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Auteur : François Vallejo
Date de saisie : 26/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : V. Hamy, Paris, France
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-87858-235-2
GENCOD : 9782878582352
Cerveau dérangé, idées républicaines, le baron de l'Aubépine ne cesse d' inquiéter son monde au coeur du pays chouan. Une dangereuse relation s'établit avec son régisseur, robuste gaillard aux idées molles... Les deux personnages se sont bien trouvés pour un voyage jusqu'au bout de la folie...Un roman apre et nocturne, où les mots sont comme la meute de chiens, solides molosses menés avec puissance et brio.
Dans une propriété isolée de l'ouest de la France, un châtelain progressiste et son garde chasse réactionnaire s'opposent frontalement. Huis clos tendu au coeur d'une France plongée dans les soubresauts du Second Empire. L'intrigue est coulée dans un texte d'un seul tenant, regard quasi cinématographique constitué de plans fixes. Une entreprise de dissection du social quelque part entre Sade et la Règle du Jeu.
Une lecture haletante !
Le garde-chasse du domaine des Perrières, le brave Lambert, doit affronter la présence de son nouveau maître, fils indigne du défunt baron de l'Aubépine.
Débute alors un huis- clos inquiétant, où il est question de jeunes filles de passage, de disparitions, de manipulations, et même de Victor Hugo !
Dans la Normandie profonde d'un XIXè siècle agité par l'arrivée au pouvoir
de Napoléon III, un récit qui vous tient en haleine, vous emprisonne, vous
étouffe, à vous de voir l'effet qu'il produira sur vous.
Toute résistance est inutile...
Manuel de Poncheville, élève du cours Florent - 17/10/2006
Un soir, aux tréfonds des terres normandes, un garde-chasse se découvre un nouveau maître. Le vieux baron de l'Aubépine est mort, un fils le remplace. Lambert était un serviteur à l'âme trop près de ses bois pour s'entendre avec ce l'Aubépine le Jeune pétri de folies politiques, d'obsession des corps et de maladie rentrée. Et pourtant... Ouest, c'est l'histoire d'un huis clos où deux hommes se détruisent dans l'indifférence d'un paysage. La terre détrempée s'englue sur les chaussures, la pluie colle aux yeux, les odeurs de gibier flottent sans fin et les mâtins sont seigneurs des forêts. Ouest, c'est l'histoire d'une jeune fille à la peau de dentelle, d'ingénues fines et de demi-mondaines égarées. Dans le château des Perrières, le calvados sert l'oubli, et l'inquiétude, insidieuse, enténèbre les chairs.
François Vallejo est né en 1960. Comme il le suggère lui-même, historiquement, il serait plutôt "un croisement entre Sophocle et le XVIIIe siècle, un bâtard en somme, cherchant sa route dans le XXIe siècle". Auteur de six romans - tous publiés aux éd. Viviane Hamy - il est lauréat du prix France Télévisions 2001 pour Madame Angeloso, du Prix des libraires 2004 pour Groom et du Prix Pierre Mac Orlan 2005 pour Le Voyage des grands hommes.
L'ambition d'une oeuvre totalisante aurait mérité un traitement plus long, mais cette manière qu'a Vallejo de traduire la haine de soi, la fascination de la soumission, la violence d'un monde en mutation compose un miroir où se reflètent, à travers ses fêlures, les peurs et la dislocation de notre contemporain.
À travers ce sanglant face-à-face, c'est tout un univers rural (presque) perdu qui se manifeste dans toute son exubérante sauvagerie. Les images sobres de François Vallejo sont un hommage constant au paysage, sombre décor qui se prête à tous les drames humains. Le charme des monologues intérieurs opère, qui permet de sonder le tréfonds des coeurs. Les états d'âmes finissent par se confondre pour rendre l'atmosphère sans cesse plus trouble. À l'Ouest, rien de nouveau.
Ouest ou les jeux d'un inquiétant baron. François Vallejo revisite, dans un suspense subtil, la dialectique maître-esclave.
Si l'on ne craignait l'anachronisme, on s'écrierait: quel zazou, ce l'Aubépine ! Fantasque héritier d'un château et d'une meute, longtemps humilié par un père violent et méprisant à l'égard de son fils unique, trop frêle, trop pâle, le jeune baron de l'Aubépine des Perrières ne se conduit en rien comme l'exigerait son rang. Au grand désespoir de son garde-chasse, Lambert, et de sa femme, Eugénie, qui fait office de cuisinière et de servante au domaine.
[...] Déjà remarqué pour Madame Angeloso (prix France Télévisions 2001) ou Groom (prix des Libraires 2004), François Vallejo confirme son talent en revisitant la dialectique maître-esclave de façon aussi subtile que terrifiante dans ce roman historique hitchcockien. Décidément, Ouest pousse à l'anachronisme...
François Vallejo signe son meilleur roman, sombre et sensuel. Portrait d'un écrivain qui monte.
