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Auteur : Richard Millet
Date de saisie : 07/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 16.50 € / 108.23 F
ISBN : 978-2-07-078125-6
GENCOD : 9782070781256
Dans son nouveau roman, Richard Millet plante l'action dans sa Corrèze natale, au coeur d'un minuscule village. Ce huis clos met en scène la rencontre entre une vieille fille de trente-trois ans, serveuse dans le restaurant -dont le menu est un plat unique !- de son oncle, inculte et selon ses propres termes " bonne à rien", avec le nouvel instituteur, plus âgé, énigmatique...ancien auteur à succès voulant rompre avec son passé dans ce petit village en marge de la modernité.
Un Richard Millet dans son plus pur style, des phrases longues mais magnifiques, mettant parfois son lecteur mal à l'aise, et un récit progressant avec lenteur. Une écriture belle et dense, parfois à la limite de la saturation.
Un huis clos corrèzien en guise d'exercice de style, à découvrir !
" Je suis descendue ouvrir la porte que faisait trembler un semi-remorque chargé de rondins, tremblant moi aussi devant cet homme d'une cinquantaine d'années, un peu plus grand que ne le sont les hommes des hautes terres : quelqu'un d'épuisé, ou qui revient de loin, ou encore un homme revenu de tout; un homme qui ne s'aimait pas, c'était visible, ma mère m'avait appris à les reconnaître, les plus dangereux, selon elle, car ils exigent tout d'une femme, sans contrepartie, parfois jusqu'au sacrifice suprême. "
Combien de fois l'avons-nous écrit ? Richard Millet est le souffle le plus puissant de la littérature contemporaine, une sorte d'ouragan Katrina qui balaierait les hautes terres corréziennes et dont l'oeil serait situé au-dessus du village de Viam, où la grand-mère de l'auteur tenait l'hôtel du Lac. «Proust du plateau de Millevaches» pour l'un, «dernier des Mohicans bernanosiens» pour l'autre, «Faulkner du Limousin» pour le troisième, Millet serait capable de vous tenir en haleine en racontant l'escapade sexuelle entre une énarque et un bûcheron, l'espace d'une nuit, à l'hôtel des Voyageurs de Tarnac - excellente omelette aux cèpes, au demeurant.
Après avoir l'an dernier jeté à l'égout l'ensemble de la production littéraire française dans «Harcèlement littéraire», entretien-vérité qui n'aura finalement traumatisé que quelques aveugles volontaires, le Corrézien perpétuel revient donc avec un drame amoureux situé en Haut-Limousin. Que faire quand on a fait d'Echenoz «le fils naturel de Queneau et Robbe-Grillet», c'est-à-dire rien, quand on a requalifié Houellebecq en maître étalon de la misère stylistique et sexuelle contemporaine, quand on a déboulonné Philip Roth et Kundera, et qu'on s'est même risqué à dénoncer la «vieillerie stylistique» de Céline ? C'est là désormais tout le suspens des romans de Richard Millet, leur véritable enjeu spirituel, au-delà de l'intrigue de ce «Dévorations»-là, dont on devine dès l'abord qu'il ne s'achèvera pas sans que la mort ait gagné...
Un «vrai livre», dirait-on dans un monde où, pour l'écrire à la Millet, on ne détesterait pas les écrivains parce qu'ils appartiennent à l'ancien monde et où le dernier des ploucs connecté se veut «moderne», c'est-à-dire «oublieux, ignare», résolument «nothombien». Un livre de défaite aussi, et pas seulement parce qu'aux dires de l'auteur les bois éternels, ceux où l'on pouvait retrouver «les grandes frayeurs de l'enfance», sont désormais aussi vides que les dieux sont morts. Un livre de défaite parce que replié sur une supériorité qui ne cherche plus grand-chose tant elle cultive la certitude de s'être trouvée.
Il n'y a pas à tortiller, Richard Millet est l'un de nos grands écrivains contemporains. C'est encore un secret bien gardé, et les fabricants de fausse littérature ainsi que leurs affidés ne veulent surtout pas l'éventer. Depuis des années, il fait ainsi l'objet d'un ostracisme proportionnel à son talent, tempéré, Dieu merci, par un culte que lui voue une petite confrérie d'initiés...
Dans «Dévorations», Richard Millet a retrouvé la veine de «Ma vie parmi les ombres», un livre-fleuve qui donnait la parole à tous les gens de peu de haute Corrèze et qui lui valut, en plus d'une certaine notoriété, le surnom de «Proust du plateau de Millevaches». C'est en effet un enfant du grand Marcel, dont il a hérité du phrasé à tiroirs, du goût de l'incise et de la digression. Il écrit une langue en voie de disparition.
C'est ce qui donne toute sa force à «Dévorations», où la plupart des personnages voient arriver la fin d'un monde en même temps que la leur. Un livre qui semble monter des tréfonds du peuple, comme certains romans de Zola, Céline ou Steinbeck. Richard Millet s'est mis dans la peau d'une jeune femme de Saint-Andiau, dans le haut Limousin, qui raconte sa vie, c'est-à-dire son désespoir...
Faites une expérience : ouvrez «Dévorations» à n'importe quelle page et lisez-le à voix haute. Vous ne pourrez plus vous arrêter. C'est la marque des très grands livres, ceux qui nous habitent longtemps après qu'on les a refermés
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