jury du prix littéraire de la ville de Cherbourg. Et elle m'avait fait découvrir, à cette occasion, un texte extraordinaire : En silence de Daniel Arsand - un bouleversement et une révélation. C'est un roman magnifique, à la langue somptueuse et au souffle puissant. Telle est la vocation des libraires : passeurs de littérature, accoucheurs de rencontres imprévues dans la grande jungle des parutions multiples. Je pense souvent avec beaucoup d'amitié à Joëlle Lesauvage et à la manière qu'elle a de réussir, tout en faisant son travail quotidien d'accueil et de conseil, à dévorer un nombre invraisemblable de livres pour en rendre compte avec un sens aiguisé de la lecture et une capacité d'émotion inégalée.
Je remercie, à travers elle, tous les libraires qui lui ressemblent.
(Propos recueillis par téléphone)
"Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants. Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. "
Muriel Barbery est née en 1969. L'élégance du hérisson est son deuxième roman. Le précédent, Une gourmandise, est traduit en douze langues.
Elle dit également qu'elle écrit de manière désordonnée - alors que dans son livre, c'est justement cette structure de narration alternée et très travaillée que l'on remarque, de même que l'architecture savamment étudiée d'une galerie de personnages animée par trois acteurs forts et psychologiquement bien pensés : la concierge, l'adolescente riche et surdouée qui veut se suicider, et le nouveau locataire japonais, riche également, veuf, et amateur d'art - il y a de belles envolées sur l'art et la culture dans cet ouvrage. Renée, n'est pas ce que l'on peut appeler une héroïne, et elle n'est même pas sympathique - au début tout au moins. Cette concierge de 54 ans, qui officie depuis près de trente années au 7, rue de Grenelle, est une veuve, «rarement aimable», «une haleine de mammouth», «petite, laide, grassouillette», «des oignons aux pieds», qui manie l'ironie avec générosité. Personne n'échappe à ses sarcasmes. En fait, derrière la concierge se cache une férue de philosophie. Les apparences sont trompeuses : c'est l'un des messages simples de ce récit, écrit dans un style vraiment piquant, drôle, léger et érudit. Un roman qui pourrait entrer dans le registre des contes, sans leur côté puéril, avec une dose d'insolence même. Bien sûr, il est difficile d'expliquer les raisons d'un succès qui a été, avant tout, porté par le formidable travail des libraires - Muriel Barbery a d'ailleurs décroché le prix des libraires. Mais on peut dire que c'est un livre bien. De L'Élégance du hérisson, son auteur souligne qu'elle s'est fait plaisir en l'écrivant. Un plaisir largement partagé.
Dire que Muriel Barbery est douée serait rester en dessous de la vérité. Elle est comme l'orgue, un orchestre à elle seule. Capable de faire entendre les jeux les plus variés, l'érudit, le bouffon, le moqueur, l'ému, le polémique, le truculent... Elle a un humour dévastateur. Plus rare encore, le sens de l'inattendu. On pleure de rire en la lisant. Et ce n'est que son deuxième roman. Si elle est, à 37 ans, capable d'une telle virtuosité, que sera-ce demain ?
La surprise est jolie et le succès mérité pour cette enseignante en philosophie qui croque de si réjouissante façon les personnages et les situations...
Les plaisirs minuscules de l'existence, ces instants parfaits où, parfois, tout bascule, Barbery les saisit avec la nostalgie atemporelle d'un Marcel Proust et la fraîcheur d'un Philippe Delerm. Drôle, intelligent et servi par une langue mélodieuse, ce conte philosophique a quelque chose de japonais : gravement léger, aérien comme un haïku.
Ainsi, comment se passe la vie ? Nous nous efforçons bravement, jour après jour, de tenir notre rôle dans cette comédie fantôme. En primates que nous sommes, l'essentiel de notre activité consiste à maintenir et entretenir notre territoire de telle sorte qu'il nous protège et nous flatte, à grimper ou ne pas descendre dans l'échelle hiérarchique de la tribu et à forniquer de toutes les manières que nous pouvons - fût-ce en fantasme - tant pour le plaisir que pour la descendance promise. Aussi usons-nous une part non négligeable de notre énergie à intimider ou séduire, ces deux stratégies assurant à elles seules la quête territoriale, hiérarchique et sexuelle qui anime notre conatus. Mais rien de cela ne vient à notre conscience. Nous parlons d'amour, de bien et de mal, de philosophie et de civilisation et nous accrochons à ces icônes respectables comme la tique assoiffée à son gros chien tout chaud.
Parfois, cependant, la vie nous apparaît comme une comédie fantôme. Comme tirés d'un rêve, nous nous regardons agir et, glacés de constater la dépense vitale que requiert la maintenance de nos réquisits primitifs, nous demandons avec ahurissement ce qu'il en est de l'Art. Notre frénésie de grimaces et d'oeillades nous semble soudain le comble de l'insignifiance, notre petit nid douillet, fruit d'un endettement de vingt ans, une vaine coutume barbare, et notre position dans l'échelle sociale, si durement acquise et si éternellement précaire, d'une fruste vanité. Quant à notre descendance, nous la contemplons d'un oeil neuf et horrifié parce que, sans les habits de l'altruisme, l'acte de se reproduire paraît profondément déplacé. Ne restent que les plaisirs sexuels ; mais, entraînés dans le fleuve de la misère primale, ils vacillent à l'avenant, la gymnastique sans l'amour n'entrant pas dans le cadre de nos leçons bien apprises.
L'éternité nous échappe.
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