Avec son nom de danseur de tango, on le verrait bien originaire de Buenos Aires. Or François Vallejo est né dans les quartiers populaires du Mans. Avec son imaginaire qui transforme l'anodin en extravagance, on le croiserait volontiers sur la route, un peu bateleur, un peu marginal. Mais il est professeur de français au Havre, ville béton ouverte sur l'Océan et le reste du monde. Cheveux courts, chaussures cirées, sourire poli, il réserve sa folie à des personnages démesurés qui poussent les murs et vivent «sur la pointe du rocher». A douze ans, il rédigeait des fictions maritimes quand les autres jouaient au foot dans la cour ou se repassaient les Rolling Stones en boucle. «C'était une activité secrète», dit-il, partagée cependant avec son frère aîné qui, lui aussi, noircissait des pages de cahiers. Les parents n'en savaient rien, l'ignorent peut-être encore. Vallejo a conservé dans son grenier ses premiers textes qu'il ne veut pas relire. Parfois des idées lui reviennent et le souvenir de moments de grâce qu'il essaye toujours de retrouver. En 1998, le jeu devient réalité avec la publication de son premier roman, Vacarme dans la salle de bal, une histoire dont le point de départ est un quiproquo de voisinage. L'écrivain part d'un fait réel, minuscule «comme un pilotis qui assure la construction». Il gardera ce principe dans ses autres livres (Pirouettes dans les ténèbres, Madame Angeloso, Groom), faisant glisser un propos anodin, un détail physique, vers des proportions extravagantes: «J'aime ce mélange de folie et de construction maîtrisée.» Derrière ses livres se profile toujours la même éditrice, Viviane Hamy, qui lut son premier roman en quarante-huit heures. Elle le publie désormais tous les dix-huit mois avec constance et passion. Entre eux, il s'agit de ping-pong et d'échanges feutrés. Viviane ne pointe pas chaque ligne du manuscrit, elle laisse entendre qu'à tel ou tel moment l'auteur pourrait aller plus loin. François Vallejo se contente de ces sobres indications, il ne lui en faut pas plus pour réfléchir, densifier ses mots, resserrer sa pensée ou la faire exploser. Entre ces deux êtres, la confiance est totale, la discussion constante et le respect mutuel.
... Nous sommes au XIXe siècle, au château des Perrières, quelque part dans l'Ouest. Lambert, l'ancêtre du narrateur, vient d'entrer au service du vieux baron de l'Aubépine, grand meneur de chouans...
On rit de ces relations maître-valet cul par-dessus tête, des tourments de Lambert, dont Vallejo rend à merveille l'esprit et la langue surannés. Mais le livre bientôt s'assombrit. La folie du maître, de plus en plus inquiétante, la raideur du garde-chasse, la perversité grandissante de leur relation poussent au paroxysme d'une violence d'autant plus impressionnante qu'elle est suggérée. Et c'est tout l'art de Vallejo. L'histoire accomplie - forcément très noire - garde au bout du compte son mystère irréductible...
Une fois, Magdeleine apparaît à côté de lui, en chemise. Elle n'est donc pas bouclée dans sa chambre, elle non plus ? Va te recoucher, Magdeleine. Faut pas écouter tout ça, c'est de la mauvaise vie, faut pas.
Tu crois qu'il lui fait du mal ?
Pas autant qu'elle le mérite. Mais on ne gagne jamais rien à trop agacer la bête. Tu le sais bien, à la fin elle mord.
Il la rend malheureuse, elle me l'a dit, plus que malheureuse. Il en fait de la chair. Tu comprends ça, toi ? De la chair. C'est pour ça qu'elle voulait partir.
Oui, et maintenant c'est pour ça qu'elle veut rester, la garce.
Tu crois vraiment ?
Je ne crois rien, c'est pour ça que je suis là. Est-ce que tu penses, Magdeleine, qu'un cheval de labour qu'on lait avancer plusieurs quarts d'heure de rang aime sa charrue ?
Il n'a pas l'air de trop rechigner.
Ça doit être pareil.
Pareil que quoi ?
Je ne crois rien, c'est pour ça que je suis là. Est-ce que tu penses, Magdeleine, qu'un cheval de labour qu'on lait avancer plusieurs quarts d'heure de rang aime sa charrue ?
Il n'a pas l'air de trop rechigner.
Ça doit être pareil.
Pareil que quoi ?
C'est façon de dire, Magdeleine. Encore une fois, va te coucher. Ce n'est pas ta place. Il y a des choses, faut pas que les filles les apprennent, pas plus si elles sont comme qui dirait presque des femmes, faut pas.
Elle reste, elle aussi, elle se fait oublier près de Lambert. Il y va encore de ses nom de Dieu, qu'est-ce qu'ils peuvent bien foutre là-dedans ? Sur les trois heures, trois heures et demie, cela s'arrête, ce chambard, cette rigolade qui n'est peut-être pas une rigolade. Eugénie dort comme un cheval de labour, quand Lambert se pose de tout son poids sur le bord du lit. Elle a du travail de bonne heure. Le printemps est encore frais, les cheminées à relancer, le fourneau, la cuisine et le lever de Berthe.
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